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Chronique

Le R&B est de retour et les artistes d’ici brillent

Montage photo d'un homme qui sourit et d'un homme qui porte un vêtement noir.

Les artistes québécois Corneille et Zach Zoya

Photo : Kevin Millet//Facebook/Zach Zoya

Les palmarès américains et anglais ne mentent pas : le R&B est bel et bien de retour en force. Mais il a changé. Exit le sirop commercial de J.Lo et de Destiny’s Child. Les coupes se tendent pour goûter ces nouveaux jus plus raffinés, créatifs et… alternatifs! Même Corneille a envie de prendre part à cette vague, mais peut-être pas comme on pourrait se l’imaginer.

Retour aux années 90?

Au cours des années 90 et au début des années 2000, le R&B a connu une popularité mondiale fulgurante. Au Québec, cette vague s’est incarnée en la personne de Corneille, mais aussi de Barnev Valsaint (avec Dubmatique et Nodéjà), pour ne nommer qu’eux. Aujourd’hui, ce son est de retour.

Aujourd’hui, tu regardes le Billboard américain et il y a des tounes 100 % R&B, et ça, c’est quelque chose qu’on n’a pas vu depuis vraiment très longtemps, observe Corneille. Ces artistes font de gros festivals et font se déplacer de grosses foules, et je trouve ça génial. Je trouve que ça signifie qu’il y a une éducation qui se fait; l’oreille du jeune public est maintenant plus réceptive au son du R&B qu’il y a 10 ans ou qu’à l’époque à laquelle moi j’ai commencé.

Sommet des palmarès… et des listes de lecture

En Angleterre, pays vers lequel je me tourne souvent pour voir arriver les nouvelles vagues musicales, Jorja Smith a été couronnée reine de la pop au cours du printemps dernier avec son microalbum Be Right Back. Elle donne dans le R&B aux accents jazzy et soul. Sa musique est d’une qualité critique indéniable, mais elle remplit aussi les critères commerciaux des radios.

Sur le Billboard américain, dans la catégorie des chansons de l’été (songs of the summer), les noms d’artistes R&B se succèdent : SZA, Giveon, le Canadien Daniel Ceasar, Silk Sonic (duo formé de Bruno Mars et Anderson .Paak)… Vous me direz que les palmarès représentent une manière un peu dépassée d’estimer le succès d’un artiste. Et j’en conviens. Mais si les classements comme Billboard confirment l’émergence d’un courant musical, c’est que ledit courant prend de l’ampleur depuis déjà des mois, et même quelques années. Mais, d’accord, je me tourne vers là où ça se passe en ce moment : les listes de lecture des plateformes d’écoute en continu.

Sur Spotify, pour ne nommer que cette plateforme, on place bon nombre d'artistes associés à cette nouvelle vague dans la catégorie R&B alternatif (alternative R&B). J’adore cette étiquette parce qu’elle représente bien ce qui se passe : des artistes ont pris un courant musical mainstream et l’ont adapté juste assez pour lui donner des teintes tellement variées et créatives qu’on ne peut qu’en déduire que le résultat de l’équation est… alternatif.

Les ingrédients de cette recette hautement créative sont multiples. Les succès de Childish Gambino (particulièrement avec la chanson Redbone) et autres James Blake des dernières années ont grandement contribué au genre. [Mais] il y a probablement un lien à faire avec la force des réseaux sociaux, ajoute Corneille. L’idée de l’accès direct à un large public a décomplexé certains artistes, qui ont pu assumer qu’ils aimaient le R&B et qui l’interprètent comme ils l’aiment. On ne veut pas faire du pseudo-hip-hop et on ne veut pas faire de la pop non plus. On goûte donc à un R&B décomplexé, sorti de son carcan commercial préformaté et prévisible.

La place du Canada

Et quand on regarde ces listes de lecture de plus près, le Canada y brille! Bien sûr, Daniel Ceasar est là. On peut dire qu’il est la locomotive canadienne de ce son. Kaytranada est là aussi, accompagné de la Torontoise Charlotte Day Wilson, qui a collaboré avec Daniel Ceasar ainsi que BadBadNotGood et qui sera au Festival international de jazz en septembre. Chiiild, le duo montréalais composé de Yonatan Ayal et Pierre-Luc Rioux, y trône également. Je vous parlais d’eux récemment; leur premier album, Hope for Sale, paru il y a quelques semaines à peine, est un coup de génie! Ils qualifient leur son de « synthetic soul ».

Et au Québec?

Au moment de faire une entrevue avec Chiiild, à la fin de juillet, Rioux et Ayal venaient de passer une soirée à Los Angeles (où ils mènent en partie leur carrière), avec les gars de Planet Giza. Trois Montréalais qui mélangent avec brio R&B et rap. Ce sont des proches de Kaytranada. Certaines personnes ont prédit qu’ils seraient les prochains Montréalais à exploser à l’international. On attend encore la déflagration, mais chacun de leurs nouveaux simples, dont un qui est paru en juillet dernier, confirme que le décompte est en cours.

D’ailleurs, j’ai demandé une entrevue à Rami B., de Planet Giza, mais il était un peu trop occupé en studio à L.A. pour discuter. J’ai donc coupé dans nos échanges sur Instagram pour aller droit au but : la question n’est pas de savoir s’il y a une scène R&B vibrante à Montréal, mais plutôt de savoir qui sont les artistes qui en font partie, celles et ceux qu’on ne connaît pas, mais qu’on devrait connaître. Rami me répond sans hésiter : Shay Lia, Kallitechnis et Malia Laura. 

Quelques recherches me démontrent que, même en tant qu’avide amateur de cette nouvelle scène R&B, je suis passé à côté d’immenses talents locaux. La Montréalaise Shay Lia a chanté avec Kaytranada sur le simple Chances. Un petit 52 millions d’écoutes sur Spotify. Ses chansons en solo récoltent aussi quelques petits millions de clics. Écoutez Voodoo, c’est du bonbon. Elle est d’ailleurs de la programmation du Festival de jazz en septembre prochain.

Kallitechnis compte quelques écoutes de moins, soit. Mais son talent est merveilleux. Son simple Wake Up, Get Down, paru en avril dernier, approche le million et demi d’écoutes. Elle s’apprête à lancer un nouveau single avec l’extraordinaire DJ montréalaise Gayance. 

Malia Laura est la moins écoutée des trois sur Spotify, mais sa créativité, son unicité, sa voix et ses thématiques plus audacieuses font d’elle une artiste à suivre absolument!

Zach Zoya, l’étoile montante

Pour faire le tour de cette nouvelle vague locale, Rami B., de Planet Giza, n’a pas eu besoin de me citer les Montréalaises Magi Merlin et Shah Frank (qui font déjà partie de mes listes de lecture), et encore moins Zach Zoya, le Rouynorandien d’origine qui fait briller tout ce qu’il touche. Son nom est fait dans le milieu, et sa notoriété s’étend. Il peut rapper, mais il a prouvé dès son premier simple, en 2017, qu’il pouvait aussi chanter. J’avais eu le plaisir de faire avec lui sa première entrevue média, à cette époque. Au début de juin 2021, je lui ai parlé de nouveau pour la sortie de son simple Feelings, assurément R&B. 

Comme dans n’importe quel style, il y a des vagues, m’expliquait le jeune artiste. Une fois que le genre devient le numéro un, le plus écouté au monde, les fans se tannent et il y a une belle occasion pour une réinvention du style. Le rap, le hip-hop, a pris la place du style numéro un, alors c’est un bon moment pour les artistes R&B de reprendre cette vague-là.  

Corneille a le même point de vue sur la chose. Le R&B sort d’un creux. À partir des années 2010, le R&B a pris un gros coup parce que les rappeurs ont découvert l’autotune et se sont mis à chanter. [...] Et c’est à partir de là que, même moi, [j’ai été] démotivé et j’ai eu moins le goût de jouer de la musique. Mais j’ai l’impression qu’il y a une renaissance aux États-Unis qui a débuté il y a trois ou quatre ans avec des artistes qui ont réussi à ramener des éléments du son des années 90 dans une image très hip-hop d’aujourd’hui, ce qui a redonné une couleur au R&B.

Flairant le courant, plusieurs artistes de calibre international ont adopté ces nouvelles couleurs. Corneille cite Ariana Grande, notamment, mais aussi Justin Bieber, qui s’est associé à Daniel Ceasar (encore lui!) et Giveon pour leur succès Peaches, qui figure parmi les chansons de l’été de Billboard.

Zoya, lui, a carrément décidé de reprendre des chansons de ses racines musicales, ses sources R&B, avec une série baptisée Classics au cours des derniers mois. Je suis allé [dans le répertoire] d’artistes comme D’Angelo, Chris Brown… J’ai essayé de canaliser ce type d’énergie, dit-il. 

À la fin de juillet, il en a remis avec la parution du simple Understand, dans la même vague.

Du R&B en français?

Corneille a connu le succès dans toute la francophonie avec sa formule R&B en français. Un tel tour de force serait-il possible en 2021? Les étoiles semblent alignées favorablement.

J’attribue une grande partie de mon succès au fait que l’un des plus gros artistes en France, quand j’ai commencé, c’était [le chanteur R&B] Craig David, se souvient Corneille. Ça a formé l’oreille des médias, des radios, de tout le monde à ce son, et quand les radios ont entendu ma musique, elles se sont dit : "Tiens, il y a des éléments qui rappellent Craig David dans sa musique, peut-être que ça pourrait passer à la radio".

Selon lui, cette ouverture se présente de nouveau. Et il estime qu’il est temps pour lui de participer à l’envol d’une nouvelle génération. Corneille est donc à la recherche de ces artistes qui ont le potentiel de faire comme lui à l’époque : prendre le son R&B actuel et le chanter en français. Il songe sérieusement à lancer une étiquette de disques consacrée au R&B/néo-soul. 

Ça peut sembler un peu cliché, mais à mon âge, avec mon expérience dans le métier, je suis rendu à un point où j’ai envie d’être actif dans la transmission, dit-il. Et le R&B, la soul, c’est ce que je connais le mieux. Alors je m’intéresse de près à la relève.

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