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Main-d’œuvre, logistique… Les défis du passeport vaccinal pour le milieu culturel

Un musicien est sur scène avec sa guitare devant une foule.

Pour les spectacles extérieurs, la vérification du passeport vaccinal sera obligatoire si le public est composé de plus de 50 personnes.

Photo : Radio-Canada / Tanya Beaumont

Radio-Canada

Le dévoilement, mardi, des modalités d’application du passeport vaccinal dans les festivals, les salles de spectacles et les cinémas a rassuré en partie le milieu culturel sur certains points. Toutefois, l’application de ce passeport continue de susciter des inquiétudes, et l’absence de perspectives d’assouplissement des mesures sanitaires à court terme augure d’une rentrée difficile pour le milieu artistique touché.

C’est dans une semaine seulement que le passeport vaccinal entrera en vigueur dans l’ensemble des cinémas, des salles de spectacles, des théâtres et des festivals du Québec. 

15 jours pour s’adapter

Toutefois, le gouvernement laissera à tout le monde le temps de s’ajuster. Aucune sanction ne sera imposée lors des deux premières semaines.

C’est une bonne nouvelle pour les événements se déroulant lors de la première moitié du mois de septembre, comme le Festival de musique émergente (FME). Sa directrice générale, Magali Monderie-Larouche, se dit soulagée.

On est contents qu’ils nous laissent un peu de jeu, on ne va pas avoir d’amendes tout de suite si le système connaît des ratés au début.

Une citation de :Magali Monderie-Larouche, directrice générale du FME

Autre raison de se réjouir : le passeport vaccinal a été testé dimanche en toute discrétion lors d’un événement culturel extérieur montréalais. Ça s'est bien passé, l’application marchait bien, a-t-elle indiqué. 

Du côté des théâtres, l’obligation de vérifier les passeports vaccinaux ne s’appliquera pas aux jeunes qui iront au théâtre avec leur classe si la représentation est uniquement destinée à un public scolaire.  

Des problèmes logistiques

Malgré ces quelques points positifs, l’application de la mesure du passeport vaccinal représente plusieurs défis logistiques. 

Le 1er septembre arrive très rapidement et il reste beaucoup de petits détails à peaufiner, de questions sans réponses, a expliqué Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU, l'association professionnelle des diffuseurs de spectacles, à Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18

Par exemple, les lieux culturels vont-ils demander à leur personnel et à leurs bénévoles d’utiliser leur propre téléphone intelligent ou doivent-ils acheter du matériel pour lire les codes QR?

On va l’appliquer, on ne veut pas que le passeport vaccinal soit un frein pour [les spectateurs et les spectatrices], a déclaré Éric Bouchard, coprésident de l’Association des propriétaires de cinémas du Québec (APCQ). [Mais] le passeport vaccinal nous préoccupe, c’est un défi de plus.  

Un manque de main-d’œuvre pour contrôler les preuves vaccinales

De plus, le milieu culturel est lui aussi confronté à la pénurie de main-d'œuvre qui touche d’autres secteurs d'activité. 

Où va-t-on trouver les personnes pour contrôler les preuves vaccinales? C’est une grande préoccupation chez nos membres sur le terrain, a indiqué Julie-Anne Richard. 

En plus de scanner les codes QR, le personnel devra vérifier les preuves d’identité des spectateurs et des spectatrices alors que toutes ces personnes arrivent en général en même temps, une quinzaine de minutes avant le début d’un concert ou d’une pièce. Faire appel à des membres du personnel supplémentaires permettrait d’éviter des embouteillages et des retards dans le début des spectacles.

C’est l’enfer, je suis déjà obligé d’aller moi-même aider à l’accueil tellement on manque d’employés, a ajouté Michel Sabourin, président du Club Soda et porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ). 

Autre préoccupation : la gestion des personnes qui se présenteront sans preuve vaccinale ou qui refuseront de la montrer.

En cas de bisbille, je réfère les gens fâchés à qui? Et je fais quoi si ils deviennent agressifs?

Une citation de :Catherine Voyer-Léger, directrice du Conseil québécois du théâtre (CQT)

On appelle la police? Car cela peut dégénérer assez facilement, s'interroge aussi Michel Sabourin, qui constate que des gens ne respectent pas les règles de distanciation physique lors de certains types de concerts, surtout ceux de hip-hop ou de métal.

Un effet sur les revenus de billetterie?

Enfin, les conséquences globales de la mise en place du passeport vaccinal sur les revenus de billetterie restent à être évaluées. 

Le FME s’est vu demander le remboursement de 300 billets depuis l’annonce de la création d’un passeport vaccinal au début du mois. Ces places libérées seront remises en vente ce mercredi. 

La première vague d’annulation des festivals semble s’être ralentie, a expliqué François-G. Chevrier, directeur général d’Événements Attractions Québec, qui précise que la revente des billets remboursés à d’autres personnes se fait doucement. 

Des festivals se disent : "Concentrons-nous à assurer une belle expérience aux [festivaliers et festivalières qui ont déjà acheté leurs billets], et non à mettre de l’énergie à aller rechercher ces quelques ventes de billets", a-t-il ajouté. 

Pour les salles de spectacles, la création d’un passeport vaccinal pèsera-t-elle sur les ventes de billets à la rentrée? La vente de billets est plus difficile que ça ne l’était au printemps quand les salles ont rouvert, a observé Julie-Anne Richard.

Quant aux théâtres, ils risquent d’être privés du public universitaire et cégépien qui vient habituellement voir des pièces inscrites à son programme. Peu de professeurs vont donc mettre du théâtre au programme pour ne pas pénaliser les étudiants non vaccinés, a déploré Catherine Voyer-Léger.

Peut-être un assouplissement en octobre

Cependant, le milieu culturel demeure déçu que le passeport vaccinal ne s’accompagne d’aucune hausse de capacité d’accueil des salles et des festivals, comme le réclamait le Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI).

On est résignés, on est déçus. Avec les mesures sanitaires en place et le passeport vaccinal, je pense que c’est évident qu’il n’y a pas de superpropagation [de la COVID-19 dans les festivals]. On aurait pu penser à faire des ajustements.

Une citation de :Martin Roy, président du RÉMI

C’est certain qu’on espérait une hausse des jauges, a confirmé Michel Sabourin. En ce moment, on est encore largement en dessous de la rentabilité. On ne rentre même pas dans nos frais d’exploitation.

Quant au paiement des frais fixes, un programme d’aide a été mis en place par le gouvernement au printemps pour les salles de spectacles privées et alternatives, mais il est limité à 400 000 dollars par salle, selon Michel Sabourin, alors que les frais fixes annuels du Club Soda s’élèvent à 700 000 dollars.

De plus, le programme se termine officiellement le 30 septembre. L’absence d’annonce d’une prolongation provoque une grande inquiétude, a-t-il confié.

Pour Michel Sabourin, comme pour d’autres personnes du milieu culturel, l’espoir de jours meilleurs réside dans une potentielle augmentation de la capacité d’accueil des salles qui pourrait être autorisée à la mi-octobre si la situation sanitaire ne se détériore pas trop avec la rentrée, selon le gouvernement. 

On vit de petites doses d’espoir à la fois, a-t-il souligné.

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