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Tombeau nucléaire : le Canada surveille de près les progrès de la Finlande

Un tunnel creusé dans la pierre.

Des déchets nucléaires sont entreposés à la centrale nucléaire d'Olkiluoto, sur l'île d'Eurajoki, dans l'ouest de la Finlande.

Photo : Getty Images / Sam Kingsley

L’organisation finlandaise de gestion de déchets nucléaires, Posiva Oy, a entamé l’excavation du premier site d’enfouissement de déchets hautement radioactifs au monde.

C’est une nouvelle importante pour la Société de gestion des déchets nucléaires du Canada (SGDN), qui a un plan similaire pour disposer des 5,5 millions de grappes de combustible nucléaire irradié ou usé au pays.

Le projet de dépôt géologique en profondeur (DGP) de la Finlande est construit à plus de 400 mètres sous terre sur l’île Olkiluoto à 260 kilomètres de la capitale du pays. Posiva Oy espère pouvoir y enfouir des combustibles nucléaires irradiés dès 2025.

Quatre hommes se parlent, à un demi-kilomètre sous terre.

Des spécialistes de la société de gestion des déchets nucléaires du Canada visitent le dépôt géologique en profondeur de la Finlande en 2019.

Photo : Société de gestion des déchets nucléaires du Canada

C’est vraiment excitant de voir ce projet prendre vie, commente Chris Boyle, l’ingénieur en chef de la SGDN.

Nous allons finaliser le choix du site au Canada au cours des deux prochaines années, et nous avons hâte de pouvoir apprendre de l’expérience en Finlande et de nous appuyer sur les progrès réalisés dans ce pays.

Une citation de :Chris Boyle, ingénieur en chef de la SGDN

Toujours pas de permis pour le projet canadien

Depuis plusieurs années, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) participe au Forum sur la réglementation des DGP, auquel participe notamment la Finlande, afin d’en apprendre davantage sur ses processus de réglementation et les activités préalables à l’octroi de permis.

Alors que Posiva se prépare à soumettre la demande de permis d'exploitation aux autorités finlandaises, la directrice du développement de Posiva, Tiina Jalonen, note l'importance de ce travail pour l'avenir de la gestion de déchets hautement radioactifs au Canada.

Le projet canadien est très similaire à celui de la Finlande en ce qui concerne l'emplacement du site d'enfouissement dans une formation rocheuse et l’utilisation de matériaux de cuivre et d’argile pour isoler les déchets radioactifs.

Illustration site d'enfouissement.

Dans le cadre du projet de dépôt géologique en profondeur, les grappes de combustible nucléaire usé seraient enfouies à 500 mètres sous terre.

Photo : Société de gestion des déchets nucléaires du Canada

Pour l’instant, l’organisme de réglementation nucléaire du Canada n’a pas reçu de demande visant la construction d’un tombeau nucléaire, puisque la SGDN doit déterminer le lieu de site d’enfouissement avant de pouvoir aller de l’avant.

L’Ontario en lice pour accueillir les déchets nucléaires

À l’heure actuelle, les déchets radioactifs sont entreposés dans des installations temporaires en béton, qui doivent être constamment rénovées en raison du pouvoir corrosif des déchets encapsulés.

En 2010, après 20 ans de délibérations, l’organisme de gestion des déchets nucléaires du Canada s’est officiellement lancé à la recherche d’un site d’enfouissement en profondeur.

Au départ, 22 communautés ont manifesté leur intérêt pour le projet. Aujourd’hui, seulement deux communautés sont toujours considérées pour accueillir le tombeau nucléaire : Ignace, dans le Nord-Ouest de la province, et Bruce Sud, une municipalité située au sud-est du lac Huron.

La communauté qui accueillera le tombeau nucléaire pourra bénéficier des retombées économiques générées par ce projet évalué à 23 milliards de dollars.

Un sujet de discorde

Le choix des sites ne fait pas l’unanimité, au Canada et ailleurs dans le monde.

D’un point de vue technique, le choix du site comporte de nombreux défis. Il doit répondre à plusieurs critères géologiques spécifiques et l’impact potentiel de différents événements géologiques, hydrologiques et écologiques doit être démontré.

D’un point de vue social, le consentement de la communauté d'accueil est un enjeu complexe.

Les communautés d’Ignace et de Bruce Sud sont divisées sur le sujet. À Ignace, l'emplacement se situe sur le territoire du Grand Conseil du Traité no 3.

De l'autre côté de l'Atlantique, l’agence de gestion des déchets nucléaires de la France évalue le site de Bure depuis des décennies et, en 2017, des manifestations antinucléaires violentes ont secoué la municipalité.

Tunnel du laboratoire de l'Agence nationale française pour la gestion des déchets radioactifs à Bure, en Lorraine.

Tunnel du laboratoire de l'Agence nationale française pour la gestion des déchets radioactifs à Bure, en Lorraine

Photo : Radio-Canada / Sylvain Desjardins

De plus, quatre villes voisines de Bure se sont vivement opposées au tombeau nucléaire au cours des derniers mois, ajoutant au lot de défis liés à l'exécution du projet de DGP en France.

Dans le contexte de la France, la question de gestion des déchets nucléaires est d’autant plus pressante que le pays dépend largement de l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité.

Les risques et les bénéfices du nucléaire

Anne Lindsey, une chercheuse au Centre canadien de politiques alternatives, juge que l’enthousiasme de la SGDN vis-à-vis des progrès réalisés en Finlande est prématuré.

La SGDN va montrer la Finlande du doigt, en disant qu’elle a trouvé la solution pour gérer les déchets nucléaires, mais la réalité est qu’aucun pays n'a vraiment réglé le problème posé par ces déchets.

Une citation de :Anne Lindsey, chercheuse au Centre canadien de politiques alternatives

La seule solution sérieuse, selon moi, est de garder ces déchets à la surface où il est possible de les surveiller étroitement, poursuit-elle.

Selon Mme Lindsey, le manque de solution viable à la gestion des déchets nucléaires rend la poursuite de l’électricité d’origine nucléaire totalement irresponsable.

Elle se dit également préoccupée par le fait que les déchets resteront radioactifs bien longtemps après que la CCSN aura cessé de surveiller le site d'enfouissement.

En Ontario, 60 % de l’électricité est produite avec de l’énergie nucléaire.

Une centrale nucléaire vue des airs.

La centrale nucléaire de Bruce Power vue des airs

Photo : La Presse canadienne / J.P. Moczulski

Akira Tokuhiro, professeur en sciences nucléaires à l’Ontario Tech University, imagine difficilement un futur énergétique sans nucléaire au Canada.

De mon point de vue, les bénéfices de cette technologie surpassent largement les risques, observe le professeur, qui se spécialise dans la gestion d’accidents nucléaires.

Ça ne fait pas les manchettes, mais tout le long de cette pandémie, les hôpitaux, les téléphones et les résidences ont utilisé de l'électricité d’origine nucléaire.

Une citation de :Akira Tokuhiro, professeur et doyen, sciences nucléaires, Ontario Tech University

David Shoesmith, un spécialiste en énergie nucléaire qui collabore étroitement avec la SGDN depuis le début du projet de tombeau nucléaire canadien, dit comprendre pourquoi l’enjeu suscite un débat aussi important.

Une question qui revient fréquemment, c’est comment êtes-vous certains qu’il n’y aura pas d’accident? explique M. Shoesmith, qui est également professeur à l’Université Western Ontario.

Dans certains cas, nous ne pouvons pas être certains, admet-il. C’est pour ça que nous avons un système de cinq différentes barrières de protection.

La confiance que nous avons en ce projet repose sur énormément de calculs et d’évaluations de ce qui pourrait mal tourner, et de quelles en seraient les conséquences, dit le professeur Shoesmith.

Quarante ans de travail plus tard, lentement mais sûrement, je pense que nous sommes à un point où l'ont peut croire en la faisabilité du projet, conclut-il.

Le syndicat des travailleurs de l'électricité de la province a annoncé dans un communiqué jeudi que sans énergie nucléaire, l'Ontario n'arrivera pas à atteindre ses objectifs d'émissions liés au changement climatique.

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