•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Si les talibans prennent Kaboul, je vais mourir, c’est certain » – une juge afghane

Les femmes juges en Afghanistan craignent d’être exécutées par les talibans et demandent à la communauté internationale de les aider à fuir le pays et à prévenir la chute de Kaboul.

La femme portant un voile et prenant un égoportrait dans une voiture en Afghanistan.

Tayeba Parsa est l'une de 270 juges femmes en Afghanistan.

Photo : Gracieuseté de Tayeba Parsa

Tayeba Parsa est juge en Afghanistan depuis 10 ans. Elle voit avec horreur les talibans prendre le contrôle de son pays, province après province, sa ville natale de Ghazni y compris, et foncer vers Kaboul. Elle sent que le temps presse et elle craint d’être sur le point de tout perdre, peut-être même sa vie.

Vous savez, quand les talibans prennent le pouvoir dans un secteur, une des premières choses qu’ils font est d’ouvrir les portes des prisons et de libérer leurs sympathisants, explique la juge Parsa d’une voix à la fois calme et fatiguée.

Les femmes juges, nous sommes inquiètes, apeurées. Nous savons que les talibans visent en premier les militaires, puis le milieu judiciaire. Nous avons jugé et condamné certains d’entre eux. Ils veulent se venger.

Une citation de :Tayeba Parsa

Sans oublier qu’en étant des femmes occupant un emploi, qui plus est une place de pouvoir dans la société, elles deviennent des cibles naturelles pour les talibans, qui refusent d’accorder ce type de droit aux femmes, ajoute la magistrate.

La juge Parsa, qui est aussi responsable des communications pour l’Association des femmes juges d’Afghanistan, indique qu’il y a présentement un peu plus de 250 femmes juges dans le pays, et qu’elles représentent 11 % de la profession. Elle rappelle que deux femmes juges ont déjà été exécutées en janvier.

Elle est convaincue que c’est ce qui attend l’ensemble de leur petite communauté si les talibans prennent le contrôle de la capitale afghane, où la majorité d’entre elles sont réfugiées présentement.

Depuis des mois, elle et un groupe de femmes juges échangent sur une application mobile cryptée à propos de leurs craintes, des menaces dont elles sont victimes aussi. Des menaces parfois écrites, téléphoniques ou verbales.

Tayeba Parsa affirme avoir elle-même été régulièrement victime d’intimidation dans sa salle de cour. Elle craint que sa vulnérabilité ne soit accentuée par son appartenance à la minorité Hazara, qui a été historiquement réprimée par les talibans.

Étant une juge de la division commerciale de la cour d’appel de Kaboul, elle explique s’être mis à dos de nombreux hommes d’affaires puissants et peu scrupuleux dans les dernières années, des hommes qui entretiennent très souvent des liens étroits avec les talibans. J’ai condamné des membres de la mafia, des talibans même, dit-elle. Je sens que je suis en danger. Je sais que ma vie est en danger, affirme-t-elle avec fermeté.

Fuir, la seule option

Tayeba Parsa s’est donc résignée à contrecœur à tout faire pour quitter le pays le plus rapidement possible. Nous aimons notre travail, nous aimons notre pays, confie-t-elle. Mais si nous restons ici, nous allons être emprisonnées ou mourir.

Si elle veut vivre, elle doit partir, même si pour cela, elle devra laisser derrière elle ses accomplissements des dix dernières années. « Il n’y a pas d’autre solution », conclut-elle à regret.

Dans les 20 dernières années, nous avons pu goûter à la démocratie, à l’état de droit, au développement des droits de la femme. Nous allons perdre toutes ces avancées. Nous allons reculer de 100 ans.

Une citation de :Tayeba Parsa, juge afghane

Mais fuir est plus facile à dire qu’à faire pour elle et ses collègues. Elle rappelle que beaucoup de pays ont fermé leurs ambassades et qu’il est dans le contexte extrêmement difficile de faire avancer des démarches pour obtenir les documents nécessaires pour quitter l’Afghanistan et être accueilli à l’étranger.

Appel à l’aide

Voilà pourquoi les femmes juges d’Afghanistan ont contacté l’Association internationale des femmes juges (IAWJ) pour obtenir de l’aide. L’Association, qui représente plus de 6500 juges dans une centaine de pays, a accepté avec empressement de porter leur message, explique la juge Mona Lynch, directrice régionale de l'IAWJ pour l’Amérique du Nord.

La femme blonde portant un foulard et regardant la caméra.

La juge Mona Lynch se fait la porte-parole des femmes juges afghanes qui craignent de perdre le contact avec le reste du monde si les talibans prennent le contrôle de Kaboul.

Photo : Gracieuseté de la juge Mona Lynch

Ces femmes courageuses contribuent depuis 20 ans à maintenir un état de droit et une gouvernance stable en Afghanistan. Elles sont menacées pour le travail qu’elles font. Elles ont besoin d’aide et nous allons être leur voix, indique la juge de Nouvelle-Écosse.

Dans un communiqué publié vendredi, l’Association exhorte les parties impliquées dans les négociations de paix de veiller à ce que les droits des femmes et des filles soient préservés, notamment ceux des femmes juges qui se retrouvent dans une situation particulièrement périlleuse et vulnérable.

L’IAWJ demande aussi aux gouvernements d’inclure les femmes juges afghanes et leurs familles dans les mesures spéciales accordées aux interprètes, journalistes et autres personnels ayant fourni un service essentiel aux formes militaires étrangères en Afghanistan.

L'Association souhaite par ailleurs que les femmes juges fassent partie des groupes prioritaires sélectionnés par le gouvernement canadien, qui a annoncé vendredi qu’il accueillerait 20 000 réfugiés afghans.

Tayeba Parsa, elle, espère que son appel à l’aide sera entendu et qu’elle et ses collègues femmes juges réussiront à fuir le pays à temps. Ou qu’une intervention de la communauté internationale réussisse à freiner l’avancée des talibans et prévienne ainsi la chute du gouvernement afghan.

Si les talibans réussissent à occuper Kaboul, je crois que notre exécution à toutes est assurée, j’en ai peur. Nous avons besoin de l’aide extérieure pour éviter le pire.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !