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Pologne : le Parlement adopte une loi controversée sur les médias

Des députés lèvent la main dans l'enceinte d'un parlement.

L’adoption par une courte majorité de la loi a eu lieu lors d’une session houleuse.

Photo : Reuters / SLAWOMIR KAMINSKI

Agence France-Presse

Le Parlement polonais a adopté mercredi soir une loi controversée sur les médias qui menace la liberté de la presse, selon l'opposition. Un vote qui risque d’altérer les relations avec les États-Unis.

La loi, dont le projet a déjà été critiqué par Washington, pourrait notamment forcer le groupe américain Discovery à vendre la majeure partie de sa participation dans le réseau de télévision privé polonais TVN, souvent critique envers le gouvernement conservateur.

Le texte a été adopté par 228 voix pour et 216 contre. Dix députés se sont abstenus.

La décision du Parlement constitue une attaque sans précédent contre la liberté d'expression et l'indépendance des médias, a déclaré mercredi soir la direction de TVN dans un communiqué.

Le résultat du vote d'aujourd'hui porte atteinte aux droits de propriété, ce qui inquiète les investisseurs étrangers en Pologne. Elle sape aussi sans aucun doute les fondements de l'alliance polono-américaine construite au cours des 30 dernières années, a ajouté la direction de la télévision qui a également appelé le Sénat et le président à rejeter la loi.

Les États-Unis, par la voix du chef de la diplomatie Antony Blinken, se sont dits mercredi soir profondément préoccupés par cette loi.

Ce projet de loi affaiblirait fortement l'environnement médiatique que le peuple polonais a travaillé si longtemps à construire, a estimé le secrétaire d'État dans un communiqué, ajoutant que le projet allait à l'encontre des principes et valeurs que les nations modernes et démocratiques défendent.

Session houleuse

Le vote sur cette loi a eu lieu lors d'une session qui s'est déroulée au lendemain de l'éclatement de la coalition au pouvoir.

Dans un premier temps, l'opposition a réussi à ajourner la session jusqu'au 2 septembre.

Cependant, la présidente de la Diète Elzbieta Witek a décidé de répéter ce vote, sous les cris de protestation de l'opposition.

Le vote a finalement été remporté par les conservateurs au pouvoir soutenus par quelques députés d'un groupe antisystème Kukiz 15, qui lors du premier vote avaient soutenu l'ajournement.

Les résultats ont été accueillis par les cris escrocs, escrocs!, lancées par l'opposition. Les députés de l'opposition, qui remettait sa légalité en cause, se sont abstenus lors de ce vote.

La droite a poursuivi les débats procédant au vote sur la loi sur les médias.

Mardi soir des milliers de personnes dans toute la Pologne ont manifesté contre la loi sur les médias.

Une autre loi controversée

Par ailleurs, le Parlement a adopté une autre loi empêchant de facto la restitution de la plupart des biens confisqués après la Seconde Guerre mondiale. Cela a suscité de vives critiques d'Israël.

La loi impose un délai de prescription de 30 ans pour réclamer des biens spoliés, généralement confisqués par le régime communiste après la guerre.

Je condamne la législation adoptée par le Parlement polonais aujourd'hui, qui entache la mémoire de l'holocauste et les droits de ses victimes, a dit le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid.

Je vais continuer à m'opposer à toute tentative de réécrire l'histoire [...] La Pologne sait ce qu'il convient de faire, c'est annuler cette loi, a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le président Andrzej Duda doit encore donner son approbation finale pour que la loi soit appliquée.

Les défenseurs du texte soutiennent qu'il mettra fin aux incertitudes concernant les droits de propriété et éliminera les problèmes récurrents de fraude et de corruption.

Les opposants font valoir que les juifs seront davantage pénalisés, car les ayants droit ont souvent tardé à se manifester, et parce que les biens ont souvent été saisis deux fois, d'abord par les nazis qui occupaient la Pologne puis par les communistes.

À la chute du rideau de fer en 1989, la Pologne n'a pas organisé la restitution des biens spoliés comme l'ont fait la plupart des autres pays du bloc communiste, laissant les individus tenter leur chance devant les tribunaux.

Six millions de Polonais, dont une moitié de juifs, ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale en Pologne.

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