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De l’enfer de Daech au Canada, les femmes yézidies tentent d’oublier leur passé

Kamo Zandinan, dans son salon, tient dans ses mains une photo de sa fille disparue.

Kamo Zandinan tient une photo de sa fille Souzan. Elle n'a aucune nouvelle d'elle depuis 2015.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Après avoir vécu l’horreur avant de réussir à quitter leur terre natale, l’Irak, près de 2000 réfugiés de la minorité religieuse yézidie sont aujourd'hui au Canada. Ce sont pour la plupart des femmes. Elles font face à la barrière de la langue et à des traumatismes psychologiques, mais elles sont surtout dans l’attente de nouvelles de leurs proches disparus.

À 21 ans, Lamyaa Mito peut enfin rêver sereinement de son avenir comme infirmière en Alberta. Pourtant, il y a encore quatre ans, la jeune femme vivait l'horreur.

Le groupe armé État islamique a attaqué notre village dans le nord de l'Irak, le 15 août 2014. Ils nous ont tout volé. Ils ont tué les hommes et ont capturé les femmes et les filles. Mes parents sont morts, et mes deux jeunes frères ont disparu, raconte-t-elle.

Lamyaa Mito était alors âgée de 15 ans. Comme beaucoup d'autres, elle a été victime de violence physique et sexuelle.

Lamyaa Mito tient des photos dans ses mains.

Lamyaa Mito a des photos de membres de sa famille disparus. Elle accepte de nous parler, mais sans montrer son visage. Ses proches, encore prisonniers de l'EI, pourraient subir des représailles.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Elle a été mariée de force à un combattant de Daech âgé de 35 ans, avec qui elle a deux garçons. Je ne savais même pas comment on faisait des bébés à l'époque.

Nous étions traités comme des animaux. On nous battait tous les jours et on nous forçait à devenir musulmans, à lire le Coran, à oublier notre langue et nos racines, dit la jeune femme issue de la minorité kurdophone monothéiste persécutée par le groupe armé État islamique (EI).

Dans sa maison aux airs de prison, Lamyaa Mito a vu des dizaines de femmes yézidies défiler. Il couchait avec elles, les frappait, les forçait à faire le ménage. Son ravisseur les achète pour 25 $ à 100 $ avant de les revendre, une semaine plus tard.

Retrouver les siens

En 2017, la jeune mère captive a profité de la bataille de Mossoul, entre les combattants de Daech et les forces gouvernementales irakiennes, pour s’échapper.

Des enfants sont côte à côte dans un camp de déplacés.

Des enfants dans le camp de déplacés, Al-Jadaa, au sud de Mossoul, en Irak, le 11 février 2021.

Photo : afp via getty images / Zaid Al-Obeidi

Lamyaa Mito a réussi à se réfugier au Canada en mars 2018. Loin de la guerre, la jeune expatriée a commencé un nouveau combat. Les yézidis pleurent leurs proches disparus en attendant de les retrouver.

Ils manifestent chaque année, au mois d’août, en mémoire des attaques de Daech sur leurs villages, en 2014, et demandent de l'aide à la communauté internationale pour enfin retrouver les leurs.

Le 3 août dernier, Dakhil Zandinan manifestait devant l’hôtel de ville de Calgary. Mon père, mon frère, ma soeur... En tout, 60 membres de ma famille sont encore prisonniers de l’EI. On ne sait pas s'ils sont en vie. Nous voulons savoir la vérité, dit le jeune homme réfugié au Canada depuis 2017.

Sur les 6000 yézidis capturés pendant la guerre, plus de 2800, essentiellement des femmes et des enfants, seraient encore entre les mains de Daech, selon le Gouvernement régional du Kurdistan.

Une femme yézidie tient une pancarte composée de photos, l'air profondément triste.

Une femme yézidie tient une pancarte avec les portraits de ses proches disparus en Irak, lors d'un rassemblement à Calgary, le 3 août.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Selon la Société catholique d'immigration de Calgary (CCIS), qui aide les réfugiés à commencer une nouvelle vie au Canada, il y a plus de 300 membres de la communauté yézidie en Alberta.

Des traumatismes impossibles à oublier

La majorité des adultes sauvés sont des femmes qui souffrent de traumatismes psychologiques, comme Lamyaa Mito, qui n'oubliera jamais son adolescence déchirée.

Je n'arrête pas de faire des cauchemars, que Daech tue mes parents ou nous jette en prison. Mes médicaments contre la dépression ne fonctionnent pas. Je ne pourrai jamais oublier ce que j’ai vu et vécu, avoue-t-elle.

Kamo Zandinan, elle aussi, est sous antidépresseurs. Des migraines l'empêchent d'étudier pour apprendre l'anglais sur l'écran d'un ordinateur. En attendant, la mère de famille de 41 ans s'occupe des quatre enfants qu'elle a retrouvés.

La mère et le fils sont assis l'un à côté de l'autre, tenant un téléphone.

Kamo Zandinan, avec un de ses fils, parle en vidéoconférence avec sa fille Sonia, qui vit dans un camp de déplacés en Irak.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Depuis un an, elle entreprend des démarches pour ramener Sonia, une de ses filles qui a été détenue par l’organisation extrémiste pendant six ans. L’adolescente attend, dans un camp du nord de l'Irak, que l'administration finalise son dossier d'immigration.

Kamo Zandinan n'est pas au bout de ses peines. Elle n'a aucune trace de ses deux derniers enfants.

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