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La déforestation de l’Amazonie prépare le terrain à de nouveaux virus

La déforestation de l’Amazonie n'affecte pas que le climat, elle favorise aussi l’apparition de virus en multipliant les contacts entre humains et animaux sauvages. Une solution : le reboisement, appuyé par la mise en valeur des produits de la forêt, dont l’açaï, un petit fruit très prisé.

Les fruits sont mûrs.

La baie d'açaï, le superfruit qui passionne les Brésiliens, contient de nombreux antioxydants.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Jean-Michel Leprince

L’ONG Imazon, qui surveille par satellite toute l’activité dans l’Amazonie brésilienne, a calculé que la déforestation avait augmenté de 5 % entre août 2020 et juillet 2021 par rapport à l’année précédente, où plus de 5500 km2 de forêt ont été perdus.

Et l’essentiel de cette déforestation est illégal, souligne Paulo Bariotto d’Imazon, à Belem.

D’abord arrivent les chercheurs d’or, ensuite les bûcherons pour la coupe illégale des bois précieux. Puis, explique-t-il, on incendie la forêt pour en faire des pâturages. Ainsi, 90 % de la destruction de la forêt est due à l’industrie de l’élevage de bétail.

Le président Jair Bolsonaro est directement montré du doigt en raison de ses prises de position qui encouragent les grileiros, les accapareurs de terres, dans leurs invasions illégales. Son gouvernement applique peu ou mal les lois et les pénalités et affaiblit systématiquement les institutions de surveillance. De fait, sous son administration, la déforestation a augmenté de 30 %, selon Imazon.

Fragile Amazonie

Le variant amazonien

La propagation de la COVID-19 dans l'État d’Amazonas a montré que la région est un véritable bouillon de culture comme l’a été le Wuhan chinois, où a été détecté le premier cas de cette maladie. C’est dans cette région du Brésil qu’est apparu le variant P1, détecté au Japon sur des voyageurs de retour de Manaus, sa capitale.

Nous savons que l’Amazonie est la plus grande réserve mondiale de betacoronavirus, et la déforestation, intentionnellement provoquée par le président de la République et son ministre de l’environnement, accroît les contacts de ces virus animaux avec la population, dénonce Lucas Ferrante, chercheur à l'Institut national de recherche sur l’Amazonie ( lNPA) à Manaus.

Selon lui, ce n’est qu’un début, et ce sera pire qu’en Chine.

La forêt amazonienne bordée par des terres déboisées préparées pour la plantation de soja.

La forêt amazonienne bordée par des terres déboisées préparées pour la plantation de soja.

Photo : Reuters / Paulo Whitaker

Le Dr Marcus Lacerda, spécialiste de médecine tropicale de FIOCRUZ à Manaus, confirme la réalité de ce scénario catastrophe qui se déroule sous nos yeux.

On a beaucoup de virus ici, comme l’oropouche, le mayaro, le virus de la dengue, le Zika. On a ainsi découvert récemment qu'environ 5 % à 10 % des singes de l'Amazonie ont eu des contacts avec le virus du Zika, par exemple, près de Manaus. Alors, explique-t-il, on pense que les virus arrivent d'Afrique, par exemple dans l'être humain, puis vont ensuite dans la forêt, où ils peuvent s'installer dans des animaux et faire des modifications, des mutations génétiques, pour enfin retourner éventuellement à l’être humain.

Pour sa collègue au FIOCRUZ, la pneumologue Margareth Dalcolmo, ça ne fait pas de doute, une épidémie pourrait très bien naître en Amazonie si on continue à traiter la forêt comme on le fait.

Ce célèbre institut fédéral de recherche de Rio de Janeiro est en première ligne pour surveiller l’apparition de nouveaux virus, les identifier et empêcher leur propagation, mais son financement sous le règne de Bolsonaro est loin d’être garanti.

Deux hommes regardent avec appétit les paniers de baies sur le quai.

Paniers remplis de baies d'açaï sur un quai de Belem, en Amazonie

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Reverdir l’Amazonie

Le reboisement et la protection de l’Amazonie sont au cœur de la solution, et des pays comme la Norvège et l’Allemagne financent de telles actions, mais depuis l’élection de Bolsonaro, les fonds dédiés ont été réduits.

Les gouvernements des États d’Amazonie ont cependant pris conscience avec le temps de la valeur de la forêt encore sur pied (floresta em pé) en raison des fruits et des noix de cajou et du Brésil qu’on y trouve.

La compagnie 100 % Amazonia de Belem exporte, par exemple, 50 produits naturels issus de 25 différentes espèces botaniques amazoniennes comme des noix, des huiles, des cosmétiques, et bien sûr, des fruits.

Photo prise dans les locaux de l'entreprise.

Fernanda Stefani, directrice générale de 100 % Amazonia.

Photo : Radio-Canada

Le fruit vedette est l’açaï, considéré comme un superaliment, dont les propriétés, encore à l’étude, seraient propices au renforcement du système immunitaire, voire à une protection contre la COVID, affirment même certains.

L’açaï, qui veut dire le fruit qui pleure en langue indigène tupi, pousse au sommet du palmier pinot et est consommé en Amazonie depuis la nuit des temps, et maintenant de plus en plus au Brésil et à l’étranger sous forme de purée ou de sorbet.

Son succès favorise la plantation de palmiers pinots. Non loin de Belem, une plantation fait 18 hectares, soit 50 000 palmiers de 8 à 10 ans qui produisent deux fois par an 2,5 tonnes d’açaïs.

Edinaldo Lobo Nascimento en dirige l’exploitation, il mélange les méthodes modernes de culture, comme l’irrigation, à des méthodes anciennes de récolte : l’escalade du palmier en moins de 15 secondes.

Le cueilleur tend la tige vers la caméra.

Les cueilleurs d'açaïs utilisent aussi de longues tiges de bambou pour arracher du haut du palmier la branche chargée de baies.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Le propriétaire de la plantation est un Brésilien d’origine japonaise qui en possède deux autres semblables sur des terres qui étaient auparavant déboisées pour de l’élevage bovin.

Comme monoculture, ce n’est pas le reboisement idéal, mais c’est un premier pas, et peut-être un exemple à suivre pour d’autres plantations d’espèces natives. La planète en a besoin.

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