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Amrullah Saleh, visage de la résistance aux talibans

L’ex-vice-président de l'Afghanistan Amrullah Saleh.

L’ex-vice-président de l'Afghanistan Amrullah Saleh le 4 août 2021, avant la chute de Kaboul.

Photo : Getty Images / SAJJAD HUSSAIN

Agence France-Presse

Si les talibans ont pris le contrôle presque total de l'Afghanistan, un homme se dresse encore sur leur chemin. Le désormais ancien vice-président, Amrullah Saleh, a promis qu'il ne se soumettrait en aucun cas à eux. Il se présente désormais comme le président intérimaire légitime du pays.

L'ancien espion en chef du pays, ennemi juré des islamistes radicaux désormais au pouvoir dans le pays, s'est retiré dans la dernière région qui n'est pas encore entre leurs mains : la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul.

« Je ne décevrai pas les millions de personnes qui m'ont écouté. Je ne serai jamais sous le même toit que les talibans. JAMAIS. »

— Une citation de  Amrullah Saleh ancien vice-président d'Afghanistan

M. Saleh a fait cette déclaration sur son compte Twitter, avant d'entrer en clandestinité.

Le lendemain, sont apparues sur les réseaux sociaux des images de l'ancien vice-président avec Ahmad Massoud, fils du célèbre commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par Al-Qaïda, ensemble dans la vallée du Panchir, en bordure du massif de l'Hindu Kush.

Ahmad Massoud a annoncé lundi dans une tribune publiée par la revue française La Règle du jeu qu'il entendait résister aux talibans, affirmant vouloir faire sien le combat de son père, héros de la résistance antisoviétique, pour la liberté.

Des combattants talibans à Kaboul.

Des combattants talibans montent la garde à une porte d'entrée devant le ministère de l'Intérieur à Kaboul, le 17 août 2021.

Photo : Getty Images / JAVED TANVEER

Les deux hommes semblent poser la première pierre de ce qui serait une rébellion contre le nouveau régime en place, des hommes armés ayant commencé à se regrouper dans le Panchir.

La vallée, difficile d'accès, n'est jamais tombée aux mains des talibans lors de la guerre civile des années 1990, ni une décennie plus tôt lors de l'occupation soviétique.

Nous ne permettrons pas aux talibans d'entrer dans le Panchir et nous résisterons de toutes nos forces, a déclaré à l'Agence France-Presse un habitant, qui a préféré rester anonyme.

Ce ne serait que la dernière d'une longue série de batailles contre les talibans pour M. Saleh, lui-même natif du Panchir.

Orphelin à un jeune âge, il a combattu aux côtés du commandant Massoud dans les années 1990. Il a ensuite servi dans son gouvernement, avant que les talibans ne le renversent en prenant Kaboul en 1996, pour instaurer un régime fondamentaliste, qui tiendra jusqu'à ce que les Américains les chassent du pouvoir en 2001.

Il a raconté que les talibans avaient ensuite torturé sa sœur pour tenter de le faire sortir de sa cachette.

Mon opinion sur les talibans a changé à jamais à cause de ce qui s'est passé en 1996, a-t-il écrit l'an passé dans un éditorial de Time magazine.

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, deux jours après l'assassinat du commandant Massoud, il est devenu une importante source d'information pour la CIA.

Cela l'a mené, après la chute des talibans, à prendre la tête entre 2004 et 2010 du Directoire national de la sécurité (NDS), l'agence afghane de renseignement.

À ce poste, il se serait créé un vaste réseau d'informateurs et d'espions parmi les talibans, mais aussi au Pakistan, où sont en grande partie basés leurs dirigeants.

Cela lui a permis d'amasser des éléments prouvant, selon lui, que les insurgés continuaient à bénéficier du soutien de l'armée pakistanaise, ce que celle-ci a démenti.

Son ascension vers la vice-présidence toutefois n'a pas été sans quelques revers. En 2010, il a été renvoyé de son poste à la tête du NDS, après un humiliant attentat contre une conférence de paix à Kaboul.

Resté à l'écart de la politique pendant quelques années, il a mené sa charge contre les talibans et le Pakistan sur les réseaux sociaux, s'en prenant à eux avec des tweets quasi quotidiens.

Il est revenu en grâce en 2018 en devenant pour quelques mois ministre de l'Intérieur, après avoir scellé une alliance avec le président Ashraf Ghani, qui a fui dimanche l'Afghanistan vers un pays étranger.

Il est ensuite devenu vice-président après l'élection de 2019. M. Saleh a échappé à plusieurs attentats menés par les talibans, la dernière fois en septembre 2020 quand une charrette piégée a explosé au passage de son convoi, faisant au moins 10 morts.

Quelques heures plus tard, il réapparaissait dans une vidéo, la main gauche couverte de bandages, promettant de rendre coup pour coup. Nous continuerons notre combat, assénait-il.

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