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Erin O'Toole tient le programme conservateur dans sa main, tandis que la page couverture le présentant les bras croisés en t-shirt est projetée en anglais et en français derrière lui.

Erin O’Toole a présenté le programme électoral conservateur le 16 août dernier, et sa photo en page couverture semble refléter ce qu'il souhaite vendre aux électeurs, nous dit Christian Noël.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Erin O’Toole, fils d’un travailleur de l’auto. C’est un peu l’image que le chef conservateur essaie de projeter, vêtu d’un t-shirt et les bras croisés, sur la couverture de son programme électoral. Et c'est aussi (en partie) ce qu’il essaie de vendre aux Canadiens à l’intérieur de ce même programme.

Pour les conservateurs, c’est un recadrage nécessaire pour regagner des sièges dans l’est du pays et dans les régions urbaines. Pour leurs adversaires, c’est une façade artificielle qui ne colle pas du tout. La réalité se trouve peut-être quelque part entre les deux.

Un recadrage calculé

Ce recadrage conservateur n’est pas le fruit du hasard. C’est un geste calculé depuis qu’Erin O’Toole a remporté la course à la chefferie, il y a exactement un an.

C’est Stephen Harper (ou un de ses conseillers) qui disait : pour devenir chef conservateur, il faut faire campagne au centre du parti. Pour devenir premier ministre, il faut faire campagne au centre du pays.

Erin O’Toole tente en ce moment d’accomplir ce même pivot. Mais, contrairement à Stephen Harper, il a décidé de courtiser ouvertement le milieu syndical et le monde ouvrier. Il ne se cache pas pour aller jouer directement dans les platebandes néo-démocrates.

Il propose des mesures qui visent à protéger les régimes de retraite et à faire une place aux travailleurs de Main Street dans les conseils d’administration de Bay Street.

À première vue, ça peut paraître contre-intuitif. On a surtout tendance à croire que l’électeur néo-démocrate a plus d’atomes crochus avec les libéraux, en raison de leurs idées progressistes similaires. C’est vrai.

Mais il existe également des régions au pays, notamment en Ontario, en Colombie-Britannique et dans les zones urbaines de l’Alberta et de la Saskatchewan, où le vote alterne entre le bleu et l’orange. Jusqu’à une trentaine de circonscriptions, selon l’année, pourraient ainsi avoir une incidence dans cette campagne.

C’est notamment en faisant des gains dans des villes ontariennes comme London, Oshawa, Essex et Welland que Stephen Harper est allé chercher sa majorité. Et qu’Andrew Scheer a réduit Justin Trudeau à la minorité.

Une manœuvre défensive

Le camp néo-démocrate ne veut pas avoir l’air nerveux, mais on sent qu’il ne prend pas ce virage conservateur à la légère. Depuis trois jours, le Nouveau Parti démocratique (NPD) cible Erin O’Toole en point de presse et dans des communiqués en rappelant que, sous le gouvernement Harper, il s’est attaqué aux règles de syndicalisation et au droit de grève.

Le NPD note également qu’Erin O’Toole aime répéter que son père a travaillé pour GM à Boisbriand et à Oshawa. Mais qu’il évite de dire que John O’Toole a eu une longue carrière comme député conservateur sous Mike Harris, qui a fait la guerre ouverte aux syndicats dans les années 1990.

Le syndicat Unifor a même lancé une publicité mordante qui compare le nouveau Parti conservateur d’Erin O’Toole à une vieille camionnette bleue bringuebalante qui n’arrive qu’à tourner vers la droite. À la fin de la publicité, le sigle O’Toole sur le coffre arrière se détache, pour laisser paraître le nom Harper en lettres délavées.

Il semble clair qu’au sein des exécutifs syndicaux, on accueille le virage O’Toole avec un grand scepticisme. Il reste à voir si les membres de ces syndicats percevront les choses de la même façon, mais aussi comment la base plus traditionnelle du parti accueillera cette tentative de recentrage de la formation politique.

D’autres chefs avant Erin O’Toole savent que ce genre d’ajustement peut être périlleux. Parlez-en à Thomas Mulcair. L’ex-chef du NPD avait tenté de recentrer son parti en 2015, ce qui avait déplu à sa base sociale-démocrate et qui avait contribué à son départ comme chef après un vote de confiance.

On peut aussi se demander si le virage prosyndical d’Erin O’Toole sera suffisant à lui seul pour faire bouger l’aiguille en sa faveur. Certains y verront plutôt une manœuvre défensive, pour éviter de se faire critiquer lors des débats des chefs, en neutralisant dès maintenant les attaques.

Il est trop tôt pour dire si le recadrage des conservateurs sera une réussite ou un échec. Mais une chose est certaine : ce changement de ton entamé par l’équipe d’Erin O’Toole engendre une dynamique intéressante, dans des élections où le coût de la vie et les anxiétés économiques sont au cœur des préoccupations.

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