•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dernier rodéo pour une boucherie iconique de Sudbury

David Daoust devant la fenêtre.

David Daoust, propriétaire de la boucherie Sunbeam, prévoit de fermer son commerce d'ici une semaine.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Après près d’un siècle d'existence, un des commerces phares du quartier Moulin à fleur, à Sudbury, met la clé sous la porte. Le marché de viande Sunbeam dit ne pas être en mesure de se conformer aux exigences gouvernementales pour produire ses charcuteries, qui représentent une partie importante de son chiffre d'affaires.

Cette fin de semaine, les clients se succédaient dans le petit commerce afin de saluer le propriétaire David Daoust et de lui acheter une dernière pièce de viande.

J’achète ses produits depuis toujours! Je suis vraiment triste de voir son commerce fermer, c’est terrible, s'exclame Donna Côté, au comptoir.

L’homme d’une soixantaine d'années a acheté le commerce iconique il y a 12 ans, mais la boucherie existe depuis 1936 dans le quartier. Une affiche le certifie d’ailleurs sur la façade du bâtiment.

Mais une fois la viande écoulée, elle sera retirée, tout comme la grande figurine de bœuf qui orne le commerce de David Daoust. Depuis peu, l'emblème du commerce est aux enchères sur Facebook, au prix minimal de 3000 $.

La figurine de bœuf.

Le bœuf, qui orne la boucherie depuis une cinquantaine d'années, a été volé dans les années 1970 et a été installé temporairement dans un bac à fleurs du centre-ville.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Et bientôt, ce sera au tour de la bâtisse hébergeant le commerce d’être vendue.

Il faut que les choses se payent. Il faut que je m’en sorte financièrement. Mes mains sont attachées, c’est tout, dit le propriétaire, résigné, mais fier.

« On va faire ce qu’on a à faire, les Français s’arrangent toujours avec leurs troubles! »

— Une citation de  David Daoust, propriétaire du marché de viande Sunbeam

Bras de fer

C’est la fin d’une bataille qui dure depuis des années pour l'irréductible David Daoust, qui estime injuste le système de certification ontarien.

Le propriétaire raconte qu’il y a un mois, la santé publique et le gouvernement ont inspecté son commerce. Ceux-ci ont constaté qu’il produisait de la charcuterie sans avoir la licence ou les installations appropriées en vertu de règlements entrés en vigueur en 2001.

David Daoust a reçu un ultimatum : adapter son commerce et faire les démarches nécessaires pour avoir un permis de catégorie 2 - qui permet notamment le fumage et la fermentation des produits de viande - ou s’exposer à une importante amende.

David Daoust au travail

David Daoust estime avoir investi environ 5000 $ pour adapter son commerce aux restrictions sanitaires liées à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Un choix impossible, selon David Daoust, qui produit des charcuteries depuis une quarantaine d'années.

Les conditions pour avoir la licence sont quasiment impossibles à rencontrer pour une petite entreprise comme nous autres, soutient-il. Il faudrait arranger les planchers, du plastique sur les murs, de l’équipement neuf, détaille-t-il.

Le propriétaire assure que ces investissements sont trop coûteux pour lui. Et sans charcuterie - qui est sa spécialité - son commerce n’est plus rentable.

Depuis qu'il a cessé d'en produire, ses revenus ont baissé de plus de 50 %.

« Là, je suis flambé. Je suis plus capable de produire des charcuteries en cachette. On n'est plus capable de les battre, les gros! »

— Une citation de  David Daoust, propriétaire de la boucherie Sunbeam

Par courriel, le gouvernement de l'Ontario dit prendre la salubrité des aliments au sérieux. C'est pourquoi nous avons mis en place un système d'inspections et de permis fondé sur le niveau de risque, écrit une porte-parole.

Le gouvernement soutient être disposé à guider les commerçants souhaitant obtenir les permis appropriés.

Au moment d'écrire ces lignes, le Bureau de santé publique de Sudbury n’a pas répondu à la demande d’entrevue de Radio-Canada.

La fin d'un lieu de rencontre

La fin du marché de viande Sunbeam signe aussi la fin d’un lieu de rencontre dans le Moulin à fleur, un quartier historiquement francophone de Sudbury. Ce que David Daoust regrette le plus de la fin de son commerce, c’est de perdre la communauté qu’il a bâtie.

Des clients font la file devant la boucherie.

Des clients font la file devant la boucherie.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Souvent, le propriétaire échange des blagues avec ses clients, dont certains sont fidèles depuis une quarantaine d'années. Il n’est pas inhabituel non plus de le voir quitter son poste derrière le comptoir pour aller piquer une jasette avec un motocycliste passant par là.

Moi, j’aime le monde. I’m a people person. Je cours après le monde pour leur dire allô!, rigole David Daoust.

L’homme avait aussi l’habitude d’offrir des morceaux de charcuterie aux enfants des familles fréquentant l’endroit. La jeune Ava Tonnos, par exemple, recevait fréquemment des morceaux de pepperettes, ces petites saucisses fumées.

C’est une tragédie, raconte sa mère Carla, qui fréquente le commerce depuis une quinzaine d'années.

« On apprend à connaître les gens. Ils prennent soin de nous, on prend soin d’eux. »

— Une citation de  Carla Tonnos, cliente
La famille Tonnos dehors.

La famille Tonnos achète sa viande à la boucherie depuis des années.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Le fait que David Daoust ne possède pas le permis approprié pour produire ses charcuteries n’inquiète pas la famille, qui préfère ses méthodes traditionnelles et naturelles à celles des grandes chaînes.

Il est boucher, son père était boucher, son grand-père était boucher, tu ne peux pas avoir plus traditionnel que ça, déclare Joshua, le père de famille.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !