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Villa Frederick-James convertie en Espace bleu : des réactions diverses

La Villa Frederick-James, perchée sur le Cap-Canon.

La Villa Frederick-James est située sur le Cap-Canon, à proximité du rocher Percé.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Roxanne Langlois

Alors que le gouvernement de François Legault compte faire de la mythique Villa Frederick-James de Percé l’Espace bleu de la Gaspésie, les réactions divergent en région.

Patrimoine Gaspésie estime que le fait que le gouvernement s’engage dans la préservation du bâtiment centenaire est une excellente nouvelle. Son président, l’historien Jean-Marie Fallu, rappelle que la résidence qui figure sur d’innombrables cartes postales de Percé a besoin de beaucoup d’amour, ce à quoi elle aura vraisemblablement droit.

C’est une icône! C’est vraiment un bien patrimonial extraordinaire sur le plan de l’histoire de tous ces artistes qui sont venus s’inspirer du paysage de Percé et de la Gaspésie depuis bien des années, note l’historien.

Maison sur un cap

La villa Frederick James (archives)

Photo : Radio-Canada

La résidence bâtie en 1887 par le peintre américain Frederick James est, selon M. Fallu, l’une des villas les plus importantes du Québec pour la qualité de son architecture. Elle doit néanmoins être éloignée de la falaise et subir une importante cure de jouvence.

Rares sont les gouvernements qui ont mis comme projet, en priorité, le patrimoine. Il faut saluer le gouvernement Legault de vouloir mettre en place, avec les Espace bleus, […] des actions qui permettent de [le] préserver.

Une citation de :Jean-Marie Fallu, historien et président de Patrimoine Gaspésie

M. Fallu espère désormais que Québec fera en sorte que le contenant et le contenu de l’Espace bleu gaspésien seront en lien avec la riche histoire de Percé.

Jean-Marie Fallu, historien et président de Patrimoine Gaspésie

Jean-Marie Fallu, historien et président de Patrimoine Gaspésie

Photo : Radio-Canada

M. Fallu ajoute que le Musée de la civilisation, qui est en voie d’acquérir la propriété appartenant à l’Université Laval, ferait œuvre nationale en respectant, dans l’aménagement des lieux, les organismes locaux déjà présents dans le secteur.

Des institutions muséales inquiètes

L’idée d’imposer la thématique provinciale de la fierté et des héros régionaux dans tous les Espaces bleus fait craindre un manque de complémentarité entre les différentes institutions du territoire.

C’est notamment ce qu’explique le directeur général du Musée de la Gaspésie, Martin Roussy, qui déplore la façon de faire du gouvernement Legault dans ce dossier.

Selon lui, Québec est passé à côté d’une belle occasion de collaborer avec les musées. Il a plutôt agi, selon le gestionnaire, en catimini lors de l'élaboration du concept.

Ça n’a pas été fait dans un esprit de consultation, pour savoir ce qui pourrait être intéressant comme ajout à ce qui existe déjà, déplore M. Roussy.

Façade du Musée de la Gaspésie à Gaspé.

Le Musée de la Gaspésie craint la création de «doublons» avec la composition de l'Espace bleu gaspésien (archives).

Photo : Radio-Canada

Alors que l’idée de rendre hommage à des personnages gaspésiens clé comme Mary Travers et René Lévesque a été soulevée, Martin Roussy rappelle que des institutions s’y consacrent déjà. Il craint ainsi la création de doublons.

Cette approche-là d’imposer le lieu et le contenu pour, supposément, mieux faire ce qu’on fait déjà, c’est quand même insultant, d’une certaine manière.

Une citation de :Martin Roussy, directeur général du Musée de la Gaspésie

M. Roussy précise que la question du financement constitue une autre inquiétude en région. Le gouvernement investit 259 millions $ dans son nouveau réseau d'institutions culturelles et patrimoniales alors que certaines institutions peinent à survivre.

Le Musée Le Chafaud, situé à deux pas de la Villa Frederick-James, est d’ailleurs du nombre. Alors que le musée non reconnu est constamment en mode survie et peine à recruter de la main-d’œuvre estivale, son directeur, Jean-Louis Lebreux, ne cache pas son inquiétude.

Le directeur et fondateur du Musée Le Chafaud de Percé, Jean-Louis Lebreux. Au loin, la Villa Frederick-James.

Le directeur et fondateur du Musée Le Chafaud de Percé, Jean-Louis Lebreux

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

Il est certain que comme ce sera un truc gouvernemental, ce seront eux qui seront privilégiés et puis Le Chafaud va régresser plutôt que de se développer. Ça, c’est certain. Il ne faut pas se leurrer, déplore celui qui a fondé l’institution il y a 38 ans.

Selon M. Lebreux, la création de l'Espace bleu gaspésien est loin de faire que des heureux. Il y a des gens qui, à Percé, sont découragés et furieux […] de voir que ça nous est parachuté par le gouvernement, constate-t-il.

Précisant qu’il manque encore beaucoup de détails quant à ce qui sera présenté à l’Espace bleu et à la façon dont les organisations locales seront mises à contribution, il avoue avoir beaucoup d’appréhensions.

Je suis assez sceptique.

Une citation de :Jean-Louis Lebreux, directeur et fondateur du Musée Le Chafaud de Percé

S’il se réjouit de la préservation de la Villa Frederick-James, pour laquelle il milite depuis des décennies, Jean-Louis Lebreux aurait aussi souhaité que l’essence des lieux imaginés par le peintre, axée sur la création artistique, demeure.

La pancarte annonçant l'école internationale d'été de l'Université Laval et derrière, la Villa Frederick-James.

Aucune activité n'a eu lieu à la Villa Frederick-James depuis 2019.

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

Le Musée de la civilisation, responsable de l’élaboration des contenus des Espaces bleus, l’a contacté à plusieurs reprises. M. Lebreux lui a d’ailleurs fourni de la documentation. J’espère au moins que ça va servir à la cause du développement de la Villa Frederick-James et à mettre en valeur cette vocation artistique qui a toujours été négligée, précise-t-il.

Rappelant que Percé a été et est toujours une source extraordinaire d’inspiration pour les artistes, Jean-Louis Lebreux aurait voulu que la villa soit mise en valeur comme celles de Nice, de Rome et de Prague.

La mairesse espère aussi de l'innovation

La mairesse de Percé, Cathy Poirier, a pris acte des inquiétudes exprimées par les organisations muséales de Percé et d’ailleurs. Si elle se dit très heureuse de l’avenir prometteur que l’initiative gouvernementale conférera à la Villa Frederick-James, l’élue martèle que l’Espace bleu devra absolument aller vers du nouveau.

Cathy Poirier, debout devant un micro.

La mairesse de Percé, Cathy Poirier, espère que l'Espace bleu sera un lieu innovant (archives).

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Quand on fait un projet chez nous, à Percé, notre idée, c’est toujours d’inventer quelque chose. On veut faire quelque chose qui n’existait pas. […] Ce que je souhaite, c’est que ce soit quelque chose qui n’existait pas.

Une citation de :Cathy Poirier, mairesse de Percé

Au fait depuis déjà un bon moment des intentions du provincial, Mme Poirier a par ailleurs rapidement partagé ses préoccupations avec le ministère de la Culture et des Communications. L'élue a notamment obtenu l’assurance que l’Espace bleu gaspésien serait opéré à l’année.

Ça ne peut être qu’une bonne nouvelle pour un milieu qui tend à développer, toujours, les saisons autres que [celle de ] l’été. Je pense que pour l’industrie touristique en général, c’est une très, très bonne nouvelle, fait valoir la mairesse.

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