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Ray-Mont : des travaux en cours, mais toujours pas de projet clair

Le terrain contaminé vu de l'autre côté d'une clôture de broche.

Le terrain du futur « écoparc industriel » fait 10 millions de pieds carrés.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Mathieu Prost

L’entreprise Ray-Mont Logistiques a commencé les travaux de réhabilitation de son site, où elle veut exploiter une plateforme de conteneurs, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Un groupe de travail a le mandat de proposer, d’ici fin septembre, des mesures d’atténuation des nuisances.

Le boisé Vimont borde l’ancienne gare de triage du CN, entre une résidence pour personnes âgées et une coopérative d’habitation.

À l’ombre de cet îlot de fraîcheur, une quinzaine de citoyens du quartier se retrouvent, ce matin d’août caniculaire. Leur sujet de conversation : Ray-Mont Logistiques et son projet de plateforme de transbordement, à moins de 100 mètres de là.

Que se passe-t-il sur ce genre de plateforme? Le président-directeur général de l’entreprise, Charles Raymond, détaille l’activité : On reçoit des wagons, on reçoit leur marchandise et on la transfère dans des conteneurs. Les conteneurs partent de chez nous pour aller au port, qui ne se trouve qu’à une encablure de là.

Des allées et venues 24 heures sur 24

Concrètement, cela signifie un train d’une centaine de wagons et jusqu'à un millier d'allées et venues de camions chaque jour, 24 heures sur 24. Et environ 10 000 conteneurs en mouvement ou en stockage, empilés sur huit étages.

Ray-Mont Logistiques prévoit entreposer des conteneurs sur huit niveaux.

Ray-Mont Logistiques prévoit entreposer des conteneurs sur huit niveaux.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Après quatre années de procédures judiciaires concernant le zonage, la Cour supérieure puis la Cour d’appel du Québec ont forcé Montréal à octroyer le permis de construire, ce qui a été fait au mois d’avril.

Ce n’est pas parce qu’une chose est légale qu’elle est morale, tempère Cassandre Charbonneau-Jobin, très active au sein de la Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM, qui se bat contre le projet.

Je dois vous avouer qu'on a beaucoup de vent dans la face, comme on dit. Mais la grogne monte dans le quartier, les gens sont de plus en plus informés du projet.

Une citation de :Cassandre Charbonneau-Jobin, du groupe Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM

Une réduction du camionnage, selon le PDG

Ce terrain contaminé était en friche depuis que les bâtiments de l’ancienne fonderie Canadian Steel avaient été rasés, au milieu des années 2000. Ray-Mont Logistiques l’a acheté en 2016 avec l’intention d’accroître ses activités déjà en cours dans Pointe-Saint-Charles, à Montréal.

Le groupe de travail en visite sur le site de Ray-Mont Logistiques, dans l'arrondissement du Sud-Ouest.

Le groupe de travail en visite sur le site de Ray-Mont Logistiques, dans l'arrondissement du Sud-Ouest

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Son PDG met d’ailleurs en avant la réduction du camionnage sur l’axe de la rue Notre-Dame, une fois que les conteneurs auront déménagé : Tous les jours, on parcourt la rue Notre-Dame en entier, incluant le tunnel Ville-Marie, aller retour. Donc, en se rapprochant du port de Montréal, on retire énormément de trafic des routes.

L’entreprise a déjà consacré 15 millions de dollars à la décontamination et à la réhabilitation du terrain acheté 20 millions en 2016. Elle poursuit aujourd’hui Montréal pour 373 millions, estimant avoir subi des dommages pendant quatre ans parce que la Ville a agi illégalement.

On considère qu'on a le droit à un dédommagement. Par contre, on n'est pas fermés à discuter, indique Charles Raymond.

Ray-Mont Logistiques a acheté ce site industriel contaminé en 2016, dans l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Ray-Mont Logistiques a acheté ce site industriel contaminé en 2016, dans l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Cette discussion a lieu grâce à un groupe de travail mis en place mi-juin, qui réunit des citoyens ainsi que des représentants de la Ville et de l’entreprise. Son objectif est de parvenir d’ici fin septembre, au terme de quatre rencontres, à une liste de mesures d’atténuation des nuisances, qui sont nombreuses, de l’aveu même de l’entreprise : bruit, vibrations, parasites et vermine, pollution lumineuse et visuelle, etc.

En attendant que le groupe fasse ses propositions, Ray-Mont s’est engagée à ne pas commencer les travaux de construction de la plateforme, seulement ceux de réhabilitation approuvés par le ministère de l’Environnement en janvier 2018.

Ray-Mont Logistiques : un projet de conteneurs en quête d’acceptabilité

Aucun manquement

Pourtant, le chantier est actif cet été : pose de conduites, coffrages, électricité. On ne bâtit pas d’équipement de transbordement, assure Charles Raymond.

Même son de cloche du côté de Luc Rabouin, responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal : Les travaux qui sont faits en ce moment sont des travaux de réhabilitation des sols qui sont dans le cadre d'un projet et d'un permis qu'ils ont obtenu du ministère de l'Environnement.

Le ministère dit avoir reçu une plainte le 10 août, envoyé des inspecteurs sur place deux jours plus tard et conclu qu’aucun manquement n’avait été constaté.

Ray-Mont Logistiques a acheté ce site industriel contaminé en 2016, dans l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Ray-Mont Logistiques a acheté ce site industriel contaminé en 2016, dans l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Après sa première rencontre le 11 août, le groupe de travail s’est rendu sur le site actuellement en opération de Ray-Mont Logistiques. Sur ce terrain, presque cinq fois plus petit que celui de Viauville, environ un millier de conteneurs sont empilés les uns sur les autres jusqu’à cinq ou six étages.

Un talus de quatre mètres de haut planté d’arbres a été aménagé pour faire écran, face aux résidences de la rue Wellington. Une semaine plus tard, le groupe auquel prend part le PDG de l’entreprise a sillonné les rues du quartier Viauville, à la lisière duquel Ray-Mont Logistiques compte s’installer.

Une zone tampon jusqu'au site?

Implanter une zone tampon plus large fait partie des idées pour le futur site. C’est notamment ce que propose Catheryn Roy-Goyette, candidate du NPD dans Hochelaga. Elle suggère que le ministre fédéral des Transports saisisse la gare de triage du CNpour la céder à la Ville de Montréal et ainsi créer un immense lien vert qui reliera Notre-Dame au parc Maisonneuve, qui pourra être reboisé et servir aux citoyens.

Cette initiative fait consensus parmi les autres candidats fédéraux, tant du côté de la libérale Soraya Martinez que de celui du bloquiste Simon Marchand. Ce dernier propose également une solution de rechange au projet de Ray-Mont Logistiques.

Sur le site de Pointe-Saint-Charles, un talus planté d'arbres sépare les conteneurs des résidences de la rue Wellington.

Sur le site de Pointe-Saint-Charles, un talus planté d'arbres sépare les conteneurs des résidences de la rue Wellington.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Si on peut aller chercher des investisseurs comme Moderna ou d’autres industries légères, on sera capable de faire une offre à Ray-Mont Logistiques pour qu'il aille s'installer ailleurs.

Une pétition pour obtenir une étude d’impact est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale.

Les militants du Regroupement 6600 réclament également que le projet soit soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Richard Campeau, député de la circonscription, est aussi adjoint parlementaire au ministre de l’Environnement et des Changements climatiques.

Il modère les attentes, car le ministère n’a pas encore vu le projet final de l’entreprise. Comme on ne sait pas de quoi aura l'air le projet, on ne peut pas faire d'étude environnementale pour le moment, c'est tout; question de processus à respecter.

Notre seul espoir est politique, concède Cassandre Charbonneau-Jobin. Et il ne faut jamais sous-estimer la force d'une grogne citoyenne. Ça fait cinq ans qu'il a des problèmes avec son projet. S'il le commence, il va continuer à avoir des problèmes, ça, je vous le garantis.

Le projet initial de plateforme de transbordement, tel que présenté en juillet à une instance de concertation.

Le projet initial de plateforme de transbordement, tel que présenté en juillet à une instance de concertation

Photo : Radio-Canada / Mathieu Prost

Un dossier délicat sur la scène municipale

Au palier municipal, on marche sur des œufs dans ce dossier. Avec la poursuite en cours, je vais me garder une petite gêne, commence l’actuelle mairesse et candidate de Projet Montréal, Valérie Plante. Avant de compléter : On ne va pas s'excuser de souhaiter qu'il y ait du développement économique le plus vert possible et qui s'inscrit dans une logique, dans un développement durable, surtout quand c'est en plein milieu d'un quartier.

Son adversaire, Denis Coderre, qui était maire au moment de la transaction avec Ray-Mont Logistiques, assure aussi qu'on ne doit pas faire du développement économique au détriment du développement environnemental. Et il ajoute : Au même titre, on ne doit pas être dogmatique et faire du développement environnemental uniquement au détriment des autres.

Il reconnaît que l’entreprise est dans son droit, mais pose la question : Est-ce qu'on veut exproprier ça? Peut-être. Nous, on était prêt même à acheter le terrain à l'époque.

C’est aussi l’avenue privilégiée par le NPD dans ce dossier, comme l’explique Catheryn Roy-Goyette : La Ville de Montréal n’a pas les moyens financiers d'en arriver à un processus d'expropriation, il faut donc que les deux autres paliers injectent des fonds pour y parvenir.

Un dernier facteur vient de s’ajouter à l’équation : le REM de l’Est, qui longera la rue Notre-Dame, doit bifurquer vers le nord aux abords de la rue Dickson, le long du terrain de Ray-Mont Logistiques. Une réserve foncière sur plus du tiers de sa superficie oblige l’entreprise à revoir son schéma d’aménagement.

Dans la fraîcheur relative de leur boisé, les citoyens réunis ce jour-là continuent de broyer du noir. Elizabeth Greene craint un exode social. Ceux qui peuvent partir de là, ceux qui en ont les moyens, vont le faire. Mais ceux qui ne peuvent pas, les plus démunis, vont rester, déplore-t-elle.

Charles Raymond promet une politique d’embauche locale et se dit très optimiste quant aux futures mesures d’atténuation. En attendant, il va clôturer son terrain et entreprendre l’asphaltage.

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