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Pascale Nadeau dit avoir été poussée à la retraite, Radio-Canada dément

Pascale Nadeau

Pascale Nadeau a travaillé à Radio-Canada pendant plus de 30 ans.

Photo : Radio-Canada

Fanny Bourel

L’ancienne cheffe d’antenne Pascale Nadeau dénonce « une dérive disciplinaire » à Radio-Canada, son ancien employeur qui a annoncé son départ à la retraite il y a deux semaines. Elle affirme qu’elle ne souhaitait pas « mettre fin à [sa] carrière si vite » et « la terminer de cette façon, par la porte d'en arrière ». De son côté, Radio-Canada réfute « totalement » les allégations de congédiement.

L’ancienne journaliste présentatrice vedette du Téléjournal a publié une lettre mercredi matin dans les pages du quotidien Le Soleil (Nouvelle fenêtre) dans laquelle elle revient sur son départ de Radio-Canada annoncé le 5 août dernier après plusieurs mois d’absence des ondes. 

Dans sa missive, Pascale Nadeau raconte que Radio-Canada a reçu, il y a un an, une dénonciation anonyme au sujet de remarques faites dans le cadre de [son] travail et de [ses] fonctions

Comme le prévoit le Code canadien du travail, une enquête a été confiée à une firme externe après la réception de la plainte, qui a produit un rapport. Cette longue enquête, dont on ne m'a jamais laissé lire le rapport, si ce n'est que deux petits extraits, n'a conclu à rien, si ce n'est qu'à des allégations non fondées ou "partiellement fondées", écrit Pascale Nadeau.

Après 33 ans, [...] je n'ai eu droit à aucun coup de téléphone de ma direction pour me demander s'il y avait un fond de vérité dans ces allégations mensongères, a-t-elle aussi affirmé.  

L’ancienne cheffe d’antenne dit ne pas pouvoir donner plus de détails pour le moment, car elle est tenue à la confidentialité. Elle a révélé avoir été suspendue un mois sans salaire et elle a déposé un grief contre cette sanction. Un arbitrage doit avoir lieu. 

Une femme exigeante

Je ne suis pas parfaite. J'ai du caractère et il peut m'arriver d'avoir des moments d'impatience, a-t-elle précisé dans sa missive. Avoir le privilège d'être cheffe d'antenne demande beaucoup de rigueur. Je suis donc très exigeante envers moi, je le suis aussi certainement envers les gens de mon équipe.

Je ne suis pas un cas d'espèce. Je ne connais pas un ou une cheffe d'antenne qui agisse autrement, a-t-elle ajouté.

Pascale Nadeau affirme que c’est toute cette histoire qui l’a rendue malade et l’a amenée à s’absenter du diffuseur public, et non les décès de ses parents survenus à quelques semaines d’intervalle en 2019. 

Avec cette enquête, Radio-Canada s'est attaquée à mon intégrité, a-t-elle aussi écrit dans sa lettre. Je ne demandais pour revenir au travail qu'une simple excuse et le retrait de cette tache à mon dossier. Rien de plus. Mais Radio-Canada ne s'excuse pas.  

Radio-Canada donne sa version

Mercredi après-midi, Luce Julien, directrice générale de l’information de Radio-Canada, a tenu à réaffirmer, en entrevue avec plusieurs journalistes, que c’est Pascale Nadeau qui a écrit à Radio-Canada pour exprimer sa volonté de prendre sa retraite. 

Le départ de Pascale n’est ni un congédiement, ni un congédiement déguisé et encore moins de l’âgisme, a-t-elle insisté. 

S’il y a bien quelque chose que je ne voulais pas, c’est ce qui arrive aujourd’hui. Je ne voulais absolument pas que Pascale ne revienne pas à l’antenne [après son congé de maladie], a-t-elle déclaré, se disant extrêmement désolée de cette situation .  

C’est une décision extrêmement difficile. Il ne faut pas s’imaginer que c’est une chasse aux sorcières, a-t-elle ajouté, précisant qu’elle a une très haute estime de Mme Nadeau. 

La directrice générale de l’information défend sa décision : J’aurais manqué à mes devoirs de gestionnaire si j’avais fermé les yeux devant les conclusions du rapport . 

Dans un communiqué publié mercredi, Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada, a assuré avoir pris en compte les conséquences des décisions pour toutes les personnes concernées. 

Ce ne sont pas des dossiers faciles à gérer, puisqu’ils impliquent d’abord et avant tout des êtres humains. S’il faut prendre des mesures suite aux conclusions de l’enquête, elles sont longuement réfléchies et déterminées en consultation avec plusieurs personnes, a-t-il indiqué.

Protéger le personnel 

Pascale Nadeau affirme que Radio-Canada a refusé de lui formuler des excuses, ce que reconnaît Luce Julien. 

En respect du processus [d’enquête] et des employés qui ont participé à ce processus, je ne pouvais pas tout effacer, mais j’étais prête à l’accompagner à son retour [de congé maladie], a-t-elle soutenu.

En raison de la confidentialité du processus d’enquête, Radio-Canada n’a donné aucun détail quant au contenu de la plainte déposée et aux conclusions de l’enquête. À moins d’une violation de la confidentialité, ces détails ne seront pas rendus publics ultérieurement. 

Cette confidentialité vise à protéger la réputation de la personne ciblée par une plainte, mais aussi à permettre aux membres du personnel de s’exprimer en confiance, sans risque de représailles. D’ailleurs, Luce Julien affirme qu’elle ne connaît pas les noms des personnes impliquées dans l’enquête.  

C’est à l’enquêtrice, pas à moi, d’évaluer, selon son expertise, si [le comportement dénoncé] fait partie de comportements jugés inappropriés ou pas, a-t-elle précisé. 

Radio-Canada souligne aussi que la plainte déposée est confidentielle, mais pas anonyme et que plusieurs personnes peuvent être impliquées dans une même plainte. 

De telles enquêtes sont confiées par la direction des Ressources humaines à des enquêteurs externes, reconnus comme experts et neutres. Elles impliquent des entrevues en profondeur avec les principales personnes concernées, mais aussi des témoins suggérés par les deux parties. La personne visée par la plainte peut être interviewée en dernier lieu pour avoir la possibilité de répondre à des allégations nouvelles surgies au cours du processus, a expliqué Michel Bissonnette . 

Tolérance zéro envers les comportements inappropriés

En entrevue, Luce Julien a aussi tenu à souligner l’importance accordée à la tolérance zéro en matière de comportements inappropriés. 

J’ai à cœur, mais vraiment, que tous les employés de l’information travaillent dans un climat sain, a-t-elle déclaré. 

Dans sa lettre, Pascale Nadeau évoque les défis auxquels elle a été confrontée : stress, aucun droit à l’erreur et ressources moins expérimentées avec qui travailler pendant les fins de semaine, etc. 

Nos chefs d’antenne ont une pression inouïe, mais ce sont aussi des chefs d’équipe, a indiqué Luce Julien. La question du climat sain et serein à Radio-Canada, j’en ai parlé à maintes reprises.

On ne peut pas dire que des employés ne connaissent pas le code de conduite, a-t-elle souligné.

Un avis que partage également Michel Bissonnette. Nous avons adopté de nombreuses politiques, procédures, formations et ressources pour répondre aux préoccupations de nos employés et aider à résoudre les questions liées au harcèlement, à l’intimidation ou à d’autres comportements inappropriés au travail.  

Le syndicat dénonce une approche punitive

Du côté du Syndicat des communications de Radio-Canada, dont Pascale Nadeau fait partie, le président Pierre Tousignant ne peut se prononcer sur le fond du litige. 

C’est possible que des propos offensants, désobligeants et inacceptables aient été tenus, mais où étaient les gestionnaires?, demande-t-il. Les gestionnaires servent notamment à gérer des frictions.

Il note une différence de traitement entre les cadres et les autres employés quand des plaintes pour harcèlement ou intimidation sont déposées et que des enquêtes de ce type sont confiées à des firmes externes. 

Quand c’est un cadre qui est impliqué, le cadre s’en sort blanc comme neige, mais pas quand c’est un employé, constate-t-il. 

En tant que cheffe d’antenne, Pascale Nadeau n’était pas une cadre de l’organisation.

Luce Julien et Stéphanie Peiller, directrice des ressources humaines à Radio-Canada, démentent cette perception de Pierre Tousignant. Le cas de Pascale Nadeau n’est pas isolé. Plusieurs cadres ont perdu leur poste, mais ils n’étaient pas des personnalités connues, explique Luce Julien. 

En tant que représentant syndical, Pierre Tousignant n’est pas au courant des dossiers des personnes non syndiquées [que sont les cadres], ajoute Stéphanie Peiller. 

Pierre Tousignant admet avoir aussi constaté une hausse du nombre de sanctions et une plus grande sévérité des réprimandes ces deux dernières années après des enquêtes pour plaintes. 

Selon lui, la manière dont s’y prend Radio-Canada pour régler les litiges au sein de ses effectifs ne fonctionne pas. J’aimerais qu’on trouve des façons autres que l’approche punitive pour régler des litiges, déclare-t-il. 

La médiation n’était pas encore d’actualité à Radio-Canada à l’automne dernier, mais envisager une conciliation avant de lancer une enquête externe fait partie de la procédure depuis le mois de janvier.  

Est-ce que les employés [impliqués] auraient été d’accord avec une conciliation? La conciliation ne s’applique pas à tous les cas. J’entends le point du syndicat, mais honnêtement, [dans le cas de Pascale Nadeau], cela n’aurait pas fait une différence, estime Luce Julien.

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