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Les talibans détiennent l'Afghanistan, mais pas son argent

Deux talibans à Kaboul.

Des talibans à l'entrée de la zone verte, à Kaboul

Photo : AFP / WAKIL KOHSAR

Radio-Canada

Les talibans sont certes désormais installés dans le palais présidentiel à Kaboul, mais il leur sera difficile de mettre la main sur les milliards de dollars de réserves du pays, largement détenus à l'étranger.

Les actifs de la Banque centrale que le gouvernement afghan possède aux États-Unis ne seront pas mis à la disposition des talibans, a assuré lundi à l'AFP un responsable de l'administration Biden.

Au total, les réserves brutes de la Banque centrale afghane s'élevaient à 9,4 milliards de dollars à la fin d'avril, selon le Fonds monétaire international (FMI).

La majorité de ces fonds sont détenus en dehors de l'Afghanistan, a précisé une source proche, qui n'a toutefois pas indiqué dans quels pays ni quelle part se trouve aux États-Unis.

Fuite du président

Le départ du président Ashraf Ghani laisse un goût amer au gouverneur de la Banque centrale afghane, Ajmal Ahmady.

Une fois le départ du président annoncé, je savais que le chaos s'ensuivrait en quelques minutes. Je ne peux pas lui pardonner d'avoir créé cela sans plan de transition, a-t-il déploré dans un tweet lundi.

Ajmal Ahmady, qui a reçu des menaces, a lui aussi fui le pays dimanche, expliquant avoir été poussé dans un avion militaire par ses proches collègues, après avoir tenté de stabiliser la monnaie au milieu de l'avancée des talibans vers la capitale.

La Banque centrale avait été informée vendredi que, compte tenu de la détérioration de l'environnement, nous n'aurions plus d'expéditions en dollars, et il a rencontré samedi des banquiers et des courtiers pour les rassurer, a-t-il ainsi raconté.

Les États-Unis, qui chaperonnaient l'Afghanistan militairement et financièrement depuis 20 ans, pourraient aussi tenter de bloquer l'aide prévue par le FMI et la Banque mondiale, comme il l'a fait avec d'autres pays dont il ne reconnaît pas le gouvernement, à l'instar du Venezuela.

Le FMI s'est refusé à tout commentaire.

Réduire l'aide de façon draconienne pour tenter de mettre à genoux le régime en l'asséchant financièrement ne se fera pas sans heurts. Cela aura des conséquences sur le fonctionnement des écoles, des hôpitaux, des gouvernements, a expliqué à l'AFP Vanda Felbab-Brown, experte en politique étrangère et spécialiste de l'Afghanistan à la Brookings Institution.

La Banque mondiale a plusieurs projets de développement en cours dans le pays et a fourni 5,3 milliards de dollars à ce jour, principalement sous forme de subventions.

Que sont devenus les talibans, 20 ans après?

D'après Karim Pakzad, chercheur et spécialiste de l’Afghanistan, il y a une évolution des talibans. L’existence des images en est un exemple, selon lui, puisqu'il y a 20 ans, les images étaient interdites.

Les talibans veulent gouverner et, pour gouverner, ils ont besoin d’une reconnaissance au niveau régional, la Chine, la Russie, l’Iran, et au niveau international. Et les talibans arrivent dans un pays ruiné; donc, pour gouverner, ils ont besoin de l’aide étrangère, a-t-il expliqué dans une entrevue à l’émission Midi-info.

Selon M. Pakzad, les talibans restent fondamentalistes sur le plan de la conception de la société, mais ils ne vont pas commettre les mêmes erreurs.

Depuis qu’ils ont commencé leur offensive dans les provinces, on n’a pas assisté à des massacres. Même lorsqu’ils ont occupé la grande ville de Herat, ils ont permis à leur adversaire Ismaïl Khan de regagner l’Iran, affirme le chercheur.

Sur la question des femmes, M. Pakzad assure que les talibans acceptent maintenant leur éducation, ils acceptent le travail des femmes.

Par ailleurs, il souligne que l’image qui montrait une certaine liberté des femmes à la télévision n’était pas représentative des droits des femmes en Afghanistan.

Karim Pakzad insiste sur le fait qu’il y a aujourd’hui une nouvelle génération de talibans différente de celle d’il y a 20 ans.

Ce sont ces représentants des talibans qui ont mené les négociations au Qatar, à Moscou ou à Pékin, souligne-t-il.

Société chaotique, mais structurée

Des enfants et un adulte assis au milieu d'une route avec derrière des avions sur le tarmac d'un aéroport.

Des centaines d'Afghans ont envahi l'aéroport de Kaboul pour tenter de quitter le pays.

Photo : AFP / WAKIL KOHSAR

De l'avis du chercheur français et spécialiste de l’Afghanistan, Olivier Roy, les talibans ont été sous-estimés relativement à leur stratégie de conquête du pouvoir.

Là où on s’est aperçu qu’il y avait une stratégie, c’est quand il y a quelques semaines ils ont commencé à occuper les postes-frontières et à verrouiller certains passages. De manière intelligente. Ils ont pris tous les postes par où passe l’approvisionnement de l’Afghanistan. De manière coordonnée. À Kandahar, à Herat, mais aussi à la frontière du Tadjikistan… Puis, ils ont commencé à prendre une par une les capitales provinciales, a expliqué Olivier Roy dans une entrevue au quotidien français Ouest-France.

Le chercheur a indiqué, par ailleurs, que les talibans ont négocié avec les chefs locaux qu’ils connaissent sur le chemin de la capitale. On est face à une société chaotique, certes, mais qui est structurée, a-t-il souligné. M. Roy explique que les talibans ont profité de l’effondrement en garantissant une sortie honorable aux autres acteurs.

Pour ce spécialiste de l’Afghanistan, il n’y a pas d’un côté les méchants terroristes islamistes et de l’autre la pauvre population afghane martyrisée; il y a une société qui a ses règles, où les gens se tuent, mais aussi où fonctionne tout un système d’alliances qui ne correspondent pas aux règles idéologiques.

Avec les informations de AFP, et Ouest-France

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