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Les talibans s'invitent dans la campagne électorale fédérale

Justin Trudeau parle à un lutrin dans l'entrepôt d'une entreprise.

Le chef libéral Justin Trudeau était à Longueuil lundi pour effectuer l'un de ses premiers arrêts de la campagne.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, affirme que, s’il remporte les élections générales du 20 septembre au Canada, il « ne reconnaîtra pas les talibans comme le gouvernement légitime de l’Afghanistan ». L’actuel ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, préfère attendre de voir comment la situation évoluera avant de se prononcer.

Un gouvernement conservateur s'engagera également à veiller à ce que l'aide fournie au peuple afghan ne finisse pas entre les mains du régime taliban, a ajouté M. O’Toole dans un communiqué publié à l’issue d’une journée marquée par la crise en Afghanistan.

En entrevue à l’émission Power & Politics de CBC, Marc Garneau a reconnu que le pays a essentiellement capitulé et que les talibans disent qu’ils veulent établir un gouvernement. L'Afghanistan est tombé aux mains des talibans dans le cadre d'une avancée éclair d'environ 10 jours, alors que le retrait des troupes américaines n'est même pas encore achevé.

Mais nous allons attendre de voir, il est trop tôt pour répondre à cette question sur la reconnaissance, a dit celui qui est de nouveau candidat libéral dans Notre-Dame-de-Grâce–Westmount. Quant à l’aide financière fournie par le Canada en Afghanistan, le ministre Garneau a indiqué que le gouvernement fédéral allait devoir y réfléchir, parce que la situation est totalement différente maintenant.

Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, avait fait preuve de la même prudence en matinée. On prend la situation très au sérieux, a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement demandait pour l'instant aux talibans de permettre aux gens qui le veulent d'évacuer.

Les images d'Afghans désespérés, prêts à risquer leur vie pour fuir les talibans en s'accrochant à des avions sur le point de décoller à l'aéroport de Kaboul, avaient en effet trouvé écho jusqu'à Longueuil, où le chef du Parti libéral du Canada effectuait l'un de ses premiers arrêts de la campagne électorale.

On est tous très touchés par les images de désespoir qu’on a vues depuis hier, a affirmé Justin Trudeau d'entrée de jeu lors de son point de presse.

Le chef libéral se trouvait dans une entreprise de la Rive-Sud avec Sherry Romanado, candidate dans Longueuil-Charles-LeMoyne, et Pascale St-Onge, candidate dans Brome-Missisquoi, afin d'annoncer le prolongement de certaines mesures d'aide financière pour les secteurs du tourisme et de la culture, qui ont grandement souffert de la pandémie.

Les questions de politique étrangère sont rarement au centre des débats lors d'une campagne électorale. Mais lundi, c'est la situation en Afghanistan qui a retenu l'attention.

Comme tous les Canadiens, j'ai été horrifié par ces scènes qu'on a vues à l'aéroport à Kaboul, de ce désespoir qu'on est en train de voir parmi des gens qui, pour plusieurs, ont été là pour aider les Canadiens. [...] C'est à briser le cœur.

Une citation de :Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada et premier ministre sortant
Des Afghans grimpent sur le toit d'un avion.

Des Afghans grimpent sur le toit d'un avion à l'aéroport de Kaboul, le 16 août 2021.

Photo : Getty Images / WAKIL KOHSAR

M. Trudeau a rappelé que le Canada s'était engagé à accueillir 20 000 réfugiés afghans et leur famille. Jusqu’à maintenant, on a évacué au moins 807 Afghans, a-t-il indiqué, en plus de 34 diplomates canadiens et membres du personnel des Forces armées canadiennes, 2 diplomates internationaux et 5 membres du personnel de l'OTAN.

On continue de travailler avec nos partenaires, les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres, pour évacuer le plus de gens possible, le plus rapidement, a fait savoir le premier ministre sortant. Évidemment, la situation est extrêmement difficile actuellement, alors on est en train de coordonner de façon constante avec nos alliés pour voir comment on va pouvoir aider d'autres personnes à sortir.

Le ministre Garneau a indiqué à CBC que le Canada espérait intégrer le pont aérien mis en place par les Américains et les Britanniques pour rapatrier, tel que promis, des milliers d’Afghans en danger.

Des membres d'unités spéciales des Forces armées canadiennes sont toujours sur le terrain pour aider les soldats américains à sécuriser la zone où se trouve l'aéroport de Kaboul, afin que les évacuations puissent reprendre. Des citoyens canadiens se trouvent encore en Afghanistan, avait aussi précisé Justin Trudeau en matinée.

L'Afghanistan et la campagne électorale

Une crise prévisible?

Le chef du Parti conservateur s'est montré peu impressionné par la gestion de crise du gouvernement libéral. La situation sur le terrain est à briser le cœur, de voir des gens courir sur le tarmac et s’accrocher aux avions, cela témoigne de la gravité de la crise qui est en train de se dérouler, a réagi Erin O'Toole, tandis qu'il présentait la plateforme électorale de son parti lundi.

Monsieur Trudeau savait depuis six mois que les Américains allaient se retirer et a laissé derrière des interprètes et des fournisseurs, c’est inacceptable, a-t-il ajouté.

Le gouvernement Trudeau n’a rien fait, même pour sécuriser le personnel de sa propre ambassade.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur

Le retrait des forces américaines d'Afghanistan, qui doit être achevé le 31 août, a été annoncé en avril dernier par la Maison-Blanche. Justin Trudeau se défend toutefois d'avoir traîné dans ce dossier. Nous n'avons pas attendu, nous travaillons depuis ce printemps sur les rapatriements et les évacuations, a-t-il assuré.

Je pense que les gens en Afghanistan, comme partout dans le monde, ont été stupéfaits par la rapidité avec laquelle les choses se sont déroulées sur le terrain. J'en suis très franchement moi-même surpris.

Plusieurs de nos partenaires sont eux aussi en train de tenter d'évacuer leurs diplomates et leurs citoyens, ce qui montre à quel point la situation s'est envenimée rapidement, a souligné M. Trudeau.

Nous avons bon espoir de pouvoir rétablir les ponts aériens dans les prochaines semaines, a assuré le chef libéral.

La mission canadienne en Afghanistan, en bref

La mission canadienne en Afghanistan est la plus longue campagne militaire de l’histoire du Canada. Les Forces armées canadiennes ont participé à l’invasion du pays au sein de la coalition menée par les États-Unis dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Les soldats canadiens ont surtout été actifs à Kaboul et dans la province de Kandahar.

Entre 2001 et 2014, plus de 40 000 membres des Forces armées ont foulé le sol afghan et 165 Canadiens y ont perdu la vie, soit 158 militaires et 7 civils, et plus de 2000 militaires ont été blessés, note L’Encyclopédie canadienne. La mission canadienne aurait coûté environ 18 milliards de dollars, selon L'Encyclopédie.

La mission de combat elle-même s'est terminée en 2011, mais les Forces armées canadiennes ont maintenu une présence à Kaboul jusqu’en 2014, notamment pour former du personnel de sécurité afghan.

De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique s'est dit profondément troublé par les images diffusées lundi matin, et très inquiet de la situation en Afghanistan. Ça brise le cœur, a lui aussi affirmé Jagmeet Singh.

Chacun des Afghans qui ont mis leur vie en danger pour aider les Forces armées canadiennes devrait pouvoir se rendre au Canada. On doit faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider ces alliés et leurs familles qui sont présentement à risque. C’est le minimum, a-t-il soutenu en conférence de presse.

Enfin, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a regretté que la Chambre des communes ne siège pas en raison de la campagne électorale. Si le premier ministre n’avait pas précipité une élection, le Parlement devrait se pencher de façon urgente sur l’enjeu de l’Afghanistan, a-t-il lancé en point de presse.

M. Blanchet parle d’un échec des forces occidentales.

La responsabilité canadienne, une fois qu’on s’est retirés de là […], était d’assurer au moins la sécurité non seulement des ressortissants canadiens sur le territoire, mais bien aussi d’assurer la protection des gens […] qui ont collaboré avec les Forces canadiennes, a ajouté le chef du Bloc.

Le drame afghan et son impact sur la campagne rappellent les réactions suscitées, en 2015, par l'image du jeune Alan Kurdi, un enfant mort noyé comme son frère et sa mère en mer Méditerranée alors qu'ils tentaient de fuir la Syrie vers l'Europe. Stephen Harper, chef conservateur à l'époque, avait dû expliquer les politiques d'accueil de son gouvernement sortant face à la crise des réfugiés syriens.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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