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« Nos familles sont en danger là-bas » : des réfugiés afghans demandent l'aide d'Ottawa

Des dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche à Mississauga pour exprimer leur solidarité avec le peuple afghan.

Des dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche à Mississauga pour exprimer leur solidarité avec le peuple afghan.

Photo : Radio-Canada

C’est une course contre la montre qui s’est engagée pour des Afghans réfugiés à Toronto, mais qui ont leur famille coincée à Kaboul. Une vingtaine d’entre eux ont écrit à Ottawa pour demander une aide d'urgence.

J’ai eu ma fille au téléphone, elle m’a dit : tu sais, maman, que les talibans forcent les jeunes filles à se marier? S’ils viennent dans la maison, je me tuerai avant qu’ils ne me prennent, raconte, en sanglots, Myriam*. Sa fille a 14 ans.

Note* : Les personnes qui témoignent dans cet article craignent pour la sécurité de leurs familles en Afghanistan. Radio-Canada accepte de leur accorder l’anonymat. Tous les noms ont été changés.

Lorsqu’elle a fui son pays, Myriam a dû laisser sa famille derrière elle. Mon fils, ma fille et mon mari sont à Kaboul. Elle était alors défenseure des droits des femmes et de la personne et recevait des menaces de mort de la part des talibans.

Des Afghans à l'aéroport de Kaboul.

Des Afghans se pressent à l'aéroport pour quitter Kaboul, le 16 août 2021.

Photo : Getty Images / SHAKIB RAHMANI

J’ai tout recommencé à zéro ici, au Canada, et c’est OK. Je travaille dur, je peux tout accomplir et aider des gens ici comme je le faisais dans mon pays, soutient-elle. Elle a un statut de réfugiée et les papiers sont remplis pour que sa famille la rejoigne. On attend les visas, dit-elle.

Le problème, c’est que la pandémie a ralenti le processus de traitement des demandes d’asile. Or, du temps, il n'y en a plus. Les talibans ont pris Kaboul, le président est parti en exil.

Ce qu’on demande c’est de faire venir le plus rapidement possible les membres des familles de ceux qui sont déjà ici et de finir le processus de leurs demandes ici, où ils seront en sécurité.

Une citation de :Sogol Zand, militante pour les droits des réfugiés
Sogol Zand, militante pour les droits des réfugiés

Sogol Zand, militante pour les droits des réfugiés

Photo : Radio-Canada

Ottawa a certes annoncé que le Canada accueillerait 20 000 réfugiés afghans, mais la priorité est donnée à certains groupes et cette annonce ne vise que les Afghans qui ont déjà trouvé refuge dans un autre pays ou qui sont en train de quitter le pays, indique Sogol Zand, militante pour les droits des réfugiés.

Une vingtaine de réfugiés ou demandeurs d'asile afghans ont donc écrit une lettre ouverte au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté et à la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres.

Dans celle-ci, ils demandent au gouvernement de délivrer rapidement des visas d’urgence temporaires permettant aux membres d’une même famille de venir trouver refuge au Canada en attendant le traitement de leurs documents.

Ils demandent également au gouvernement de fournir des sièges sur les vols se rendant au Canada. Les vols évacuant les diplomates canadiens ne sont remplis qu’à 50 % de leur capacité. Les sièges vides pourraient être donnés à ceux dont la vie est en danger, est-il écrit.

Au moment d'écrire ces lignes, le ministère de l'Immigration n'avait pas répondu à notre courriel pour savoir s'il avait bien reçu cette lettre et quelles étaient ses réponses aux demandes.

Des manifestants près du Musée des beaux-arts du Canada.

Plus de 100 personnes se sont rassemblées près du Musée des beaux-arts du Canada.

Photo : Celeste Decaire/CBC

Chaque minute compte

Myriam explique que chaque minute compte, elle-même est très inquiète pour la sécurité de sa famille. Les talibans font des listes de ceux qui ont travaillé pour le gouvernement, pour les agences internationales, dit-elle.

Ottawa offre l’asile aux Afghans qui ont aidé le Canada et le premier convoi de réfugiés est arrivé début août.

Cela doit être fait rapidement, cela demande une action urgente, renchérit Antonin*, réfugié au Canada depuis trois ans. Sa femme et ses enfants attendent leur résidence permanente, à Kaboul. Le Canada ne peut pas oublier nos familles, nous sommes ici, mais elles sont toujours là-bas. Je ne sais pas quoi faire, parfois je me demande si je dois y retourner, raconte-t-il.

Antonin aimerait qu'Ottawa profite de la présence des soldats américains et du fait qu'il y a encore des vols de rapatriement pour faire venir leurs familles, qui finiront le processus de demande d'immigration en lieu sûr.

On est en train de perdre nos chances de les faire venir, après ce sera impossible, ils ne pourront plus aller nulle part, les femmes ne pourront plus se promener seules dans les rues.

Une citation de :Antonin, réfugié au Canada
Une manifestation en soutien avec le peuple afghan à Mississauga, en banlieue de Toronto

Une manifestation en soutien avec le peuple afghan à Mississauga, en banlieue de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Un sentiment d'abandon

Christian*, lui, est arrivé il y a un peu plus d’un an et a lancé le processus pour obtenir son statut de réfugié. Il a pu profiter d’un visa avec son travail pour fuir son pays, où il recevait des menaces de mort des talibans à cause des projets professionnels sur lesquels il travaillait. Mais sa femme, son fils et ses deux filles sont toujours à Kaboul.

Hier, j’ai parlé avec mon fils de 8 ans, qui m’a dit : papa, tu n’es pas venu, mais les talibans si, ils sont venus. Ma femme m’a répété : tu nous as abandonnés.

Une citation de :Christian, réfugié au Canada

Ce matin, j’ai eu un appel, les talibans vont de porte en porte, chercher chez les gens tout ce qui a de la valeur, tout ce qui a été donné par le gouvernement précédent, comme des voitures, des objets, etc., explique-t-il.

C’est un air de déjà-vu et de tristes souvenirs qui remontent à la surface aussi pour lui. C’était exactement la même chose il y a 20 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier, j’avais 10 ans, les talibans venaient dans les maisons prendre tout ce qui avait un peu de valeur.

Un enjeu électoral?

En juin, le gouvernement annonçait vouloir augmenter le nombre de réfugiés au pays. Ces personnes vont voter un jour, en devenant Canadiennes, rappelle Sogol Zand. Il ne faudrait pas les oublier et ce qui les préoccupe devrait être une préoccupation dans la campagne électorale.

Les plateformes électorales prennent peu à peu forme et, pour le moment, seuls le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois ont présenté les grandes lignes de leur politique d'immigration. Mais, alors que plus de 50 % de la population vivant à Toronto est née hors du pays, cet enjeu intéressera sans doute bien des électeurs.

Les talibans se sont déjà invités dans le deuxième jour de campagne. Les chefs de chaque formation politique ont partagé leur réaction à l’issue d’une journée marquée par la crise en Afghanistan.

Myriam, de son côté, espère que cette campagne ne va pas faire en sorte que le gouvernement oublie ce qui se passe ailleurs dans le monde et retarder le traitement des demandes en cours, mais, surtout, qu'elle pourra bientôt retrouver sa famille. Elle ne cesse de penser à la question de sa fille, à laquelle elle n'a pas pu donner de réponse. Maman, penses-tu que les talibans m’autoriseront à te serrer encore une fois dans mes bras?

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