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Les talibans, ou l’histoire d’un Afghanistan en guerre

Un combattant taliban à Herat.

Un combattant taliban à Herat, la troisième plus grande ville d'Afghanistan, après le retrait des forces gouvernementales.

Photo : Getty Images

Des villes et des régions afghanes tombent l’une après l’autre aux mains des talibans, 20 ans après que ceux-ci eurent été chassés du pouvoir dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Ces offensives, qui mettent en déroute les forces gouvernementales, ont lieu au moment où les États-Unis et leurs alliés se retirent de ce pays empêtré dans une interminable spirale de violence. Mais qui sont ces talibans qui résistent aux armées les plus puissantes de la planète?

Il faut remonter quelques années avant 1980, en pleine guerre froide, pour dresser le portrait d’une résistance à une occupation militaire qui mènera vers un régime islamique des plus rigoristes et des plus brutaux.

Entre putschs et chaos

En 1973, l’Afghanistan est secoué par un coup d’État mené par le prince Mohammad Daoud Khan, qui veut transformer le royaume en un pays athée d’allégeance communiste. Une idée qui ne passe pas au sein de la population musulmane et à laquelle l’opposition est également hostile.

D’autres coups de force suivront, jusqu’à l’arrivée au pouvoir en 1978 du Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA), soutenu par l’Union soviétique.

Craignant les impacts, pour son empire, d'une possible révolution islamique dans le pays voisin, l’Union soviétique, qui compte alors quelque 50 millions de musulmans, envoie son armée à Kaboul en décembre 1979.

Avec ses 100 000 hommes sur le terrain, Moscou fait face à une forte résistance des moudjahidines, avant que n’entrent en jeu les États-Unis en fournissant armes et soutien. La guerre durera une décennie.

La naissance des talibans

Quatre talibans armés de mitraillettes brandissent un drapeau dans une rue.

Le mot « taliban » signifie « étudiant ». Ici, quatre talibans armés de mitraillettes brandissent un drapeau dans une rue.

Photo : Reuters / Parwiz Parwiz

Certains de ces combattants moudjahidines formeront les groupes armés qui se feront connaître dans les années 1990 comme les talibans (mot qui signifie « étudiants »).

Ils séduisent des milliers de jeunes, notamment d'origine pachtoune, l'ethnie majoritaire en Afghanistan, qu’ils forment dans les mosquées et les medersa, ou écoles coraniques.

Ce mouvement islamiste fondamentaliste constitué d’islamistes sunnites conservateurs entend faire appliquer les lois islamiques en Afghanistan, selon une interprétation rigoriste de la religion.

Dans les années 1990, alors que l’Union soviétique vacille, les talibans interviennent dans la sphère politique afghane avec leurs armes, dans un pays déchiré par la violence fratricide entre moudjahidines. Ils se présentent comme la solution au chaos prédominant. Ils parviennent même à ramener le calme dans certaines régions rurales.

La marche vers Kaboul commence dans le sud du pays avec la prise de Kandahar. Il leur faudra moins de deux mois pour conquérir 12 provinces.

Et c’est en vainqueurs qu’ils entrent dans la capitale, en 1996.

Le règne de la terreur

S'ensuivront des images choquantes de femmes en burqa, fouettées par des hommes armés de bâtons. L'école secondaire est dorénavant interdite aux jeunes filles.

Des ruines du site de l'une des statues de Bouddha.

Le site détruit par les talibans de l'une des statues historiques de Bouddha à Bamiyan, le 18 mai 2002.

Photo : Getty Images / INDRANIL MUKHERJEE

Des téléviseurs sont détruits sur la place publique pour signifier le rejet de la culture occidentale. On peut être arrêté par les membres des patrouilles de la police du ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice pour avoir vu un film ou écouté de la musique.

Les talibans iront jusqu’à dynamiter les statues des bouddhas de Bâmiyan.

L’indignation à travers le monde ne les fait pas reculer. Ils exécutent sauvagement des femmes et des hommes accusés d’adultère en les lapidant dans un stade plein jusqu’à ce que mort s’ensuive. D’autres sont pendus sur la place publique.

Présence américaine en Afghanistan

Ce sont les attentats contre les tours jumelles à New York et le Pentagone à Washington, qui ont fait 2977 morts et plus de 6200 blessés, qui donneront un prétexte à l’administration américaine de George W. Bush pour intervenir en Afghanistan.

Les États-Unis accusent les talibans de cacher les leaders d'Al-Qaïda, responsables des attentats menés par 19 terroristes identifiés comme des membres de cette organisation. Moins d’un mois après les attaques, le président Bush ordonne des frappes contre les forces talibanes.

L’homme à abattre est Oussama ben Laden, fondateur d'Al-Qaïda. Il sera finalement retracé au Pakistan et tué dans une opération américaine en mai 2011.

L’intervention des États-Unis et de leurs alliés en 2001 aura cependant réussi à chasser les talibans du pouvoir.

Malgré une présence militaire occidentale d’une vingtaine d’années par la suite, les talibans reprennent du terrain, notamment dans l'est et dans plusieurs districts du sud et du nord du pays.

Un hélicoptère américain blackhawk survole le site d'une attaque suicide des talibans à Kandahar, le 2 août 2017.

Un hélicoptère américain blackhawk survole le site d'une attaque suicide des talibans à Kandahar, le 2 août 2017.

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Multipliant les attaques, ils finissent par épuiser les forces gouvernementales et mènent la vie dure aux forces occidentales dans le pays.

En plus des Américains, les forces canadiennes passent plus de 12 ans en Afghanistan, où plus de 40 000 soldats sont déployés.

Leur mission se transforme en 2011 pour jouer un rôle de formation auprès des forces de sécurité nationales afghanes. Cette opération, appelée Attention, permettra de former quelque 120 000 soldats afghans.

Le retour

Les talibans, que l’on croyait vaincus, reprennent du terrain et multiplient les attentats. Les civils ne sont pas épargnés. Le nombre de victimes atteint un nouveau record depuis 2009, avec 5166 civils morts ou blessés au cours des six premiers mois de 2016.

La spirale de la violence ne s’arrête pas, obligeant les États-Unis à s’asseoir à la table des négociations à Doha, où un accord qualifié d’historique est signé, ouvrant la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre et à des négociations de paix interafghanes.

Entre-temps, les talibans multiplient les conquêtes dans les différentes régions du pays et marchent sur Kaboul, où les représentations diplomatiques se préparent à quitter le pays à tout moment.

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