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Denis Coderre veut « avoir un débat sain » sur la densité de Montréal

La tour CIBC en contre-plongée.

La tour CIBC a brièvement détenu le titre de plus haut gratte-ciel de Montréal, en 1962, juste avant l'inauguration de la Place Ville-Marie. Elle est aujourd'hui la cinquième plus grande tour de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Nancy Lambert

Malgré les critiques, l'ex-maire Denis Coderre, qui tente un retour en politique municipale, garde le cap sur sa proposition de densifier le centre-ville, quitte à permettre l'édification de gratte-ciel plus hauts que le mont Royal.

Cette limite a été fixée lors l’adoption du premier plan d’urbanisme de la Ville de Montréal, en 1992. Depuis, la construction de tours supérieures à 200 mètres (ou 232,5 mètres au-dessus du niveau de la mer) est strictement interdite.

Denis Coderre souhaite modifier cette règle. Mais il certifie d'entrée de jeu qu'il n'est pas question d'enclaver la montagne.

On va protéger le mont Royal comme il a toujours été fait, comme je l’ai fait à l’époque, de toute façon, assure-t-il. Mais la densité, c’est sérieux. Il faut sortir du dogmatisme continu, il faut arrêter d’avoir des phrases toutes faites, et puis il faut avoir un vrai débat sur l’enjeu.

Dans Retrouver Montréal, le livre qu'il a écrit en vue de son retour en politique, M. Coderre écrit :

Si nous souhaitons un centre-ville de classe mondiale, […] nous devrons dépasser la hauteur de la croix du mont Royal avec nos gratte-ciel. Je suis conscient que c’est un débat sensible au niveau de l’impact sur la qualité de vie ou de vue, mais je crois qu’il est nécessaire d’aborder ce sujet aujourd’hui.

Sa suggestion plaît aux promoteurs immobiliers, qui militent eux aussi pour une densification accrue.

Si on veut créer des milieux de vie où il y a aussi des pistes cyclables, des voies piétonnes, des parcs, il n’y a pas d’autres choix que de construire en hauteur, plaide l'ex-ministre libéral Jean-Marc Fournier, aujourd'hui président de l'Institut de développement urbain (IDU) du Québec.

Car malgré la pandémie, la population du Grand Montréal continue de croître sous la pression de l’immigration et des naissances : elle a déjà franchi le cap des 4 millions d’habitants, et devrait dépasser les 4,5 millions d’habitants d’ici 2036, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Il y a un étalement urbain qui se poursuit, on ne peut pas le nier, poursuit Jean-Marc Fournier. Mais les changements climatiques vont commander qu’en plus du discours, il y ait de vraies actions […] Ça veut dire, entre autres, offrir une densification heureuse.

Plante veut densifier autrement

La proposition de Denis Coderre a fait débat au printemps, lors de la sortie de Retrouver Montréal.

Le 19 avril, la mairesse Valérie Plante a fait adopter une motion par le conseil municipal afin de souligner l'importance de préserver l'unicité du paysage montréalais. Depuis, son avis n’a pas trop changé.

Il y a plein de façon de densifier, et j’ai envie de vous dire qu’il faut sortir de l’ancien modèle, qui pour moi date d’il y a 20, 30 ans, où l’on se disait : "Densifier, c’est en hauteur". On n’est plus là!, soutient-elle.

Selon Mme Plante, il est possible de densifier différemment en examinant par exemple le nombre de logements prévus dans chaque immeuble et leur superficie; le taux d'implantation des bâtiments; la possibilité d'aménager des basilaires ou des contre-terrasses, etc. Il y a moyen de faire preuve de créativité, assure-t-elle.

Valérie Plante devant l'Îlot Voyageur.

Valérie Plante est consciente qu'il faut densifier Montréal, non seulement au centre-ville, mais aussi en banlieue. Mais pas de là à dépasser le mont Royal.

Photo : Radio-Canada / Nancy Lambert

La suggestion de Denis Coderre lui a même fait perdre une élue dans l'arrondissement de Verdun.

Je pense que la vision de M. Coderre de construire en hauteur extrême ne fait pas de Montréal une plus grande métropole ou une métropole à niveau supérieur, a expliqué Véronique Tremblay le 13 juillet dernier, en annonçant qu'elle se porterait candidate cet automne avec l'équipe de Valérie Plante.

Un débat utile?

Mais le scepticisme ne vient pas que du milieu politique. Des organismes ont publié une lettre ouverte en avril pour réitérer l’importance de la préservation et de la mise en valeur du mont Royal.

Le mont Royal bénéficie d’outils de protection, mais au final, il dépend de la volonté des élus, explique la directrice des affaires publiques des Amis de la montagne, Maryline Charbonneau.

Car il est toujours possible pour les promoteurs d'obtenir des dérogations, rappelle-t-elle. Alors c’est important d’avoir des candidats, des élus, qui réaffirment leur engagement envers le mont Royal et qui sont prêts, justement, à renforcer ces outils-là.

Mme Charbonneau discute avec un homme au sommet du mont Royal.

Maryline Charbonneau, des Amis de la montagne, juge la proposition de Denis Coderre « inquiétante ». « Ce qu’il faut savoir, c’est que la protection du mont Royal, mais aussi sa présence visible dans le paysage montréalais, fait consensus – un consensus qui s’est forgé à travers les années », dit-elle.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Président de l'Ordre des urbanistes du Québec, Sylvain Gariépy abonde dans le même sens, faisant valoir que peu de villes au monde peuvent se targuer d’avoir une montagne en arrière-scène qui fait partie de son identité.

M. Gariépy se questionne sur la pertinence de soulever un tel débat. Est-ce que ce n'est pas justement un débat qui est clos, qui est fermé?, demande-t-il. Parce qu’il y a plusieurs problématiques à Montréal. Là, j’ai l’impression qu’on fait juste en générer une autre.

« Je ne crois pas que c’est un débat qui est très utile à l’heure actuelle. »

— Une citation de  Sylvain Gariépy, président de l'Ordre des urbanistes de Montréal

De toute façon, ajouter quelques étages au centre-ville de Montréal, ça ne changera pas grand-chose, tranche M. Gariépy. Selon lui, la réponse aux enjeux démographiques du Grand Montréal passe plutôt par une stratégie métropolitaine de densification du territoire .

Garder le dialogue ouvert avec les promoteurs

Mais Denis Coderre ne propose pas seulement de densifier le centre-ville : le candidat à la mairie souhaiterait aussi revoir les hauteurs permises dans le secteur Namur-De La Savane, près des gares du Train de l’Est et ailleurs dans la métropole, là où les limites sont encore plus basses que le mont Royal.

Il faut être fédérateur, arrêter de voir les développeurs, les responsables économiques, comme des gens à qui on ne peut pas parler et pointer du doigt, dit-il.

« On doit avoir un débat sain sur la densité, et c’est tout simplement ça. Maintenant, il y a des gens qui peuvent se satisfaire de peu… »

— Une citation de  Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal

M. Coderre entend donc conserver sa proposition et l’inclure dans la plateforme électorale de son parti, Ensemble Montréal.

M. Coderre tient entre ses mais le livre « Retrouver Montréal », qu'il a rédigé pour préparer son retour en politique active.

Hauteur des gratte-ciel à Montréal

Photo : Radio-Canada / Nancy Lambert

Le centre-ville compte actuellement deux gratte-ciel de 200 mètres : le 1000 de la Gauchetière – officiellement la plus grande tour de Montréal – et le 1250 René-Lévesque.

Mais le débat fait rage ces jours-ci dans plusieurs quartiers au sujet des hauteurs permises. C'est notamment le cas dans le secteur des Faubourgs, près du pont Jacques-Cartier. Et la question a refait surface, en juillet, lorsque l’Office de consultation publique a jugé que la tour de verre du projet immobilier La Baie était trop haute.

C’est que l’appétit des promoteurs immobiliers est énorme. Au centre-ville, une quinzaine de tours de plus de 120 mètres sont en construction; cinq d’entre elles devraient avoisiner les 200 mètres.

Pour l’instant, il demeure toutefois interdit de construire au-delà du mont Royal – un privilège réservé à l’oratoire Saint-Joseph, l’exception qui confirme la règle, à 260 mètres au-dessus du niveau de la mer.

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