•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pas de forces étrangères en Afghanistan après le 31 août, disent les talibans

Un soldat afghan est mort et plusieurs autres, blessés, dans une fusillade survenue en matinée à l’extérieur de l’aéroport de Kaboul, où se pressent toujours des milliers d'Afghans paniqués.

Deux enfants sur une passerelle montrent du doigt un avion sur le tarmac.

Cette famille afghane a réussi à entrer à l'aéroport Hamid Karzaï de Kaboul, d'où ils pourront quitter le pays, retombé sous le joug des talibans la semaine dernière.

Photo : Getty Images / AFP/ Mark Andries/U.S. Marine Corps

Radio-Canada

Il est hors de question que l’armée américaine et ses alliés étirent leur présence en Afghanistan au-delà du 31 août pour poursuivre les périlleuses opérations d’évacuation à l’aéroport international de Kaboul, ont fait savoir lundi les talibans.

C'est une ligne rouge, a déclaré un de leurs porte-parole, Suhail Shaheen, dans une entrevue accordée à la chaîne britannique Sky News.

Le président Biden a annoncé que (les États-Unis) retireraient toutes leurs forces armées le 31 août. Donc, s'ils prolongent (leur présence), cela signifie qu'ils prolongent l'occupation, alors que ce n'est pas nécessaire.

Si les États-Unis ou le Royaume-Uni demandent plus de temps pour poursuivre les évacuations, la réponse est non. Ou il y aura des conséquences […] Cela créera de la méfiance entre nous. S'ils ont l'intention de continuer l'occupation, cela provoquera une réaction.

Une citation de :Suhail Shaheen, porte-parole des talibans

Dans une entrevue subséquente accordée à la BBC, le même Suhail Shaheen n'a pas voulu s'étendre sur les conséquences annoncées. Ce sera aux leaders politiques des talibans d'en décider, a-t-il dit.

Plusieurs hommes armées sont assis dans la boîte d'une camionnette, surmontée d'un drapeau des talibans.

Difficile mission en Afghanistan

Photo : Getty Images / AFP/WAKIL KOHSAR

Il a en outre rappelé que les États-Unis devaient originalement se retirer d'Afghanistan le 1er mai, en vertu d'un accord signé à Doha, l'an dernier, avant de repousser cette date au 31 août.

Prolonger la présence étrangère en sol afghan serait une violation claire de cette entente, signée par l'administration Trump et respectée pour l'essentiel par celle de Joe Biden, a-t-il affirmé.

Après le 31 août, a assuré M. Shaheen, les Afghans dont les papiers sont en règle pourront continuer de quitter le pays par des vols commerciaux.

Les alliés pressent Washington de reconsidérer leur décision

Ces déclarations des talibans apparaissent comme une réponse directe au président américain Joe Biden qui, sous pression de ses alliés et d'organisations de défense des droits de la personne, a ouvert la porte dimanche à un maintien des soldats sur place après le 31 août.

Le gouvernement britannique a fait savoir lundi qu'il entend faire pression sur Washington pour que l’armée américaine reste à l’aéroport Hamid Karzaï de Kaboul au-delà de cette date lors d’un sommet virtuel du G7 qui aura lieu mardi.

Le premier ministre (Boris Johnson) va, au G7 évidemment, essayer d'évoquer la possibilité pour les États-Unis de prolonger, a confirmé le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace.

Deux femmes en burqa marchent près de petits commerces.

Des femmes en burqa font des emplettes dans un marché de Kaboul.

Photo : Getty Images / AFP/HOSHANG HASHIMI

Le secrétaire d'État britannique chargé des Forces armées James Heappey a toutefois reconnu qu’une décision en ce sens nécessiterait l’accord des talibans, qui contrôlent toutes les voies d’accès à l’aéroport.

Une conversation avec les talibans s'ensuivra alors et les talibans auront le choix entre chercher à collaborer avec la communauté internationale et montrer qu'ils veulent faire partie du système international ou dire qu'il n'y a pas moyen de prolonger la présence américaine, a-t-il déclaré à Sky News.

Un porte-parole du premier ministre Johnson a indiqué qu'il n'y a pas eu de communication directe à cette fin avec les talibans, mais le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a indiqué que son pays a des discussions à ce sujet avec les nouveaux maîtres du pays.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a aussi estimé que les forces étrangères doivent rester sur place au-delà du 31 août pour poursuivre les évacuations.

Nous sommes préoccupés de la date-butoir fixée par les États-Unis le 31 août. Un délai supplémentaire est nécessaire pour mener à bien les opérations en cours.

Une citation de :Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères
Deux militaires marchent vers un avion, photographié de face.

Un C-17 Globemaster canadien, sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 19 août

Photo : Getty Images / AFP/Alexander Klein

Deux sources au sein du mouvement islamiste ont par ailleurs déclaré lundi à l’AFP que les talibans n'annonceraient pas la constitution d'un gouvernement en Afghanistan tant qu'il resterait des soldats américains sur son sol. Il a été décidé que la formation du gouvernement [...] ne serait pas annoncée tant qu'un seul soldat américain serait présent en Afghanistan, a dit l'une de ces sources, avant que la seconde ne confirme l’information.

Les talibans ont aussi indiqué lundi avoir repris le contrôle de trois districts de la province de Baghlan, que des forces de l’opposition disaient avoir repris en fin de semaine.

Un autre porte-parole, Zabihullah Mujahid, a également affirmé que des combattants talibans assiégeaient le Panchir, où se sont regroupés des opposants.

Un militaire, assis, observe un document. À l'arrière-plan, des dizaines d'Afghans attendent.

Un soldat britannique étudie les papiers d'un candidat à l'évacuation à l'aéroport international de Kaboul.

Photo : Reuters / LPhot Ben Shread/UK MOD Crown

Fusillade à l'aéroport

Un soldat afghan est mort et trois autres ont été blessés dans une fusillade survenue lundi matin à l’extérieur de l’aéroport de Kaboul, a rapporté l’armée allemande sur Twitter.

Les circonstances entourant cet échange de coups de feu, qui s’est produit à la porte nord de l’aéroport, n’ont pas été clarifiées.

Une ONG italienne qui gère des hôpitaux en Afghanistan dit pour sa part avoir traité six personnes atteintes de coups de feu, en indiquant que leur vie n’est pas en danger.

L'armée américaine a confirmé la fusillade quelques heures plus tard, en précisant qu'elle a fait un mort et plusieurs blessés. Aucun soldat américain n'a été blessé, a-t-elle précisé.

Aucun soldat américain ou de la coalition n'a été blessé [...]. Les Afghans ont ouvert le feu pour répliquer, tout comme des troupes américaines et de la coalition, en vertu de leur droit à la légitime défense.

Une citation de :capitaine William Urban, porte-parole du US Central Command

Deux sources de l’OTAN ont depuis indiqué à Reuters que la situation était maîtrisée.

Des milliers d’Afghans paniqués continuent de se presser à l’extérieur de l’aéroport dans l’espoir de pouvoir prendre un vol qui leur permettra de quitter leur pays.

Depuis la semaine dernière, une vingtaine de personnes y ont trouvé la mort dans des fusillades ou des bousculades.

Le chef d'État-major de l'armée allemande, Eberhard Zorn, a estimé lundi qu'environ 5000 personnes étaient toujours massées à l'extérieur de l'enceinte de l'aéroport, comparativement à 7000 en fin de semaine.

La situation devant les portes (de l'aéroport) demeure difficile. Je dirais que c'est dramatique, parce que le nombre de personnes voulant accéder à l'aéroport est très élevé et la possibilité que des violences surviennent augmente.

Une citation de :Eberhard Zorn, chef d'État-major de l'armée allemande

Selon un porte-parole du Pentagone, environ 16 000 personnes ont été évacuées d'Afghanistan au cours des dernières 24 heures, a annoncé le Pentagone, pour un total d'environ 37 000 depuis que la capitale est tombée aux mains des talibans.

De l'aide humanitaire bloquée

Plus de 500 tonnes de fournitures médicales, notamment du matériel chirurgical et des traitements contre la malnutrition sévère, qui devaient être livrées en Afghanistan cette semaine, sont bloquées en raison des restrictions imposées à l'aéroport de Kaboul, a indiqué lundi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les organisations humanitaires affirment qu'il est essentiel que ce matériel soit livré aux quelque 300 000 personnes déplacées en Afghanistan au cours des deux derniers mois, au fur et à mesure que l'offensive des talibans progressait dans le pays.

Près de 18,5 millions d'Afghans – soit la moitié de la population – dépendent de l'aide humanitaire et les besoins devraient augmenter en raison de la sécheresse.

Mais la fermeture de l'aéroport de Kaboul aux vols commerciaux a retardé les livraisons, a déclaré à Reuters Richard Brennan, directeur du département Gestion des risques associés aux urgences et interventions humanitaires à l'OMS.

Alors que les yeux du monde entier sont maintenant tournés vers les gens qui sont évacués et les avions qui partent, nous devons acheminer des fournitures pour aider ceux qui restent sur place.

Une citation de :Richard Brennan, directeur du département Gestion des risques associés aux urgences et interventions humanitaires à l'OMS

Il a indiqué que l'OMS demandait aux avions vides de se détourner vers son entrepôt de Dubaï, aux Émirats arabes unis, pour récupérer les fournitures avant de partir chercher les personnes évacuées du pays. L'organisation envisage également la mise en place d'un pont aérien humanitaire pour l'envoi de fournitures, a-t-il ajouté.

La directrice générale de l'UNICEF, l'agence des Nations unies pour l'enfance, Henrietta Fore, a indiqué lundi qu'environ 10 millions d'enfants afghans avaient besoin d'une aide humanitaire et a prévenu que la situation devrait se détériorer.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, Reuters, et BBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !