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Quels sont les risques de politiser la vaccination obligatoire?

Des experts s’inquiètent des attaques partisanes autour de la vaccination en contexte électoral.

Une manifestante entourée de photographes qui tient une affiche sur laquelle il est écrit : « Stand up for our children. »

Justin Trudeau a été accueilli par des manifestants qui s'opposent aux mesures sanitaires.

Photo : Radio-Canada / capture d'écran

« S’il vous plaît, faites-vous vacciner », a lancé Justin Trudeau à des manifestants antimasque et antivaccin qui l’invectivaient lors d’un arrêt à Aurora, en Ontario, mardi. Dans cette campagne, le chef libéral n’hésite pas à aborder de front l’enjeu de la vaccination, il va même jusqu’à s’en servir comme arme politique.

Un peu plus tôt, lors de son point de presse du matin, le chef libéral reprochait à son principal adversaire sa position sur la vaccination obligatoire.

Ce serait merveilleux si les conservateurs d’Erin O’Toole prenaient la même position que nous de mandater les vaccinations de façon obligatoire pour la fonction publique, pour tout le monde qui embarque dans un avion ou un train. Ce serait la bonne chose. Malheureusement, ils n’ont pas cette position-là. Ils ne sont pas là pour défendre la sécurité des Canadiens, déclarait Justin Trudeau devant les médias.

Justin Trudeau aux côtés de sa candidate qui parle dans un micro.

Le chef libéral Justin Trudeau a été chahuté par des opposants aux mesures sanitaires lors d'un rassemblement à Cobourg, en Ontario, lundi soir.

Photo : Radio-Canada

Il affirme être pour des conséquences pour les fonctionnaires récalcitrants, sans préciser lesquelles. Erin O’Toole, lui, encourage la vaccination, mais suggère des solutions de rechange pour ceux qui refuseraient de recevoir leur injection, comme les tests de dépistage.

Élections Canada 2021

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Image d'entête

La position conservatrice est semblable à celle de l’Alliance de la fonction publique du Canada qui s’oppose à des mesures disciplinaires et à celle défendue jusqu’à tout récemment par le Conseil du Trésor, avant que Justin Trudeau ne qualifie cette dernière d’erronée.

Le chef libéral cherche à établir un contraste, mais à quel prix?

L’arène adéquate?

Le politologue Olivier Jacques voit d’un mauvais œil la stratégie libérale. Il craint que certains Canadiens se braquent pour des raisons partisanes et nuisent ainsi à l’opération vaccination au pays. Selon lui, des électeurs conservateurs non vaccinés pourraient choisir de ne pas recevoir leur injection parce que ce serait un peu faire ce que le Parti libéral veut qu’ils fassent, donc cela les inciterait à ne pas se faire vacciner.

Je pense que les libéraux ne font pas ça pour la santé publique. Ils font ça pour marquer des points, simplement parce que le passeport vaccinal est très populaire, la vaccination obligatoire aussi.

Une citation de Olivier Jacques, professeur adjoint à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

La vaccination ne devrait pas faire partie de la campagne électorale, tranche Roxane Borgès Da Silva, directrice du Département de gestion, d’évaluation et politique de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Selon elle, il faut éviter de creuser un clivage autour de la vaccination obligatoire, qui aurait pour conséquence de pousser les électeurs d’un certain parti dans un sens et les électeurs d’un autre parti dans l’autre sens.

La vaccination c’est pour tout le monde, c’est indépendant de la politique.

Une citation de Roxane Borgès Da Silva, directrice du Département de gestion, d’évaluation et politique de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal

On est en dehors de la politique. On est vraiment dans des questions de santé publique hyper importantes , souligne Mme Borgès Da Silva.

Tous ne sont pas de cet avis. Bryn Williams-Jones, directeur du Département de médecine sociale et préventive à l’Université de Montréal, croit qu’un débat sain peut faire avancer la société.

Une campagne politique c’est une occasion de parler des vrais enjeux et de susciter un intérêt public pour quelque chose d’important, fait valoir M. Williams-Jones.

Il note que l’opposition à la vaccination, selon la littérature scientifique naissante, est souvent ancrée dans une mécompréhension de la science et des enjeux. À ses yeux, un débat entre politiciens, s’il est bien fait, peut permettre d’éduquer les citoyens. Ça va toucher des enjeux éthiques, on va parler de valeurs, de responsabilité, mentionne-t-il.

Politisation à l’américaine

Selon Olivier Jacques, la politisation de l’enjeu de la vaccination aux États-Unis doit servir de mise en garde aux politiciens canadiens.

Si on se compare aux États-Unis, les électeurs républicains se font très peu vacciner, donc on a un taux de vaccination très bas dans les États rouges. Et c’est un problème parce que l’enjeu a été polarisé dès le début, dit-il.

Bryn Williams-Jones rappelle que le contexte canadien est très différent des États-Unis où il y a seulement deux grands partis.

Avec quatre ou cinq grands partis politiques au Canada, avec une diversité politique plus grande, il y a beaucoup moins de risques d’en arriver à un clivage entre les "pour" et les "contre", croit-il.

Selon lui, une campagne électorale est le bon moment pour réfléchir collectivement à cet enjeu important. Quelle société est-ce qu’on aimerait avoir? demande-t-il.

Justin Trudeau croit que la campagne sera l’occasion de faire la promotion de la vaccination et il entend bien continuer de marteler son message. Les gens doivent continuer de se faire vacciner. C'est comme ça qu'on va passer à travers de cette quatrième vague, a-t-il déclaré en marge d’un événement partisan mardi.

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