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Analyse

Les Européens devront s’y faire : avec Biden aussi, ce sera les États-Unis d’abord

La gestion du retrait des troupes américaines d’Afghanistan a créé des irritants dans les relations entre Washington et ses alliés européens.

Joe Biden et Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron en compagnie de son homologue américain, Joe Biden, lors du dernier sommet du G7 au Royaume-Uni

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

« Les États-Unis sont-ils de retour? »

Oui, définitivement, répondait le président français Emmanuel Macron à la question lancée par les journalistes pendant le sommet du G7, au pays de Galles, en juin.

Tout sourire aux côtés du président américain, le chef d’État français semblait se laisser convaincre par un Joe Biden venu rassurer ses alliés. Après quatre années de relations difficiles sous l’administration Trump, les États-Unis promettaient d’accorder de nouveau de l’importance au multilatéralisme et aux alliances traditionnelles.

Quelques semaines plus tard, c'était au tour du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, francophone ayant grandi à Paris, d’entreprendre une tournée en Europe. Les États-Unis n’ont pas de meilleur ami dans le monde que l’Allemagne, a-t-il déclaré lors d’un arrêt à Berlin.

Environ deux mois après cette opération charme, la gestion par Washington du dossier afghan a soulevé des questions dans les chancelleries européennes quant à cette Maison-Blanche qui leur promettait de meilleures relations.

Je pense que c’est un secret de Polichinelle que ça a été mal reçu, lance Roland Freudenstein, directeur des politiques au Centre d'études européennes Wilfried Martens, à Bruxelles.

Angela Merkel assise à une table.

La chancelière allemande Angela Merkel participant à la réunion virtuelle du G7.

Photo : BPA/Handout via REUTERS / GUIDO BERGMANN

Cette semaine, les gouvernements de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Unis ont formulé une demande aux États-Unis : conserver les troupes américaines en Afghanistan au-delà de la date butoir du 31 août, question d’encadrer la difficile opération d’évacuation à l’aéroport de Kaboul.

Ces plaidoyers européens n’ont pas porté fruit. Le président Biden a répété son objectif : les militaires américains quitteront le sol afghan le 31 août si les talibans permettent aux États-Unis de terminer leur campagne d’évacuation.

Vous avez des Européens impuissants, constate l’ancien ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, qui affirme que malgré un ton plus chaleureux, le président Biden ne s’est pas concrètement engagé dans un plus grand partenariat avec ses alliés outre-Atlantique.

La politique étrangère d'un pays, ça ne dépend pas d'un président. Obama, Trump et Biden, il y a une continuité sur le fond. La méthode, ça change, évidemment, ajoute l’ex-diplomate en évoquant la volonté des États-Unis de ne plus être le gendarme du monde.

Une politique étrangère menée par la politique intérieure

Si Joe Biden a fait l’objet de vives critiques à l’étranger comme chez lui pour sa gestion du retrait des troupes d'Afghanistan, la décision de mettre fin à la présence militaire dans ce pays, une idée auparavant défendue par Donald Trump, obtient toujours l’appui d’une majorité de la population américaine.

Ainsi, un sondage de l’Université Suffolk, mené pour le compte du USA Today, montrait cette semaine que si seuls 26 % des répondants approuvent la gestion du dossier par l’administration Biden, 53 % d’entre eux appuient le départ des forces américaines d’Afghanistan.

Peut-être qu’une partie des élites veut voir les États-Unis comme le leader de l’Occident, mais en réalité, les Américains sont isolationnistes, concentrés sur eux-mêmes, et ça ne va pas changer, explique Joseph De Weck, chercheur au Foreign Policy Research Institute.

Selon lui, cet épisode rappelle aux pays européens que s'ils le souhaitent, ils doivent prendre les moyens de mener une politique indépendante et faire leurs propres choix.

Or, selon Roland Freudenstein, du Centre d'études européennes Wilfried Martens, sans un accroissement de leurs budgets de défense, les dirigeants européens ne pourront se passer de l’appui américain, et ce, malgré les discours critiques de certains d’entre eux à l’endroit de Washington.

C’est absurde de dire que nous ne pouvons pas faire confiance aux Américains et qu’il faut se défendre nous-mêmes. Bonne chance avec ça; ça ne marchera pas, lance-t-il.

Bien que récemment mise à l’épreuve, la collaboration transatlantique demeure d’ailleurs d’actualité, notamment pour gérer les relations avec la Russie et la Chine, mais aussi pour lutter contre les changements climatiques.

N’empêche, en Europe, les dernières semaines ont rappelé que si le visage et le ton ont changé, le message venant d’outre-Atlantique est le même : ce sera America First; les États-Unis d’abord.

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