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Salaire minimum à 18 $, est-ce possible?

Une jeune serveuse portant un couvre-visage transporte un petit panier de pommes de terre frites qu'elle tient avec un bâtonnet.

La Fédération des travailleurs du Québec réclame maintenant un salaire minimum de 15 $ l'heure.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) laisse tomber sa campagne en faveur d’un salaire minimum à 15 $ l'heure et réclame maintenant un minimum de 18 $ pour permettre aux travailleurs de sortir de la pauvreté. La FTQ a-t-elle raison? Ou une telle hausse mènerait à la faillite de centaines de PME?

La FTQ dit que cette nouvelle cible est la bonne pour assurer un revenu viable aux travailleurs. Citant les études de la communauté européenne, de Statistique Canada, de plusieurs chercheurs également au Québec, le président de la FTQ, Daniel Boyer, affirme que le salaire minimum, pour être juste, doit être fixé à 60 % du revenu médian.

Ce qu’on veut, c’est que les travailleuses et les travailleurs qui travaillent à temps plein puissent se sortir de la pauvreté, puissent vivre dignement et décemment, a déclaré Daniel Boyer à Zone économie jeudi soir.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) rétorque qu’une telle hausse serait un coup fatal pour plusieurs entreprises qui ne pourraient pas observer une majoration aussi importante de leurs coûts de main-d'œuvre.

Ce serait, en fait, l’équivalent d’embaucher un nouveau travailleur dans une entreprise qui compte cinq employés au salaire minimum. La FCEI propose plutôt de bonifier le montant personnel de base, les primes au travail ou les crédits d’impôt pour les travailleurs à plus faible salaire.

C’est trop, dit le patronat

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) est du même avis. Tout le monde veut bien vivre, mais malheureusement, l’économie ne fonctionne pas tout à fait de cette façon, a dit le PDG du CPQ Karl Blackburn à Zone économie.

Le Québec est au 4e rang des provinces pour le salaire minimum, derrière l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique.

Lorsqu’on vient ajouter les différents programmes sociaux, les différents programmes pour soutenir les familles à faibles revenus, le revenu disponible pour ces ménages, le Québec se classe premier au Canada. Ce n’est pas vrai qu’on est les plus pauvres de la fédération canadienne.

Une citation de :Karl Blackburn, PDG du Conseil du patronat du Québec

On dirait que les mesures fiscales sont un financement indirect des entreprises qui ne paient pas suffisamment les travailleurs, répond Daniel Boyer. Les mesures fiscales, c’est vous, c’est moi, c’est l’ensemble des citoyens qui les paient au Québec. C’est bien correct, mais ça devrait être les employeurs qui paient décemment les employés. Et s’il faut aider de plus petites entreprises à payer ce salaire minimum, on devrait le faire. J’ai hâte qu’on inverse la logique.

Le CPQ continue de privilégier la mesure actuelle, qui est celle de fixer le salaire minimum à 45 ou 50 % du salaire moyen au Québec. À 13,50 $, nous sommes à 48 % de la rémunération horaire moyenne des employés québécois en 2020, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec.

Atteindre le revenu viable?

Dans son analyse sur le revenu viable publié en avril dernier, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) écrit qu’en 2021, une personne seule de moins de 65 ans à Montréal doit travailler un peu plus de 35 heures par semaine à un salaire horaire de 18 $ pour disposer d’un revenu après impôt à peu près équivalent au revenu viable.

Le revenu viable, selon la définition de l’IRIS, est un indicateur qui s’appuie sur un panier de consommation déterminé pour trois types de ménages dans sept villes du Québec.

L’indicateur va plus loin que la Mesure du panier de consommation (MPC) de Statistique Canada, qui ne couvre essentiellement que les besoins de base. Le revenu viable a une portée plus large et se module en fonction du lieu où vivent les gens. Il cherche à identifier le minimum requis pour véritablement sortir de la pauvreté et vivre dignement.

Alors, par exemple, une personne seule qui travaille à 15 $ de l’heure, 35 heures par semaine, à Montréal va toucher un revenu de 23 709 $ sur une année. C’est au-dessus du seuil de pauvreté, selon la Mesure du panier de consommation qui est à 21 132 $ ou 112 % de la MPC. Mais, c’est seulement 82 % du revenu viable établi par l’IRIS à 28 783 $.

À 18 $ l’heure, cette personne gagne 27 308 $, soit 129 % de la Mesure du panier de consommation, et 95 % du revenu viable. C’est ainsi que l’IRIS en vient à dire que cette personne arrive au revenu viable en travaillant un peu plus que 35 heures par semaine, et c’est sur ce calcul que la FTQ s’appuie dans sa demande.

La mesure des 50 %

Maintenant, l’économiste Pierre Fortin, qui étudie les enjeux entourant le salaire minimum depuis des années, évalue qu’à 50 % du salaire horaire moyen, le salaire minimum est raisonnable et approprié dans le contexte économique du Québec. Au-delà de ça, nous a-t-il déjà expliqué, il y a un risque de faire augmenter le taux de chômage, surtout chez les jeunes, alors que les entreprises pourraient ne plus être en mesure d’intégrer ce niveau salarial.

Il avait qualifié de bombe atomique en 2016 l’idée d’augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure au Québec. Aux États-Unis, disait-il, dans les grandes villes, le salaire moyen était de 25 à 35 % plus élevé qu’au Québec. Aller à 15 $ n’allait pas avoir le même impact qu’au Québec.

Aujourd’hui, en 2021, un salaire minimum à 15 $ représenterait 53 % de la rémunération horaire moyenne des employés. Un salaire minimum à 18 $ représenterait 64 %.

Les deux questions fondamentales sur cet enjeu demeurent les mêmes : comment sortir les travailleurs de la pauvreté, et les entreprises ont-elles les capacités d’absorber une hausse marquée des salaires?

Ce qui a changé depuis quelques années, c’est l’enjeu de la pénurie de main-d'œuvre. Puisqu’il manque beaucoup de travailleurs dans plusieurs secteurs, beaucoup d’entreprises sont obligées, aujourd’hui, d’augmenter les salaires pour attirer et garder leurs employés, en plus de leur accorder de meilleures conditions de travail.

Se peut-il que, dans les circonstances, l’une de solutions à la pénurie de main-d'œuvre est d’augmenter les salaires des employés, tout simplement? Et si c’est le cas, l’État a-t-il un rôle à jouer pour soutenir les entreprises ou les secteurs d’activités qui ont des marges extrêmement réduites et qui auraient du mal à augmenter les salaires de 1, 2, 3, 5 $ l’heure?

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