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« Je suis pro-choix » : la question de l'avortement rattrape les conservateurs

Erin O'Toole derrière un lutrin dans la cour d'une maison.

Erin O'Toole faisait une annonce sur le logement abordable jeudi matin, dans la région d'Ottawa.

Photo : CBC / Hannah Thibedeau

Erin O'Toole a beau être sans équivoque quant à sa position personnelle en matière d'accès à l'avortement, la question est tout de même revenue hanter les conservateurs jeudi matin.

Je vais être très clair : je suis pro-choix et c’est important pour les femmes d’avoir accès à l'avortement d’un océan à l’autre, a-t-il dit.

Cette position personnelle, le chef conservateur l'a répétée plusieurs fois jeudi matin à Ottawa, alors qu'il l'avait déjà soulignée à gros traits la veille, au moment de tendre la main aux Québécois. Mais c'est par le biais de la plateforme électorale du parti que l'accès à l'avortement s'est invité dans la campagne d'Erin O'Toole, qui souhaitait plutôt parler de logement abordable.

Dans leur plateforme, les conservateurs affirment vouloir protéger le droit de conscience des professionnels de la santé, c'est-à-dire qu'un médecin ou une infirmière pourrait décider de refuser de pratiquer un acte médical parce qu'il est contraire à leurs valeurs.

Or, la plateforme ne précise pas quels actes médicaux pourraient tomber sous le sceau de ce droit de conscience. Les libéraux n'ont pas manqué de le souligner dans leurs attaques jeudi, y voyant un langage codé qui a pour objectif, selon eux, de limiter l’accès à l’avortement, à l’aide médicale à mourir et aux soins de santé destinés aux Canadiens de la communauté LGBTQ2.

Des professionnels de la santé pourraient-ils refuser de pratiquer un avortement ou d'orienter une patiente qui souhaite obtenir un tel soin sous le couvert du droit de conscience? M. O'Toole a en somme préféré éviter le thème de l'avortement, et a plutôt lié le droit de conscience exclusivement à l'aide médicale à mourir.

Je vais toujours défendre le droit des femmes de choisir pour elles-mêmes, point final, c’est très important pour moi, a-t-il répondu.

On va aussi examiner le droit de conscience pour nos infirmières et nos médecins, particulièrement dans le contexte de l’élargissement de l’aide médicale à mourir incluant les personnes souffrant de maladies mentales.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

Le chef conservateur ne croit pas que le droit de conscience pourrait nuire à l'accès aux soins de santé visés, quels qu'ils soient. Ce n'est pas du tout une contradiction, a-t-il répondu.

L’accès à l’avortement est un droit pour les femmes, point final, a-t-il répété. Et je vais préserver et protéger ça. C’est possible, comme j’ai dit, avec une augmentation des services pour l’aide médicale à mourir, d’avoir une approche qui va respecter nos infirmières, nos médecins, et on va trouver un équilibre. C’est une approche juste, selon moi.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

La position du chef ou la position du parti?

En conférence de presse en début d'après-midi, le chef libéral a attaqué Erin O'Toole sur la cohérence de sa position, l'accusant de tenir un discours différent en fonction de son auditoire.

La liberté de choix, être pro-choix, ce n’est pas une question de choix pour les médecins, c’est une question de choix pour les femmes, a déclaré Justin Trudeau. Les leaders doivent être sans équivoque là-dessus et Erin O’Toole ne l’est pas. Il dit encore une chose à certains groupes et le contraire à d’autres.

C’est inacceptable, a statué M. Trudeau. Or, invité à clarifier sa propre position sur le droit de conscience, il a évité la question. Rappelons que les libéraux avaient inclus, à la demande des partis d'opposition, une clause protégeant la liberté de conscience des médecins dans le projet de loi sur l'aide médicale à mourir en 2016.

Le chef du Bloc québécois n'a pas hésité, lui non plus, à montrer du doigt les contradictions entre la position d'Erin O'Toole et celle de ses troupes.

Il a beau affirmer que lui est pro-choix, son caucus est pro-vie.

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il faut noter qu'en juin dernier, Erin O'Toole a permis un vote libre concernant un projet de loi interdisant l'avortement sexo-sélectif proposé par l'une de ses députées de la Saskatchewan. S'il a lui-même voté contre, 80 conservateurs, sur un total de 119, ont appuyé l'initiative à la Chambre des communes.

Protéger la liberté de conscience, ça me semble une formule un peu ambiguë pour essayer de plaire à beaucoup de monde, a ainsi résumé Yves-François Blanchet, disant craindre que le Parti conservateur n'adopte la plateforme du Bloc québécois avant les élections, puis retourne au programme de l'Alberta après le scrutin.

Le chef néo-démocrate parle quant à lui de la volonté des conservateurs de protéger le droit de conscience comme d'une menace et d'un danger pour l'accès aux soins de santé. On a déjà des problèmes d’accès à l’aide médicale à mourir, mais aussi aux services d’avortement, a évoqué Jagmeet Singh, mentionnant une difficulté accrue en régions rurales.

Cette promesse va aggraver le problème et créer une autre barrière, a-t-il prévenu. Mais c'est toutefois vers les libéraux qu'il a décoché son attaque. Il a dénoncé l'échec de Justin Trudeau à sauver la seule clinique privée pratiquant des avortements chirurgicaux au Nouveau-Brunswick. L'établissement a dû fermer faute de financement provincial et Justin Trudeau n'a rien fait, a lancé M. Singh.

Jagmeet Singh parle devant des travailleurs de la santé.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique, en conférence de presse à Edmonton.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Question récurrente, terrain glissant

Pendant la campagne de 2019, le chef du Parti conservateur de l'époque, Andrew Scheer, avait affirmé qu'il était « personnellement pro-vie » environ à mi-campagne, après avoir évité de statuer sur la question. Il avait cependant répété qu’il voterait contre tout projet de loi déposé à la Chambre des communes qui viserait à restreindre l’accès à l’avortement.

Faisant l'autopsie de l'échec de M. Scheer à mener ses troupes au pouvoir, certains conservateurs bien en vue, Pierre Paul-Hus et Peter MacKay en tête, avaient soutenu que la position pro-vie du chef leur avait coûté toute chance de victoire.

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