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Les patients atteints de cancer luttent en plus contre la pandémie

Selon des médecins, les patients atteints de cancer sont contraints de subir des traitements plus invasifs en raison des retards occasionnés par la pandémie.

Joyce Kohut dans un café.

Joyce Kohut doit maintenant faire face à un traitement plus invasif.

Photo : Photo offerte par Kathleen Morley

Radio-Canada

Kathleen Morley affirme que les médecins étaient censés surveiller le petit nodule pulmonaire bénin de sa mère de 76 ans lorsque l'Ontario a annoncé son premier confinement dû à la pandémie de COVID-19 et le report de nombreux actes médicaux non essentiels.

En février 2021, son examen annuel de tomodensitométrie montrait que, pendant cette année de retard, son petit nodule s'est transformé en cancer du poumon métastatique.

Si la tumeur avait été détectée à temps, dit Kathleen Morley, sa mère Joyce aurait pu être guérie par une simple lobectomie, soit une simple ablation d’un lobe du poumon.

Mais ce n'est plus le cas. Joyce Kohut est maintenant en phase terminale et doit subir une radiothérapie des os et une chimiothérapie intensive, un traitement par conséquent plus invasif.

Je me demanderai toujours si elle avait passé l'examen, cela aurait-il fait une différence?, s'interroge Mme Morley, qui est infirmière en soins de longue durée à Hamilton.

Joyce Kohut et sa fille Kathleen Morley.

Kathleen Morley (droite) affirme que sa mère (gauche) est une victime collatérale de la pandémie.

Photo : Photo offerte par Kathleen Morley

La mère de Kathleen Morley n'est pas la seule dans cette situation. La COVID-19 a empêché de nombreux Canadiens de recevoir un diagnostic précoce de cancer, ce qui a entraîné de moins bons résultats et des interventions plus invasives que celles requises si leurs soins n'avaient pas été retardés. Les médecins préviennent que cela peut prolonger le temps de guérison, compliquer le traitement et bouleverser des vies.

La pandémie a laissé un arriéré estimé à 15,9 millions d'interventions chirurgicales rien qu'en Ontario – un total qui comprend des examens diagnostiques, des tests de dépistage et d'autres actes médicaux qui auraient dû être effectués en temps normal.

Lors de la première vague, et de nouveau ce printemps, la province a demandé aux hôpitaux de suspendre les interventions jugées non urgentes afin de libérer des lits au fur et à mesure que les cas de COVID-19 augmentaient.

Par rapport à l'année précédente, le ministère de la Santé de l'Ontario indique qu'il y a eu une augmentation de 94 % des chirurgies pour traiter le cancer de priorité 2 – celles qui traitent un cancer ne mettant pas la vie en danger – entre le 15 mars 2020 et le 25 juillet 2021 afin de rattraper le retard accumulé.

Dans le cadre de son plan de reprise des interventions chirurgicales, le gouvernement de l'Ontario a récemment annoncé l'octroi de 324 millions de dollars pour aider les hôpitaux à fonctionner à 115 % de leur capacité.

D'autres provinces, comme le Québec et le Manitoba, sont également aux prises avec des arriérés, et les experts préviennent qu'il s'agit d'un problème qui touche l'ensemble du pays.

La COVID-19 a définitivement eu un impact important sur les soins de santé dans ce pays, déclare le Dr Craig Earle, vice-président de la lutte contre le cancer au sein du Partenariat canadien contre le cancer. Il est maintenant temps pour nous de vraiment déterminer comment nous pouvons éliminer ces arriérés aussi rapidement que possible afin de minimiser tout effet négatif sur les résultats futurs.

Des retards de diagnostic et des traitements plus invasifs

Le docteur Antoine Eskander dans une cour.

Le docteur Antoine Eskander est un chirurgien oncologue.

Photo : Angelina King/CBC

Le Dr Antoine Eskander, chirurgien oncologue qui mène également des recherches sur les services de santé, affirme que l'interruption de tous les services de soins de santé pendant la pandémie inclue sur les patients présentement.

Les données sur la migration des cancers pendant la pandémie ne seront probablement pas disponibles avant un an ou deux, mais il affirme que plusieurs de ses collègues et lui-même ont vu davantage de cas de cancers avancés.

À la question de savoir à quoi cela ressemble à l'hôpital, il répond : Je pense que nous vivons tous la même chose : des tumeurs plus grosses, des retards dans l'obtention du diagnostic, nécessitant un traitement plus agressif. Il n'y a aucun doute là-dessus. Et il ne s'agit pas seulement de traitements invasifs : ce sont des vies entières qui sont perturbées.

La lutte pour l'accès aux soins pendant la pandémie

Plusieurs mois avant la pandémie, Charlotte, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas divulgué afin de transmettre des informations médicales privées, a lutté pour obtenir des réponses concernant ses douleurs abdominales et ses saignements menstruels anormaux.

Le premier confinement de l'Ontario n'a fait qu'exacerber le problème, car ses symptômes se sont aggravés, dit-elle. Elle ne pouvait pas avoir accès à un médecin pour diagnostiquer son mal.

Une visite dans une clinique de fertilité privée en septembre a confirmé ses soupçons : elle avait une tumeur dans l'utérus qui avait grandi pendant qu'elle attendait des soins.

Quatre mois plus tard, Charlotte a reçu un diagnostic de cancer de l'endomètre et sa seule option de traitement était une hystérectomie.

Ses médecins lui donnent jusqu'au début de l'année pour déterminer les possibilités d'avoir un bébé avant l'ablation de son utérus. Mais si le cancer avait été détecté plus tôt, Charlotte dit qu'elle aurait eu plus de temps pour améliorer sa situation et congeler ses ovules.

J'ai 34 ans et je n'ai pas d'enfants, et maintenant je n'ai plus de temps. Tout s'est envolé, raconte-t-elle.

Trouver l'arriéré de patients n'ayant pas reçu de diagnostic

Un problème important est celui des personnes qui n'ont toujours pas reçu de diagnostic de cancer, souligne le Dr Craig Earle. Selon lui, au début de la pandémie, le nombre de cancers diagnostiqués dans le pays était inférieur à 20 %.

Notre système n'a pas vraiment été créé pour faire face à un accroissement de la demande, car avant la pandémie, nous avions déjà des délais d'attente, explique-t-il.

Selon M. Eskander, de nombreuses personnes n'ont toujours pas subi leurs biopsies et leurs dépistages habituels, et pourraient être atteintes d'un cancer non diagnostiqué. Nous avons un énorme déficit de patients atteints de cancer, et nous savons qu'ils sont là et que le cancer n'a pas disparu. Nous savons simplement que ces patients n'ont pas encore été identifiés, concède-t-il.

Les médecins exhortent les gens à aller chercher des soins

Le docteur Timothy Hanna dans un parc.

Le docteur Timothy Hanna dit que traiter le cancer à des stades plus avancés peut à la fois augmenter la complexité du traitement et diminuer les chances de guérison.

Photo : Photo offerte par Timothy Hanna

Au cours de la pandémie, de nombreux tests de dépistage et rendez-vous médicaux ont été reportés et le public a été invité à rester chez lui. Cela a envoyé le message implicite que le cancer peut attendre, dit le Dr Timothy Hanna.

N'attendez pas. Faites-vous examiner, déclare-t-il. Si vous présentez un symptôme, parlez-en à votre médecin de famille et demandez-lui dans quel délai vous devriez le traiter.

Pour ceux qui s'inquiètent de contracter la COVID-19 pendant qu'ils reçoivent des soins, le Dr Eskander veut rassurer les gens en leur disant qu'ils peuvent venir en toute sécurité.

Tous les protocoles sont optimisés pour votre sécurité à l'hôpital et au cabinet médical, a-t-il indiqué.

D'après les informations de Karina Zapata de CBC

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