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Analyse

Doug Ford (encore) absent de la campagne fédérale

Comme en 2019, le premier ministre ontarien se fera discret d’ici au jour du scrutin, mais pour des raisons différentes.

Doug Ford a dévoilé les plans de revitalisation de la Place Ontario lors d'un point de presse le 30 juin. Il parle devant un lutrin, flanqué par le maire de Toronto.

Le dernier point de presse de Doug Ford remonte au 30 juin, lorsqu'il a dévoilé les plans de revitalisation de la Place de l'Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Une dizaine de jours après le début de la campagne électorale fédérale de 2019, Doug Ford était sorti de l’ombre pour participer à une foire agricole. Il s’était fait apostropher par les journalistes : « pourquoi boudez-vous Andrew Scheer? »

Je suis trop occupé à gouverner, avait-il répondu, agacé, entre deux bottes de foin. En vérité, c’était plutôt M. Scheer qui l’avait boudé, convaincu que M. Ford, alors très impopulaire, nuirait à son image. La stratégie n’avait ni fait élire le premier ni plu au deuxième.

Deux ans plus tard, Doug Ford ne fera pas campagne pour Erin O’Toole. Il garde un goût amer, mais c’est surtout lui, cette fois, qui a plus à gagner en demeurant neutre.

Justin Trudeau profite d’appuis considérables en Ontario. Si Erin O’Toole perd la face le 20 septembre, Doug Ford ne voudra pas y être associé, surtout à un an des élections provinciales. Le premier ministre ontarien, dit sa porte-parole Ivana Yelich, souhaite bonne chance à tous les candidats et concentre ses efforts sur la réponse à la pandémie.

Ne vous attendez pas à voir Doug Ford prendre un selfie avec Erin O’Toole, lance le stratège conservateur Shakir Chambers, qui a conseillé Stephen Harper et aidé à faire élire Doug Ford.

Le populiste Doug Ford, souligne-t-il, a su rassembler, en 2018, une large coalition d’électeurs qui n'appuient pas tous son cousin fédéral. Doug Ford connecte avec le citoyen moyen, le col bleu qui a déjà voté pour le NPD. C’est une de ses grandes forces qu’Erin O’Toole et d’autres leaders ne possèdent pas autant.

Doug Ford célèbre sa victoire lors des élections du 7 juin 2018.

Doug Ford célèbre sa victoire lors des élections du 7 juin 2018.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Même s’il a perdu des plumes pour sa gestion de la pandémie, il demeure plus populaire qu’en 2019. À l’époque, Doug Ford avait mis en colère une bonne partie de la population avec des compressions dans les services sociaux. Aujourd’hui, peu d’analystes prédisent que son parti mordra la poussière en 2022.

Justin Trudeau a donc changé de stratégie. En 2019, Justin Trudeau faisait plus campagne contre Doug Ford que contre Andrew Scheer. Maintenant, attendez-vous à ce que les cibles de ses attaques soient Jason Kenney et les conservateurs fédéraux, note Shakir Chambers. Selon le Toronto Star, Doug Ford et Justin Trudeau auraient d’ailleurs conclu une trêve pour la campagne fédérale.

Garderies: plus près d’une entente

Doug Ford a intérêt à se tenir loin. Après avoir critiqué ad nauseam le premier ministre Trudeau au printemps, il a abruptement cessé ses attaques. C’est un jeu d'équilibriste : ne pas se mettre à dos Justin Trudeau, tout en ne nuisant pas directement à O’Toole.

Jusqu’ici, par exemple, l’Ontario a été peu loquace sur le programme national de garderies, qu’Erin O’Toole promet d’éliminer s’il devient premier ministre. En coulisses, les négociations ont avancé rondement avec Ottawa, surtout dans les jours précédant la campagne.

Des ententes de financement ont déjà été signées par huit provinces, dont des gouvernements conservateurs comme la Saskatchewan et le Manitoba. Une victoire que Justin Trudeau n’a pas hésité à vanter dès le jour 1 de la campagne.

Ottawa a d’ailleurs exercé de la pression sur l'Ontario pour qu’une entente soit signée avant le déclenchement des élections, mais selon des sources gouvernementales à Queen's Park, il n'était pas dans les cartes de lui accorder trop facilement ce cadeau la veille d’une campagne.

Chrystia Freeland, avec d'autres adultes, joue aux blocs avec des enfants dans une garderie.

Chrystia Freeland lors de l'annonce des garderies à 10 $ en Saskatchewan, joue aux blocs avec des enfants dans une garderie.

Photo : Radio-Canada / Katia St-Jean

Nous ne sommes pas intéressés à nous plier à leur calendrier électoral. Québec a obtenu une entente sans restrictions sur la façon dont ces sommes seront investies, indique l'une d'elles, faisant écho aux critiques formulées par Jason Kenney.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, on dit que les discussions avec le gouvernement fédéral ont été hautement constructives. Son bureau dit attendre des précisions d’Ottawa à savoir si elles pourront se poursuivre malgré la campagne.

Le ministre Lecce a d'ailleurs révélé lundi, lors d’une allocution devant l’Association des municipalités de l’Ontario, avoir été en négociations avec Ottawa jusque dans les heures précédant le déclenchement de l'élection.

Del Duca aux côtés de Trudeau

Les chefs de l’opposition à Queen’s Park ne rateront au contraire aucune occasion de faire campagne avec leurs homologues fédéraux. Idem pour les candidats locaux.

Méconnu du grand public, Steven Del Duca espère que la popularité de Justin Trudeau en Ontario aura un effet boomerang sur lui et ses troupes. C’est aussi une tradition. Kathleen Wynne avait fait campagne aux côtés de Justin Trudeau en 2015 et en 2007. La néo-démocrate Andrea Horwath fera de même avec son ancien député Jagmeet Singh, notamment à Toronto, où le NPD espère faire des gains.

Deux personnes devant une foule

Jagmeet Singh et Andrea Horwath à Brampton, lors de l'élection provinciale de 2018.

Photo : La Presse canadienne / Galit Rodan

Une question demeure en suspens à Queen’s Park. La rentrée parlementaire est prévue pour le 13 septembre : est-ce que le premier ministre ontarien décidera de prolonger la pause estivale pour fuir les journalistes, comme il l’avait fait en 2019? Cela éviterait ainsi à ses députés et ministres de devoir se positionner sur des enjeux électoraux.

Le bureau du leader parlementaire n'a pas répondu à nos demandes sur le sujet.

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