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Hausse des signalements à la DPJ au Québec : « la situation est inquiétante »

Les signalements sont en hausse, les listes d'attente gonflent et le personnel se fait rare.

Un enfant est assis dans des estrades avec son toutou.

Pour la seule semaine du 25 juillet, plus de 2000 signalements à la protection de la jeunesse ont été faits au Québec.

Photo : iStock

La hausse du nombre de signalements faits à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ne ralentit pas au Québec malgré les vacances estivales, alors que la liste de cas en attente d'une évaluation a bondi de 17 % par rapport à l'été 2019.

C'est énorme, convient le cabinet de Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux. La situation est inquiétante car le nombre de signalements est particulièrement élevé, ajoute-t-on par courriel.

En entrevue téléphonique, le ministre s'inquiète d'un bris de services si la charge de travail continue de s'accumuler sur le réseau, en particulier sur la première ligne qui doit composer avec cette hausse marquée des appels à la DPJ.

« On arrive à une situation qui est assez critique à la Protection de la jeunesse. »

— Une citation de  Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Selon des données du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2022 signalements ont été compilés dans la province pour la seule semaine du 25 juillet. Du nombre, 725 ont été retenus.

Une telle affluence a fait gonfler la liste des cas en attente d'une évaluation à 4110, alors qu'elle était à 3392 à pareille date en 2019. Les cas moins urgents se retrouvent généralement sur cette liste, alors que les urgences demeurent traitées dans un délai parfois aussi court que  24 heures.

L'année de référence choisie est pré-pandémique, notamment parce que les signalements ont chuté considérablement durant l'année 2020, marquée par des périodes de confinement forcé par la COVID-19. À certains endroits, les listes d'attente avaient même été éliminées complètement.

La hausse observée cet été est d'autant plus notable, selon le gouvernement, puisque 30 % des signalements proviennent normalement du milieu scolaire. Or, celui-ci est sur pause depuis plus d'un mois pour les vacances estivales.

Exode du personnel

Le problème est double dans le réseau de la protection de la jeunesse, analyse le ministre Carmant. Au même moment où la pression augmente avec la hausse des signalements, la capacité de traitement a atteint un point de surchauffe dans plusieurs régions de la province, faute de personnel.

Plusieurs intervenants travaillent à temps partiel et nous manquons également de personnel. Donc, comme le nombre de signalements augmente, il faut s’assurer que les délais de traitement soient respectés, autant pour le traitement des signalements qu’à [l'étape de] l’évaluation et orientation, poursuit son cabinet.

En deux ans, le bureau du ministre évalue à plus de 300 le nombre de personnes ayant quitté le réseau. Ce sont surtout des travailleuses sociales qu'on a perdues. Ce sont ces gens-là qu'on veut maintenir en travail à temps plein, souligne le ministre.

Ironiquement, le gouvernement annonçait, il y a deux ans, un investissement supplémentaire de 47 millions $ à la DPJ pour embaucher 400 professionnels et réduire les listes d'attente.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roussel

Primes d'urgence

Pour retenir les employés et s'assurer d'avoir des travailleurs à temps plein, le gouvernement a signé un arrêté ministériel, la semaine dernière, octroyant des primes de 100 $ par semaine à différents travailleurs de la DPJ. Le tout a été confirmé dans la Gazette officielle du 5 août.

La prime peut aller jusqu'à 1000 $ par mois si l'employé travaille quatre semaines consécutives à temps complet. Le ministre Carmant espère ainsi pallier le nombre croissant de cas et éviter les délais déraisonnables dans leur traitement.

La cible gouvernementale, entre la rétention d'un signalement et un premier contact d'intervention, est fixée à une moyenne de 12 jours, à l'exception des urgences.

Le gouvernement a par ailleurs utilisé le décret d'urgence sanitaire pour y ajouter les titres d'emplois liés à la Protection de la jeunesse. Il s'agit dans les faits du même mécanisme que la prime COVID-19 offerte à certains travailleurs du réseau de la santé.

C'est donc dire que cette prime prendra fin lorsque le gouvernement lèvera l'état d'urgence sanitaire, en vigueur depuis mars 2020.

Du jamais-vu

L'expression du jamais-vu revient dans plusieurs régions de la province ces dernières semaines.

À Québec, le Syndicat des professionnèles, techniciennes et techniciens de la santé et des services sociaux rapporte 409 cas en attente d'évaluation au CIUSSS de la Capitale-Nationale. Parmi les signalements retenus, 90 enfants sont toujours en attente d'être pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse.

Selon des sources syndicales, la région de Québec n'a pas l'habitude d'avoir autant de cas en attente.

Elles expliquent que les travailleuses sociales doivent traiter davantage de dossiers dans leurs tâches quotidiennes pour pallier la hausse des signalements, et ce, depuis plusieurs mois. La charge est passée de 18 à parfois 25 dossiers par employée, faute de personnel.

En Chaudière-Appalaches, où la hausse des signalements avait été remarquée dès le mois de mars, le nombre de dossiers en attente demeure au-dessus de la moyenne et a même augmenté par rapport au printemps.

S'il y avait entre 130 et 150 dossiers en attente en mars, le CISSS de Chaudière--Appalaches rapporte actuellement 172 signalements sur sa liste, ainsi qu'une douzaine d'enfants qui attendent une application des mesures retenues par la DPJ.

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