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Les Fils : apôtres de la libération

Une photo en noir et blanc de sept hommes, dont un prêtre.

Le documentaire « Les fils », de Manon Cousin, trace l'histoire de jeunes prêtres travaillant auprès de la main-d'œuvre ouvrière dans le quartier Pointe-Saint-Charles de Montréal.

Photo : K Films Amerique

Radio-Canada

Militants, ouvriers et… prêtres : avec son premier documentaire à paraître le 13 août, Les Fils, la réalisatrice Manon Cousin creuse dans le passé mouvementé du quartier Pointe-Saint-Charles à Montréal et trace le portrait d’hommes d’Église qui ont suivi les enseignements du Christ, le poing levé.

Au-dessus de la taverne au coin des rues Centre et Charlevoix se trouvait, à la fin des années 1960, un appartement délabré. Il n’y avait là rien de très surprenant : la misère s’était faufilée dans bien des logis du quartier ouvrier de Pointe-Saint-Charles, en cette époque de transformation économique et de bouleversements sociaux.

Un appartement comme une centaine d’autres, à la différence près que ses résidants portaient la croix en plus des chiennes de travail. On trouvait que les presbytères, c’était comme de petits châteaux à côté des maisons ordinaires du quartier. On se disait que si Jésus revenait, il logerait dans une maison, comme tout le monde , a expliqué Claude Julien, prêtre et membre des Fils de la Charité, lors d’une entrevue au micro de Stéphan Bureau à l’émission Bien entendu.

Personne à Pointe-Saint-Charles n’avait rencontré de religieux comme ces Fils de la Charité. Avec leurs discours enflammés sur la justice sociale, prononcés entre deux quarts de travail dans une usine du quartier, ces prêtres-ouvriers ont été de toutes les luttes dans le climat de revendications qui a caractérisé la fin des années 1960 au Québec.

À la recherche des frères perdus

Pour Manon Cousin, qu’un prêtre travaille aux côtés de militants marxistes, c’était on ne peut plus normal. Originaire de Baie-Comeau, celle qui est plus connue comme photographe que comme réalisatrice a souvent rencontré ces curés engagés lors de ses passages à Montréal grâce à son oncle, Guy Cousin, un prêtre membre des Fils de la Charité.

J’ai compris que cette histoire-là était aussi spéciale que méconnue. En rencontrant des citoyens du quartier, j’ai eu l’idée d’en faire un film, pour que ces événements soient racontés , a dit la réalisatrice lors de son passage à l’émission Bien entendu.

Si la trace des prêtres avait persisté dans les récits qui voyagent de balcon en balcon, presque aucune image ne subsistait de ces religieux ayant troqué le chapelet pour la chaîne de montage.

Manon Cousin a donc dû éplucher le catalogue de l’Office national du film (ONF), en quête de pellicules sur lesquelles serait immortalisé le passage des Fils de la Charité. La réalisatrice a pigé dans des films documentaires et même des œuvres de fiction pour illustrer l’histoire de ces jeunes idéalistes, dont souvent seul un col romain dépassant d’une chemise fripée trahissait l’identité.

La liberté comme vocation

Pour les Fils, cette immersion dans le tissu social du quartier était la suite logique des écrits bibliques. Cette religiosité combative, ils l’appelaient la théologie de la libération.

C’est d’inciter les pauvres, les plus démunis, les écrasés de la société à se regrouper et à développer la conviction que Dieu créateur est avec eux. Et que, conséquemment, s'il est avec nous, nous pouvons prendre notre place au soleil dans ce monde. Et faire ça, c’est chrétien. Ce n’est pas communiste , affirme Claude Julien.

C’est que la peur rouge soufflait fort encore parmi la bourgeoisie de l’époque, selon Claude Julien. Mais ses bourrasques n’ébranlaient pas les Fils de la Charité. On côtoyait les marxistes, mais ça ne nous fatiguait pas : je pense que notre Seigneur Jésus aurait été à l’aise de travailler avec ces personnes-là , renchérit le curé.

Et du travail, ils en ont abattu, contribuant même à la mise sur pied de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, établie dans le presbytère de la paroisse Saint-Jean, et dont le modèle inspiré par la philosophie du docteur Norman Bethune a mené à la création des CLSC.

Mais les temps ont changé, et l’Église catholique fait plutôt face aujourd’hui à des scandales, notamment concernant les pensionnats autochtones. Claude Julien l’admet d’emblée : l’Église n’est pas une institution parfaite. Mais ce que Manon Cousin met en lumière, c’est un moment trop peu connu ou certains de ses prêtres ont cru au pouvoir salvateur de la justice sociale.

Quand on passe de l’individualisme à la solidarité, quand on brise les chaînes de l’oppression, on est tout proche du royaume de Dieu , écrivait Guy Cousin, l’oncle de Manon Cousin.

Ce rêve du paradis de Pointe-Saint-Charles, où se mêlaient grèves, sermons et manifestations, revivra dès le 13 août sur les écrans du Québec. Le documentaire Les Fils sera aussi projeté mercredi soir en plein air au parc Saint-Gabriel, à Montréal, à l’événement Cinéma sous les étoiles.

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