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Les francophones veulent se tailler une place dans la relance post-pandémie

Liane Roy est présidente-directrice générale du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick.

La présidente de la FCFA, Liane Roy (Archives)

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Si la modernisation de la Loi sur les langues officielles est une priorité pour les organismes de la francophonie en contexte minoritaire lors de la campagne électorale fédérale, ceux-ci souhaitent également ne pas être oubliés dans un futur plan de relance post-pandémie.

Les organismes de la francophonie canadienne en sont bien conscients : la campagne électorale fédérale est courte et la pandémie occupe une place importante dans les discussions.

Raison pour laquelle la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a adapté ses demandes au contexte de la COVID-19.

C’est une courte campagne, nous n’avons pas beaucoup de temps pour faire passer nos messages. On a donc décidé d’aller avec deux grandes priorités qui regroupent beaucoup de nos dossiers : la modernisation de la Loi sur les langues officielles, et la deuxième, c’est de mettre en place un plan de relance post-pandémie, mais avec une lentille francophone, explique la présidente de l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire, Liane Roy.

« On voudrait que les partis politiques regardent à un plan [...] pour mettre en place des programmes en pensant aux particularités et aux spécificités des communautés francophones de partout au Canada. »

— Une citation de  Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

La pandémie a aggravé les difficultés des communautés francophones, dit-elle, notamment celles de leurs organismes qui n’ont pu faire d’activités de financement, ce qui dans le même temps a nui à la vitalité francophone.

Un projet de modernisation dans les 100 premiers jours

La FCFA continue aussi de militer pour une modernisation de la Loi sur les langues officielles. Le projet de loi de la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, est, sans surprise, mort au feuilleton avec le déclenchement des élections.

Mais sachant que certaines demandes des communautés francophones en étaient absentes, cela pourrait permettre d’aller plus loin, estime la professeure de science politique au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s, Stéphanie Chouinard.

Le Parti libéral a mis cartes sur table. Ça donnera peut-être l’occasion aux partis d’opposition de faire de la surenchère.

La FCFA dit avoir entamé des démarches pour améliorer le projet de loi présenté en juin auprès de tous les partis. Et après plusieurs années à avoir travaillé sur le dossier, l’organisme fixe une échéance : le dépôt d’un projet de loi amélioré dans les 100 premiers jours du mandat du prochain gouvernement.

Un objectif repris par le Parti conservateur du Canada (PCC) dans son programme électoral.

L’AFO réclame plus d’argent pour l’Ontario

La situation des institutions postsecondaires francophones à l’extérieur du Québec est également dans la mire de la FCFA et de ses organismes membres. Et notamment dans celle de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Ça a été extrêmement difficile pour le postsecondaire francophone et bilingue. L’insolvabilité de la Laurentian University en est une preuve et ce qu’on demande du prochain gouvernement, c’est d’appuyer publiquement le projet de transformation de l’Université de Sudbury en université de langue française, et ensuite de s’engager à rehausser les transferts fédéraux vers le postsecondaire. Les fonds [fédéraux] sont gelés depuis près de 20 ans, dit le président de l’organisme, Carol Jolin.

Récemment, le gouvernement libéral sortant avait précisé son appui à l'éducation postsecondairepar et pour les francophones.

Au-delà de cet engagement de trois ans, je serais curieuse de voir s’il y a un plan concret sur le long terme pour sécuriser ces institutions-là, se questionne toutefois Mme Chouinard.

Autre augmentation demandée par l’AFO, celle des transferts fédéraux vers l’Ontario en matière de langues officielles.

L’Ontario reçoit 23 % du financement des langues officielles, alors que 55 % des organismes francophones hors Québec sont en Ontario. [...] Ce pourcentage [de financement] a même baissé au cours des dernières années, on l’établit à 20 % à peu près actuellement [...] et on observe le même phénomène pour les transferts financiers pour les services en français. [...] On demande au prochain gouvernement de s’engager à travailler avec nous pour établir une plus grande équité [...], et ce, sans pour autant enlever des fonds aux autres provinces.

Carol Jolin s'adresse aux médias derrière un micro.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin (Archives)

Photo : Radio-Canada

Une demande justifiée aussi, selon M. Jolin, par l’immigration francophone en Ontario.

L’immigration fait d’ailleurs aussi partie des enjeux importants de la FCFA et de l’AFO. La cible fédérale de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec annuelle, fixée pour 2023, doit être revue, selon M. Jolin.

4,4 %, ce n’est pas assez. On a accumulé des retards avec les années. [...] Il faut viser beaucoup plus haut pour maintenir le poids démographique de la francophonie en Ontario, ce qui est extrêmement important si on veut garder les services qu’on a et les améliorer.

Être visibles

Dans une campagne si courte, le défi sera d’être visibles pour les communautés francophones.

Mais selon Mme Chouinard, même si la pandémie semble accaparer une grande partie de l’attention des partis, les langues officielles et la francophonie risquent tout de même de pouvoir se tailler une place dans les discussions.

Dans certaines circonscriptions, c’est un enjeu qui va jouer dur, notamment dans Sudbury et Nickel Belt avec toute la question de l’Université Laurentienne. [...] Il y a aussi le Bloc québécois qui va certainement vouloir toucher la corde sensible qui est la question linguistique. Ça va forcer les autres partis à s’aventurer sur ce terrain-là même s’ils n’envisageaient pas d’en faire un enjeu important.

En six ans, les libéraux présentent un bilan contrasté, poursuit-elle, estimant que si la ministre Joly a semblé avoir le dossier à cœur, elle n’a pas toujours réussi à se faire entendre dans les plus hautes sphères du gouvernement.

Elle a fait face à une haute administration, notamment au sein du cabinet du premier ministre, qui n’était pas toujours à l’écoute et pour qui la question des langues officielles n’était pas prioritaire, dit Mme Chouinard.

Pourtant, le dossier peut présenter un intérêt, souligne la politologue, y compris à l’extérieur du Québec.

C’est certain que le Québec et ses 78 sièges, dont la très grande majorité a une population francophone en très forte majorité [...], ça a toujours un poids important dans la balance. [...] Toutefois, il y a la possibilité pour un parti qui prend cet enjeu au sérieux de faire des gains notables à l’extérieur du Québec, notamment dans l’est ontarien, le nord ontarien, la région d’Ottawa et les circonscriptions où il y a des populations acadiennes importantes dans les Maritimes.

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