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Le fils du défunt commandant Massoud, rempart proclamé contre les talibans

« La résistance des moudjahidines aux talibans commence maintenant. Mais nous avons besoin d’aide », plaide-t-il.

Ahmad Massoud salue une foule.

Ahmad Massoud, à son arrivée pour un rassemblement à Bazarak, dans la vallée du Panchir, en septembre 2019.

Photo : Reuters / MOHAMMAD ISMAIL

Radio-Canada

Le fils de feu Ahmad Shah Massoud, dernier chef de guerre à avoir résisté aux talibans après qu’ils eurent pris le pouvoir en Afghanistan pour une première fois dans les années 90, se présente jeudi comme l’héritier de son père dans une tribune publiée dans le Washington Post, où il réclame le soutien des Occidentaux.

La lettre est publiée le Jour de l’indépendance de l’Afghanistan, un événement souligné par des groupes de manifestants qui défient les nouveaux maîtres du pays en défilant dans quelques villes du pays, le drapeau afghan brandi, ce qui entraîne une réponse parfois violente des talibans.

La résistance des moudjahidines aux talibans commence maintenant. Mais nous avons besoin d’aide, indique Ahmad Massoud dans la lettre publiée par le Post, où il précise être retranché dans la vallée du Panchir, au nord de Kaboul, en compagnie d’autres dirigeants afghans qui n’ont pas baissé les bras face à la situation.

La province du Panchir est la seule à ne pas être sous contrôle des talibans à l’heure actuelle. La région avait aussi été le repaire de l’Alliance du Nord, que dirigeait son père. Surnommé le Lion du Panchir, ce dernier avait résisté à l'invasion soviétique dans les années 80 avant de reprendre les armes contre les talibans.

Le commandant Massoud a finalement été assassiné dans un attentat-suicide parrainé par Al-Qaïda, dont les talibans protégeaient les dirigeants sur le territoire afghan. Son meurtre est survenu le 9 septembre 2001, deux jours avant les attaques du 11 septembre 2001, qui ont poussé Washington à attaquer l’Afghanistan.

« Jusqu’au moment où il a été assassiné, [mon père] se battait pour le destin de l’Afghanistan, mais aussi pour l’Occident. Aujourd’hui, au moment où ma patrie traverse des heures sombres, difficiles, cette lutte est plus essentielle que jamais. »

— Une citation de  Ahmad Massoud

Ahmad Massoud, qui se présente comme le chef d’un Front national de résistance, affirme être entouré d’un nombre non précisé de moudjahidines disposant d’armes et de munitions patiemment amassées depuis l’époque de [s]on père, parce que nous savions que ce jour pourrait venir.

Depuis la chute de Kaboul, poursuit-il, des membres des forces spéciales afghanes des soldats de l’armée dégoûtés que leurs commandants se soient rendus ont répondu à mon appel à joindre la résistance dans le Panchir, en emportant leurs armes avec eux.

Quelques hommes sont posés près de Humvee fournis par l'armée américaine dans une région montagneuse.

Des membres de l'armée afghane ont rejoint Ahmad Massoud à Bazarak, dans la province de Panchir, au nord de Kaboul.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD SAHEL ARMAN

Massoud veut que les Occidentaux lui fournissent des armes

Si les chefs de guerre talibans nous attaquent, ils feront bien sûr face à une résistance acharnée, indique Ahmad Massoud. Mais nous savons que nos forces militaires et nos moyens logistiques ne suffiront pas. Ils seront rapidement épuisés, à moins que nos amis en Occident ne trouvent un moyen de nous approvisionner.

Nous avons besoin de plus d’armes, de plus de munitions et de plus de matériel, ajoute-t-il après avoir invité les amis de l’Afghanistan à intercéder en faveur de son groupe, que ce soit à Washington, à Londres ou à Paris. Les États-Unis et leurs alliés sont nos derniers alliés dans ce combat pour la liberté.

« Sachez que des millions d’Afghans partagent vos valeurs. Nous avons combattu si longtemps pour avoir une société ouverte, où les filles peuvent devenir médecins, nos médias sont libres, nos jeunes peuvent danser et écouter de la musique ou assister à des matchs de soccer dans des stades autrefois utilisés par les talibans pour des exécutions, comme cela pourrait à nouveau être le cas. »

— Une citation de  Ahmad Massoud
Ahmad Massoud, avec quatre autres personnes, dans les jardins des Champs-Élysées.

Ahmad Massoud (deuxième à partir de la droite) était à Paris en mars dernier pour l'inauguration d'une plaque au nom de son père dans une allée des jardins des Champs-Élysées. Il était alors accompagné de l'ex-président Hamid Karzaï et de l'ex-vice-président Abdullah Abdullah, deux hommes qui négocient aujourd'hui avec les talibans.

Photo : La Presse canadienne / AP/Christophe Archambault

Au-delà des valeurs, Ahmad Massoud ne manque pas non plus de faire valoir que la sécurité des Occidentaux est aussi en jeu. Sous contrôle des talibans, l’Afghanistan deviendra sans aucun doute le point focal (ground zero) du terrorisme islamiste radical; des complots contre les démocraties s’y trameront.

Outre Ahmad Massoud, la province du Panchir est devenue le refuge d’Ahmrullah Saleh, vice-président du gouvernement déchu, qui s’est autoproclamé président intérimaire légitime dans la foulée de la fuite du président Ashraf Ghani.

Associated Press avance aussi que le ministre de la Défense, Bismillah Mohammadi, pourrait aussi s’y trouver.

L’ex-vice-président de l'Afghanistan Amrullah Saleh.

L’ex-vice-président de l'Afghanistan Amrullah Saleh le 4 août 2021, avant la chute de Kaboul.

Photo : Getty Images / SAJJAD HUSSAIN

M. Saleh, qui a promis de ne jamais se soumettre aux talibans, était incidemment un proche collaborateur de feu Ahmad Shah Massoud avant de gravir les échelons dans les gouvernements soutenus par les Occidentaux au cours des 20 dernières années.

Des manifestations dans plusieurs villes du pays

Des manifestants brandissant le drapeau national afghan se sont rassemblés jeudi dans plusieurs villes d'Afghanistan, dont Kaboul, Jalalabad, Assadabad et Khost, à l'occasion de la fête nationale célébrant l'indépendance du pays, acquise aux dépens des Britanniques en 1919.

Des centaines de personnes sont descendues dans la rue et plusieurs personnes ont été tuées ou blessées, a déclaré à Reuters Mohammed Salim, qui s'est joint à la manifestation à Assadabad, dans la province de Kounar, dans l'est du pays, muni du drapeau tricolore national (noir, rouge et vert).

Selon son témoignage, il n'était pas clair dans l'immédiat si les victimes étaient tombées sous les tirs ou lors de la bousculade qu'ils ont déclenchée.

Plusieurs personnes, dont des femmes brandissent des drapeaux. Plusieurs ont un poing en l'air.

Des Afghans défient les talibans en brandissant des drapeaux de leur pays, jeudi, à Kaboul.

Photo : Getty Images / AFP/WAKIL KOHSAR

Des médias ayant signalé ces rassemblements – premiers signaux de l'opposition populaire aux talibans depuis leur conquête de Kaboul dimanche – rapportent que certains manifestants auraient déchiré le drapeau blanc des talibans, frappé de la chahada (la profession de foi des musulmans, NDLR).

Aucun porte-parole des talibans n'a encore commenté ces événements, mais Amrullah Saleh, qui tente de fédérer l'opposition aux talibans, a soutenu ces manifestations. Hommage à ceux qui portent le drapeau national en défendant la dignité de la nation, a-t-il écrit sur Twitter.

Mercredi, les talibans ont violemment réprimé une manifestation à Jalalabad. Trois personnes ont été tuées et au moins une douzaine d’autres, blessées, après que des protestataires eurent tenté de remplacer un drapeau taliban par celui de l'Afghanistan, selon des témoins consultés par Reuters.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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