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Le son unique des Cantons

Photo prise de la scène dans la rue Wellington, à Sherbrooke.

Le folk est bien présent dans le son des artistes estriens. Coïncidence que Sherbrooke ait le Sherblues & Folk?

Photo : Les Anti Stress de Monsieur Ménard

Anik Moulin

Depuis des décennies, l'Estrie voit naître de nombreux auteurs-compositeurs-interprètes qui se taillent une place de choix dans l'industrie : Jim Corcoran, Andréanne A. Malette, Richard Séguin, Fanny Bloom, Félixe, Valaire et Vincent Vallières, pour ne nommer que ceux-là. De plus, cette année, fait exceptionnel, le 53e Festival international de la chanson de Granby accueille quatre demi-finalistes estriens.

L'Estrie semble ainsi être une pépinière de talents, et nous nous sommes demandé si ces artistes avaient un point commun, si la région portait en elle une sonorité particulière. Bref, le son des Cantons existe-t-il?

Il semble que oui.

Sans avoir de preuves scientifiques à l'appui, Jean-François Desrosby, professeur en professionnalisation de la pratique instrumentale à l'Université de Sherbrooke, estime qu'un son de la région émerge tranquillement. Il remarque que les textures et les couleurs musicales sont nombreuses dans les arrangements. Ça m'a frappé quand j'ai écouté la relève estrienne : Hey Major, Marcus Quirion, même le dernier disque de Pilou, souligne-t-il.

En analysant le terroir musical des années passées avec le matériel d'aujourd'hui, Jean-François Desrosby constate trois influences majeures :

  • le folk/pop pour les textes et la musique
  • une forte composante de musique électro
  • des influences blues et jazz

Moi, j'entends une complexité dans la musique plus pop. [...] Il y a une certaine complexité dans les arrangements, dans les choix d'instruments.

Une citation de :Jean-François Desrosby, professeur adjoint à l'École de musique de l'Université de Sherbrooke
Le professeur Jean-François Desrosby

Le professeur Jean-François Desrosby pense qu'il existe un son particulier qui émerge de l'Estrie.

Photo : Steeve Bruno

Anne-Marie Leblanc est violoncelliste et enseignante au Cégep de Sherbrooke. Elle constate également la présence notable du folk dans la région.

Il y a une grande influence folk dans les Cantons. [...] Oui, le pop-rock est présent, mais on entend beaucoup le son folk. Cette musique authentique, dépouillée, amène une certaine vulnérabilité chez l'artiste, analyse-t-elle.

La nature inspirante

Jean-François Desrosby affirme que si la tradition de cette musique américaine est bien présente en Estrie, cela est probablement dû au fait que les gens sont entourés de pâturages et de grands espaces.

Il y a un son très proche de la nature, et ce n’est pas surprenant, parce que la musique folk, c'est souvent attaché à la ruralité, souligne Jean-François Desrosby.

Anne-Marie Leblanc abonde dans le même sens.

On est près de la nature. Moi, j'ai vécu à Montréal longtemps, et le son plus électro est plus présent dans la ville, où ça bouge. C'est plus électrique. [...] Est-ce qu'il y a un rapport à la nature, à la proximité des gens avec l'eau, la terre, les montagnes, les humains aussi? On est probablement plus près les uns des autres, estime-t-elle.

La musicienne et professeure Anne-Marie Leblanc

La musicienne et enseignante Anne-Marie Leblanc affirme que le folk est très présent dans la musique des artistes estriens.

Photo : Avec la permission d'Anne-Marie Leblanc

Les textes des artistes estriens sont par ailleurs fondateurs à la mélodie et recherchés, une particularité de la musique folk.

C'est quand même assez poétique. Ça peut même être un peu mélancolique, comme tout ce qui est folk. Ça reste joyeux, soutient Jean-François Desrosby.

Un bastion de la musique

L'enseignement instrumental est très présent en Estrie, tout comme l'apprentissage de la chanson. On a une région qui est très forte au niveau pédagogique de la musique, affirme Anne-Marie Leblanc.

La présence d'établissements d'enseignements supérieurs, comme l'Université Bishop's, l'Université de Sherbrooke et le Cégep de Sherbrooke, le parcours musical des écoles publiques et quelques événements d'importance, comme Orford Musique et le Festival international de la chanson de Granby, peuvent expliquer cette passion musicale dans la région, selon les deux experts. Et qui explique aussi le choix des sonorités, qui forge le son des Cantons.

On entend [d'ailleurs] plus de cuivres, plus de cordes [dans les arrangements]. Je ne pense pas que ce soit étranger au fait que les gens aient eu accès à des formations musicales, ou que les gens ont eu accès à beaucoup de musique dans le coin.

Une citation de :Jean-François Desrosby, professeur adjoint à l'École de musique de l'Université de Sherbrooke
Adolescents qui jouent du violon.

Dès le début de leur parcours scolaire, les élèves de Sherbrooke peuvent intégrer une école ayant une vocation musicale et poursuivre ce cheminement au secondaire, comme ici, à l'École Mitchell-Montcalm.

Photo : Radio-Canada

Et l'avenir?

L'avenir musical est prometteur dans la région. L'humain va tendre vers plus d'art. Je le ressens chez nos étudiants, chez nos collègues. Il y a un besoin immense de créativité, estime Anne-Marie Leblanc.

Jean-François Desrosby ajoute : Je pense qu'on peut aussi profiter du fait que les gens reviennent en région pour bonifier ça. Les gens ont compris qu'ils ne sont pas obligés d'habiter à Montréal pour être un artiste.

Quoiqu'il en soit, si le son des Cantons inspire les musiciens, il inspire aussi les intellectuels. Et Jean-François Desrosby croit bien qu'il mérite qu'on se penche encore sur la question, et de façon encore plus approfondie.

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