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Légionellose à Moncton : où est le registre des tours de refroidissement?

Des tours de refroidissement sur le toit d'un bâtiment industriel.

Une tour de refroidissement à Moncton

Photo : Radio-Canada / Pierre Fournier

Pour une deuxième fois depuis 2019, la région de Moncton recense plusieurs cas de légionellose. La santé publique estime qu'une tour de refroidissement quelque part dans la ville peut être en cause, comme c'était le cas il y a deux ans. Le gouvernement dit travailler sur un modèle de registre de ces appareils avec les municipalités.

La santé publique a annoncé vendredi la découverte de six cas de légionellose confirmés depuis la fin du mois de juillet. En ce moment, les autorités tentent de découvrir la source de l'éclosion. Pour chaque cas confirmé de cette maladie respiratoire, une enquête est menée.

À date, on ne trouve pas de lien en commun entre les cas, sauf qu’ils habitent ou ont visité la région de Moncton dans les 14 jours précédents leurs symptômes, indique le Dr Yves Léger, médecin hygiéniste régional pour la région de Moncton.

Le Dr Léger donne une conférence de presse.

Le Dr Yves Léger, en 2019, lors d'une autre éclosion de légionellose

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Bien que son travail ne soit pas terminé, la santé publique croit que la cause de l’éclosion est probablement liée à une tour de refroidissement contaminée dans le Grand Moncton.

Si cette hypothèse est la bonne, il s’agirait de la même cause qu’en 2019.

L’éclosion à Organigram

Lors de l’été 2019, 16 cas ont été signalés à Moncton.

Les autorités avaient rapidement découvert la source de l’éclosion, une tour de refroidissement, mais elles avaient refusé de préciser sur quel bâtiment elle se trouvait.

La santé publique avait affirmé alors qu’il n’y avait aucun avantage pour le public d’en être informé puisque la tour de refroidissement en question avait été nettoyée.

Cinq tours de climatisation sur le toit de l'édifice.

Le service des ressources humaines de l'entreprise Organigram à Moncton a informé les employés en août 2019 d'un « taux élevé de bactéries » dans des tours de refroidissement de l'usine.

Photo : CBC/Shane Magee

Bien que la province n’ait enregistré aucun décès, la plupart des personnes qui ont contracté la maladie ont été hospitalisées avec des symptômes très sérieux. Plusieurs résidents de la région voulaient en savoir plus sur l’origine précise de l’éclosion.

C’est finalement grâce à des demandes d’accès à l’information de CBC que l’on a su que la source de l’éclosion était une tour de refroidissement située sur le toit de l’usine de production de cannabis de l’entreprise Organigram.

Douze personnes ont récemment intenté une poursuite contre Organigram, affirmant que l’entreprise a fait preuve de négligence dans l’entretien et le nettoyage de ses tours de refroidissement.

Les allégations n’ont pas encore été prouvées en cour.

Registre des tours de refroidissement

Dans la ville de Moncton, il existe des dizaines de tours de refroidissement; soit une longue liste de lieux où la bactérie qui cause la légionellose peut se développer.

En 2019, la mairesse de Moncton, Dawn Arnold, avait demandé la mise en place d’un registre des tours de refroidissement.

Elle avait affirmé que cela permettrait de trouver plus rapidement la source d'éclosions et de mieux contrôler le nettoyage des installations. Elle a souligné que des registres du genre ont été créés après des éclosions au Québec et à New York.

La bactérie responsable de la légionellose.

La légionellose est causée par une bactérie qui se trouve entre autres dans des réseaux d'eau artificiels, comme des climatiseurs, des tours de refroidissement, des bains-tourbillon et des fontaines décoratives.

Photo : La Presse canadienne / AP / Janice Haney Carr

Un examen de l’éclosion de 2019 mené par la santé publique a également permis de déterminer que la façon la plus efficace d’accélérer les enquêtes lors d’éclosions est d’avoir un registre des tours de refroidissement.

Le porte-parole de la santé publique au Nouveau-Brunswick, Bruce Macfarlane, a confirmé à Radio-Canada lundi qu’elle a envoyé un modèle de registre aux municipalités, pour que ces dernières puissent tenir un registre des tours de refroidissement et communiquer leurs données à la santé publique provinciale en cas d’éclosion.

Un registre provincial ou des registres municipaux?

Une question demeure toutefois : qui devrait être responsable de la mise en place de ces registres, et quand seront-ils prêts?

Le député de Moncton-Centre, Robert McKee, se demande pourquoi le gouvernement provincial n’a pas mis en place depuis 2019 ce registre pour sa région.

Si l’on avait mis en place à ce jour ce qu’on a appris depuis deux ans, on saurait aujourd’hui où sont ces tours, on aurait à notre disponibilité une meilleure façon de s’attaquer à cette nouvelle éclosion, dit-il.

Il faut un registre, et puis il faut assurer l’entretien et la surveillance des tours de refroidissement.

Une citation de :Robert McKee, député de Moncton-Centre

Pour sa part, le conseiller municipal Charles Léger a qualifié de préoccupante cette nouvelle série de cas de légionellose dans sa région. Ce n’est pas quelque chose que nous voulions voir de nouveau à Moncton, dit-il.

Robert McKee et Charles Léger en visioconférence. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le député de Moncton-Centre Robert McKee (à gauche) et le conseiller municipal de Moncton Charles Léger (à droite) lors d'une entrevue au Téléjournal Acadie le 9 août 2021.

Photo : Radio-Canada

Il estime qu’une discussion avec le provincial et les municipalités est nécessaire, si les registres doivent être faits par les municipalités.

Est-ce qu’il y aurait un financement pour permettre à la municipalité d’ajouter cette responsabilité? s’interroge-t-il. Mais c’est certain que dans notre municipalité, c’est important, et on doit arriver avec une solution.

Si ça prend la municipalité pour livrer cette sécurité aux citoyens, et bien je pense que c’est notre responsabilité, et puis on a les discussions avec le gouvernement provincial afin de s’assurer qu’au niveau financier que la municipalité puisse entreprendre cette responsabilité.

Une citation de :Charles Léger, conseiller municipal de Moncton

Je ne sais pas si les municipalités sont prêtes à assumer ce pouvoir, ce fardeau avec un financement pour faire appliquer la loi qui serait mise en place, avance Robert McKee.

Dévoiler ou non l’endroit de l’éclosion?

On ne sait pas encore si la santé publique dévoilera la source exacte des cas actuels lorsqu’elle sera déterminée.

Espérons que la santé publique aura appris depuis la dernière éclosion, à propos de la légionellose et puis le traçage, mais aussi la transparence, lance Robert McKee.

On avait reçu beaucoup d’appels [en 2019] concernant des gens qui sont victimes de cette maladie, et ils demandaient de la transparence parce qu’ils ne savaient pas d’où venait cette maladie, se remémore Robert McKee.

En 2019, lorsqu’elle avait su que l’éclosion était au sein d’Organigram, la santé publique avait refusé de le préciser.

Depuis l’arrivée de la pandémie, la santé publique annonce avec précision les lieux possibles d'exposition au virus responsable de la COVID-19.

Je pense qu’il faut trouver un équilibre et s’assurer que la vie des citoyens soit protégée, conclut Robert McKee.

Légionellose et COVID-19 : des maladies aux causes distinctes

En pleine pandémie de COVID-19, les symptômes de la légionellose pourraient être mal interprétés par certaines personnes, puisque les deux infections peuvent causer des problèmes respiratoires. Voici la différence entre les deux.

C’est la bactérie Legionella pneumophilia, une fois inhalée, qui provoque deux formes de légionellose, l’une bénigne, l’autre plus grave. Cette dernière, appelée maladie du légionnaire, s’attaque aux poumons et provoque des symptômes apparentés à ceux de la COVID-19 : fièvre, maux de tête, essoufflement, diarrhée. Elle se transforme généralement en pneumonie et peut entraîner la mort en l’absence d’antibiothérapie.

Contrairement à la COVID-19, la légionellose n’est pas contagieuse. On ne la contracte pas en buvant de l'eau, mais bien en respirant des gouttelettes d'eau. En cas d'éclosion, la contagion provient souvent d’une source commune, comme des tours de refroidissement.

En cette période de l’année où l'utilisation des tours de refroidissement est accrue, la santé publique appelle à la vigilance dans les hôpitaux devant des personnes présentant des symptômes respiratoires. Certains facteurs de risque sont à considérer dans le cas de la légionellose : l’âge, le diabète, les maladies cardiaques ou pulmonaires, le tabagisme ou encore un séjour à l’hôtel dans les 14 derniers jours. Une culture bactérienne permet de confirmer le diagnostic.

La santé publique du Nouveau-Brunswick demande aux personnes qui ont des symptômes de consulter un médecin ou de composer le 811.

Avec des renseignements de Pascal Raiche-Nogue, Maya Chebl et Marie-Hélène Lange

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