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Rapport du GIEC : appelé à revoir sa stratégie, Ottawa promet d'en faire plus

Un drapeau canadien avec, en arrière-plan, de la fumée qui sort d'une cheminée.

Le Canada se réchauffe près de deux fois plus rapidement que le reste de la planète.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, a assuré lundi que le Canada va poursuivre ses efforts pour combattre le réchauffement climatique après la publication d'un rapport alarmant du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Or, plusieurs observateurs appellent le gouvernement fédéral à revoir sa stratégie et à se fixer des cibles plus ambitieuses.

Dans le rapport, le GIEC prévoit que le réchauffement de la Terre sera de 1,5 degré Celsius dès la décennie 2030 par rapport à l'ère préindustrielle, et que les phénomènes météorologiques extrêmes seront plus fréquents.

Une certaine progression des changements climatiques est déjà irréversible avant des siècles ou des millénaires, selon le rapport, en raison de la quantité de gaz à effet de serre déjà libérée dans l'atmosphère. Le monde est condamné à une hausse de 15 à 30 centimètres du niveau de l'eau d'ici la moitié du siècle, selon le coauteur Bob Kopp, de l'Université Rutgers.

Le ministre Wilkinson considère que le volumineux rapport s’avère fort pertinent pour comprendre ce qui se passe au Canada.

Le Canada se réchauffe près de deux fois plus rapidement que le reste de la planète. Certaines régions de l'ouest et du nord du Canada présentent un rythme de réchauffement trois fois supérieur à la moyenne mondiale.

Une citation de :Jonathan Wilkinson, ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique

Selon lui, les conclusions du rapport serviront de sujet de discussion lors des négociations à la prochaine Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26), qui se tiendra en novembre à Glasgow, en Écosse.

Le ministre fédéral de l'Environnement, Jonathan Wilkinson, à Calgary.

Le ministre fédéral de l'Environnement Jonathan Wilkinson

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

La science montre qu'il est essentiel que les pays en fassent plus pour lutter contre les changements climatiques, continuent d'appuyer l'atteinte de l'objectif fixé au titre de l'Accord de Paris visant à limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius et devancent l'échéance de cet objectif, affirme le ministre.

Jonathan Wilkinson assure que le Canada prend des mesures climatiques agressives pour éviter les pires répercussions causées par les changements climatiques et que le gouvernement fédéral est déterminé à se fixer constamment des cibles [de réduction des gaz à effet de serre] plus ambitieuses au fil des années.

Des revenus pétroliers pour financer la réduction des GES

Selon le ministre Wilkinson, même l'expansion controversée du pipeline Trans Mountain peut aider à atteindre ces objectifs. Le Canada doit s'assurer, dans le contexte de cette transition [écologique], d'exploiter ses ressources à leur pleine valeur et d'utiliser cet argent pour avancer dans la réduction des émissions, a-t-il affirmé à l'émission Power & Politics de CBC.

Nous disons que cela doit faire partie de la transition, de réussir à augmenter les revenus qui vous permettent de faire les investissements nécessaires pour y arriver, a ajouté le ministre de l'Environnement et du Changement climatique.

Ottawa a acheté Trans Mountain de la compagnie Kinder Morgan en 2018, au coût de 4,5 milliards de dollars. Le projet d'expansion du pipeline a soulevé non seulement des préoccupations environnementales, mais également de l'opposition parmi les Premières Nations en plus de faire l'objet de projections économiques peu favorables, en raison de la baisse prévisible à long terme de la demande en pétrole.

Une mise en garde

Un rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB), publié le 23 juin dernier et intitulé Au-delà de Paris : réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada d'ici 2030, révélait que les moyens pourraient venir à manquer au gouvernement libéral pour atteindre la dernière tranche de réduction des émissions polluantes.

Selon le rapport du DPB, les mesures annoncées en décembre dernier permettraient, à terme, de ramener les émissions canadiennes à 503 mégatonnes par an, soit 8 mégatonnes sous l'objectif de l'Accord de Paris. Cela représentait une baisse de 32 à 40 % des émissions par rapport à 2005.

Or, lors de la présentation de son plus récent budget, en avril, le gouvernement Trudeau a appuyé un peu plus sur l'accélérateur climatique, en visant plutôt l'objectif de 468 mégatonnes par an d'ici la fin de la décennie. Puis, quelques jours plus tard, le fédéral est allé encore un peu plus loin, en s'astreignant à ramener les émissions à un maximum de 438 mégatonnes, soit 30 mégatonnes sous l'objectif déjà ambitieux du budget. Mais Ottawa aura fort à faire pour atteindre ses cibles, d'après le DPB.

Avoir un plan

D’autres politiciens ont commenté – volontairement ou non – la publication du rapport du GIEC.

On va atteindre les cibles de [l’Accord de] Paris, mais sans une diminution des emplois et des opportunités pour les Canadiens et les Canadiennes. Après la pandémie, on doit avoir une relance économique tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, a promis le chef conservateur Erin O'Toole.

Il a rappelé que son parti avait présenté une plateforme environnementale en avril dernier. Le document détaillait notamment un système de tarification du carbone, auquel s'étaient longtemps opposés les conservateurs, par un mécanisme différent de celui des libéraux.

Erin O'Toole debout devant une pancarte.

Le chef conservateur Erin O'Toole

Photo : Adrian Wyld

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a admis d'entrée de jeu ne pas avoir lu le rapport lors d’un point de presse. Il s'est empressé de défendre le bilan environnemental de sa province, berceau de l'industrie pétrolière canadienne, au chapitre des GES. On s’est engagé à la carboneutralité d’ici 2050. Et l’Alberta est bien en avance sur les technologies révolutionnaires comme la capture et l’entreposage du carbone, a-t-il soutenu.

M. Kenney a souligné l’annonce récente concernant la construction de la première installation de production d’hydrogène carboneutre en Alberta. Cette initiative est annonciatrice d’une grande expansion, d'après lui. On a l’intention d’être des chefs de file mondiaux dans le développement et l’exploitation de l’hydrogène, a-t-il dit.

Néanmoins, Jason Kenney a qualifié d'utopie l'idée de cesser de consommer des énergies fossiles dans un proche avenir. L’idée que nous pouvons fermer le robinet sur des industries, sur des économies n’est pas réaliste. Cela aurait un effet dévastateur. […] On doit s’efforcer de réduire nos émissions, et c’est ce qu’on fait en Alberta, mais il faut y aller de façon graduelle, a-t-il insisté.

Réagissant au dévoilement du rapport du GIEC, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a d’abord souligné que Montréal est une des villes au Canada et en Amérique du Nord qui se classe très, très bien au niveau de ses objectifs pour contrer le réchauffement planétaire et empêcher, si on veut, cette fatalité.

Valérie Plante lors d'un événement, en 2019.

La part et la réponse de Montréal

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Elle reconnaît toutefois que Montréal dépend des autres ordres de gouvernement pour financer ses initiatives visant à lutter contre les changements climatiques. Je peux penser, par exemple, à la stratégie d’électrification ou le transport collectif. Ce sont des sommes qui nous viennent des autres côtés [fédéral et provincial]. Mais notre objectif de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, zéro émission en 2050, c’est immense. Mais on le plan et les outils, a-t-elle dit.

Prendre les bonnes décisions

Cependant, il appert que la stratégie et les cibles fédérales ne satisfont pas bon nombre d’experts en la matière. À commencer par Ouranos, un consortium qui a pour mission d'acquérir et de développer des connaissances sur les changements climatiques et leurs répercussions.

Ce rapport souligne que, malgré les efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour stabiliser et limiter les changements climatiques, les bénéfices devront attendre 20 à 30 ans avant d'être perceptibles. Selon tous les scénarios, même les plus optimistes, la température ne cessera d'augmenter jusqu'en 2050. Il est donc inévitable que ces impacts liés aux changements climatiques aillent en s'amplifiant, déclare-t-il par voie de communiqué.

Alain Bourque, climatologue et directeur général d'Ouranos, estime qu’un coup de barre s’impose. Si on continue avec les politiques de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, qui restent timides surtout à l’échelle de la planète – il y a certaines régions qui font mieux que d’autres – on se dirige effectivement vers un dépassement des seuils qu’on voulait pourtant éviter lorsqu’on a signé l’Accord de Paris, a-t-il soutenu en entrevue à ICI RDI.

Le climatologue souligne que l’ensemble de la planète est touchée par le phénomène et qu’on ne peut y échapper. On est rendus à un réchauffement de 1,1 degré Celsius. Mais, surtout, les changements du climat sont en train de transformer le climat de l’ensemble des régions de la planète. C’est de plus en plus rapide. Ça va s’intensifier. Ça affecte l’atmosphère, l’hydrosphère, les océans, les rivières. Toute la cryosphère, c’est-à-dire la neige, la glace, les glaciers et la biosphère sont affectés, observe-t-il.

Alain Bourque en conférence de presse.

Alain Bourque, directeur général d’Ouranos

Photo :  CBC

M. Bourque insiste sur l’importance de prendre les bonnes décisions maintenant pour l’avenir. Avec les GES déjà mis dans l’atmosphère, on est déjà malheureusement garantis d’avoir une certaine accélération à court terme des changements climatiques et à continuer à voir des canicules, des inondations, des sécheresses dans différentes régions du monde s’aggraver, prévient-il.

De la cohérence dans l'action

D'après Équiterre, le rapport du GIEC est sans appel. La science est sans équivoque : la lutte aux changements climatiques doit passer à une autre vitesse pour éviter les pires effets. La question que nos gouvernements doivent se poser est : jusqu’où voulons-nous risquer notre sécurité collective?, a demandé sur Twitter Émile Boisseau-Bouvier, analyste des politiques climatiques pour l’organisme.

M. Boisseau-Bouvier ajoute que l’action climatique passe par la cohérence de l’action gouvernementale. Au Canada, il faut cesser de subventionner les énergies fossiles (près de 18 milliards de dollars ont été accordés en 2020!). Au Québec, on doit mettre fin aux projets délétères comme le troisième lien [entre Lévis et Québec], lance-t-il.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, croit lui aussi que le Canada a un examen de conscience à faire. En tant que l'un des plus grands producteurs et exportateurs de combustibles fossiles au monde, le Canada fait partie du problème, mais nous pouvons et devons faire partie de la solution, a-t-il affirmé.

Il est assis devant un micro en regardant devant lui.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie pour Greenpeace Canada

Photo : Radio-Canada / Étienne Côté-Paluck

Selon M. Bonin, les politiciens devraient s’inspirer des conclusions du rapport devant le lancement imminent d'une campagne électorale. Ces graves avertissements lancés par les meilleurs climatologues du monde devraient servir de base pour les plateformes électorales des partis politiques en vue des prochaines élections, suggère-t-il.

Son collègue Kaisa Kosonen, conseiller politique principal de Greenpeace Nordic, promet de mettre de la pression sur les gouvernements et de les pousser à rendre compte.

Nous n'allons pas laisser ce rapport être mis en veilleuse par une nouvelle inaction. Au contraire, nous allons l'emmener avec nous devant les tribunaux. En renforçant les preuves scientifiques du lien entre les émissions humaines et les phénomènes météorologiques extrêmes, le GIEC a fourni de nouveaux puissants moyens pour que chacun, partout dans le monde, tienne l'industrie des combustibles fossiles et les gouvernements directement responsables de l'urgence climatique, a-t-il dit.

De son côté, le Réseau action climat plaide pour une réaction rapide. Il faut réellement réduire les émissions de gaz à effet de serre rapidement durant cette décennie, atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici 2050 pour nous donner en fait une chance de limiter la hausse de température à un niveau qui nous permet de réduire les impacts les plus dévastateurs de cette augmentation de la température globale, a affirmé Eddy Perez, analyste principal aux relations diplomatiques et gouvernementales de l'organisme, à Radio-Canada.

Ces avis sont partagés par Linda Mearns, coauteure de l'étude et spécialiste du climat au National Center for Atmospheric Research : C'est sûr que ça va empirer. Je ne vois aucune région à l'abri. Nulle part où s'enfuir, nulle part où se réfugier.

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