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Deux chefs aux antipodes : des bains de foule aux couloirs vides du Westin

Deux campagnes, deux stratégies complètement différentes. Alors que Justin Trudeau s’est lancé dans une séance d’égoportraits sans respecter les fameux « 2 mètres », Erin O’Toole, lui, répondait aux questions des électeurs, au bout d’une ligne téléphonique, dans une salle d’hôtel vide.

Justin Trudeau prend un bain de foule.

Justin Trudeau, dans sa circonscription de Papineau, dimanche soir, à Montréal

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Justin Trudeau et sa famille ont à peine débarqué de l’autobus de campagne que la foule s'agglutine autour d’eux avec enthousiasme. Il est 19 h, dimanche, dans sa circonscription de Papineau, et l’ambiance est à la fête. Un groupe de musique sur une terrasse entonne une chanson improvisée au rythme des percussions : « Libéral! Justin Trudeau! Libéral! »

Myriam Pageau a beau ne pas voter rouge, elle s’approche de Justin Trudeau pour le remercier pour sa gestion de la crise sanitaire. Je trouve que la job que le fédéral a faite au cours de la dernière année et demie durant la pandémie a vraiment été importante pour le Québec, nous confie-t-elle, juste après.

D’autres électeurs se collent pour obtenir une photo avec le chef libéral. La distanciation physique de deux mètres est loin d’être respectée. Justin Trudeau n’a aucune intention, malgré la quatrième vague, de se priver des bains de foule, son carburant de campagne.

Tous ne semblent pas apprécier le spectacle. Mathieu, un électeur néo-démocrate, se tient à l’écart. Il s'oppose à la tenue d’une élection en contexte de crise sanitaire. Personnellement, j’aurais attendu après la fin de la quatrième vague, parce qu’il y a des gens qui vont s’empêcher de voter, fait-il valoir.

Erin O'Toole dans une salle vide

Erin O'Toole répond à des questions d'électeurs au téléphone, dimanche soir, à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Au même moment, le chef conservateur Erin O’Toole pénètre dans une grande pièce fermée de l’hôtel Westin, tout près du parlement à Ottawa. Le parti y a monté un studio – avec un grand plateau bien éclairé – pour tenir des points de presse, donner des entrevues et surtout organiser des assemblées virtuelles avec des citoyens de partout au pays.

La voix de Chuck pénètre dans la salle. Il appelle de Kelowna, en Colombie-Britannique, et, clairement, il n’est pas un grand admirateur de Justin Trudeau. Indigné, il demande au chef conservateur comment le premier ministre a pu laisser entrer les variants au pays.

Erin O’Toole, assis à une grande table, prend le temps de lui expliquer comment le premier ministre n’a pas, selon lui, misé adéquatement sur le dépistage et les tests rapides pour limiter la propagation du virus.

Quelques journalistes l’observent, des stratèges aussi, mais on est loin de l’ambiance de la fête de quartier de la rue de Castelnau à Montréal.

Moins voyager?

Justin Trudeau au milieu d'une petite foule

Justin Trudeau et sa femme Sophie Grégoire Trudeau entourés d'électeurs à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Le contraste entre Justin Trudeau et Erin O’Toole illustre bien le dilemme que pose la tenue d’une campagne en pleine pandémie : comment aller à la rencontre des gens et bien faire passer son message.

Le camp libéral défend la proximité de son chef avec les électeurs. Impossible de contenir les attroupements en toutes circonstances, fait-on valoir.

L’entourage de Justin Trudeau souligne qu’il sera toujours masqué en public. Le chef est soumis à des tests de dépistage quotidiens, tout comme l’ensemble de son équipe sur la route, pleinement vaccinée.

En coulisses, un stratège libéral admet que, pour le chef, le contact avec les électeurs est incontournable en campagne. C’est sa marque de commerce, lance-t-il.

Erin O'Toole est debout derrière un lutrin, les mains devant lui.

Erin O'Toole s'adresse aux médias durant le lancement de sa campagne électorale à Ottawa.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Le chef conservateur, lui, risque d’avoir besoin d’un peu moins de désinfectant pour les mains durant la campagne. Oui, Erin O’Toole entend aller sur le terrain, rencontrer des électeurs en personne, mais il prévoit passer de deux à trois jours par semaine dans son studio d’Ottawa, un espace que le parti a installé au printemps dernier, ne sachant pas comment la pandémie allait évoluer.

L’endroit peut d’ailleurs servir de plan de repli si jamais la quatrième vague devient incontrôlable. Les assemblées virtuelles permettent aussi de s’adresser directement aux électeurs, sans toujours passer par les médias traditionnels.

Ça fait des années que je trouve que le vieux modèle de tournée électorale est un peu dépassé, confie une source conservatrice très engagée dans la campagne.

Le directeur des communications d’Erin O’Toole, Cory Hann, croit également que les assemblées virtuelles permettent de joindre un plus grand nombre d’électeurs à la fois. Près de 40 000 personnes se sont branchées à leurs deux premiers évènements virtuels dimanche.

Quand vous organisez un rassemblement traditionnel, vous comptez sur des bénévoles pour amener des partisans sur place, des gens déjà convaincus, explique M. Hann. Selon lui, les Canadiens qui reçoivent un appel robotisé, les invitant à poser des questions à Erin O’Toole, ont plus de chance d’être indécis et donc de représenter un gain potentiel pour le parti.

La politologue à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier trouve la stratégie conservatrice intéressante, mais croit que le parti doit faire attention de ne pas en abuser.

La présence sur le terrain reste très importante pour un chef, mentionne-t-elle. De pouvoir dire "il est venu dans ma circonscription", ça compte, c’est encore un facteur.

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