•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Seuls les étrangers peuvent quitter l'Afghanistan, disent les talibans

Des gens font la queue sur le tarmac.

Des ressortissants afghans font la queue pour monter à bord d'un avion militaire italien lors d'une évacuation à l'aéroport de Kaboul, en Afghanistan.

Photo : Reuters / Ministère italien de la Défense

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a indiqué lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul dans la nuit de mardi que « les Afghans ne sont pas autorisés à se rendre à l’aéroport » et que seuls les étrangers peuvent y accéder.

Présent en Afghanistan, Vincent Souriau, l’envoyé spécial de RFI, confirme ce que plusieurs médias internationaux ont rapporté en début de soirée.

Dans une entrevue accordée à l’émission L’heure du monde, diffusée sur ICI Première, le journaliste de RFI a rapporté que les talibans demandaient aux Afghans de rentrer chez eux.

Un dispositif de fermeture de la voie principale de l’aéroport sera mis à exécution dans la nuit de mardi ou de mercredi, selon l’envoyé spécial de RFI.

Selon le numéro deux des talibans, les Afghans qui quittent le pays pour partir en Occident le font pour leur confort personnel. Ce n’est absolument pas parce qu’ils se sentent en danger.

Vincent Souriau explique que la fuite des Afghans est devenue un enjeu de souveraineté pour les talibans.

Ils [les talibans] disent aussi qu’ils ont besoin de personnel qualifié, de médecins, d’ingénieurs, de fonctionnaires diplômés... On peut penser que c’est cette catégorie [de la population] qui fuit. Les autres, malheureusement pour eux, n’ont pas les moyens de rejoindre Kaboul, et encore moins faire les démarches pour obtenir un visa.

L’envoyé spécial de RFI rapporte que le climat aux alentours de l’aéroport est tendu. L’aéroport est tenu par les forces américaines avec des soldats britanniques, turcs et français, qui maîtrisent la plupart des portes de l’aéroport. Mais dès la sortie, il y a des barrages des talibans.

« Les Américains font face à 10 ou 15 mètres à leurs ennemis talibans, des gens qu’ils ont combattus pendant 20 ans. On est vraiment dans une situation où deux ennemis se font face. Ce que nous disaient les soldats américains est qu’ils avaient très envie de se tirer dessus des deux côtés, mais qu’ils ne le faisaient pas parce que, pour l’instant, ce pacte de non-agression fonctionne toujours. »

— Une citation de  Vincent Souriau, envoyé spécial de RFI en entrevue à l'émission L'heure du monde

Pour écouter l'entrevue accordée par le journaliste Vincent Souriau à L'heure du monde, cliquez ici.

La vie à Kaboul

L’envoyé spécial de RFI raconte avoir vécu une expérience surréaliste dans les rues de Kaboul. Alors qu’il se promenait avec d’autres journalistes, un convoi de policiers talibans s’est arrêté devant eux et leur ont demandé de monter avec eux dans la voiture le temps d’une patrouille dans la ville.

C'était de jeunes hommes armés jusqu’aux dents. Ce sont des jeunes qui ne sont pas de la ville, mais à qui on a demandé d’assurer la sécurité de la capitale, raconte-t-il.

La police dit que depuis que les talibans sont arrivés à Kaboul, il n’y a plus d’insécurité. Il n’y a plus de vols, il n’y a plus de bagarre. Il n’y a aucun problème de maintien de l’ordre, rapporte Vincent Souriau.

Le chef de la patrouille a affirmé au journaliste que plus de 1200 fauteurs de troubles ont été arrêtés depuis la prise de Kaboul.

Trois talibans sont dans la rue. L'un d'entre eux porte un lance-roquettes.

Les talibans patrouillent à Kaboul.

Photo : Reuters / Stringer

En revanche, la vie des Afghans semble se durcir. Environ 40 % des commerces sont ouverts, tandis que les administrations sont fermées. Les marchés viennent de rouvrir. Mais il n’y a plus d’argent liquide, les banques ayant fermé il y a plus d’une semaine.

Les gens arrivent au bout de leurs réserves. On sent la menace d’une crise alimentaire. Au marché, les commerçants sont là, les cultivateurs ont encore les moyens de ramener leur marchandise, mais il y a peu de clients, relate l’envoyé spécial de RFI.

Les talibans ont nommé il y a deux jours le nouveau gouverneur de la Banque centrale et les banques devraient rouvrir mercredi, selon les talibans.

La voie du Qatar

Partir en Afghanistan s’est avéré être un parcours difficile pour le journaliste. Les vols qui partaient vers Kaboul étaient des vols militarisés. Les chancelleries que les journalistes ont contactées n’ont pas accepté de les emmener. La seule voie possible était le Qatar.

Les Qataris sont ceux qui financent les talibans. Il y a d’ailleurs un bureau de représentation diplomatique des talibans au Qatar. C’est le seul pays où il y a une telle représentation talibane. Donc, les liens sont très étroits entre le Qatar et les talibans. On peut imaginer que le Qatar a mis cet avion à notre disposition en se disant que c’était un avantage pour eux d’ouvrir la voie aux journalistes dans l’espoir que ces journalistes relatent de manière positive ou non les développements en cours, ce que les talibans étaient capables de faire en Afghanistan, explique le journaliste.

Des hommes marchent vers la caméra.

Une délégation du mouvement taliban lors des pourparlers avec le gouvernement afghan à Doha, au Qatar, en juillet.

Photo : AFP / KARIM JAAFAR

Mais Vincent Souriau s’interroge sur le rôle réel du Qatar dans le dossier afghan. Pourquoi le Qatar a décidé de nous envoyer là-bas gratuitement, en mettant à notre disposition à la sortie de l’aéroport une escorte de sécurité, qui nous a emmenés jusqu’à notre hôtel? Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse à nos questions, a-t-il reconnu.

Le journaliste rapporte que le Qatar est très actif sur le front diplomatique. À Kaboul, il a pu constater la présence d’une délégation de ce riche royaume du Golfe.

On sent bien que le Qatar et ses pétrodollars sont bien présents et que le Qatar joue un rôle diplomatique très actif en coulisses dans les tractations entre les talibans et les États-Unis, parce que le Qatar est à la fois allié des États-Unis et aussi allié idéologique et financier des talibans. C’était le bon intermédiaire, déduit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...