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Rapport du GIEC : plusieurs capitales occidentales appellent à l'action

Une plante survit dans un sol asséché.

Les changements climatiques entraînent des phénomènes extrêmes comme la sécheresse ou d'intenses inondations.

Photo : Getty Images / MADS CLAUS RASMUSSEN

Radio-Canada

Plusieurs capitales occidentales interpellent le monde entier à passer à l’action pour abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre après la publication du rapport alarmant du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Dans le document de quelque 3000 pages, publié lundi, le GIEC annonce notamment que la hausse de la température de la planète, par rapport à l'ère préindustrielle, va atteindre le seuil de 1,5 degré Celsius dès la décennie 2030. On prévoit aussi une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes.

Ce premier rapport d'évaluation depuis sept ans, adopté vendredi par 195 pays, passe en revue cinq scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, du plus optimiste – certains diraient utopiste – à l'hypothèse du pire.

Alors que la planète a gagné pour l'instant +1,1 °C, le monde voit de ses propres yeux les conséquences déjà à l'œuvre. Encore plus cet été, avec les images de flammes ravageant l'Ouest américain, la Grèce ou la Turquie, des flots submergeant des régions d'Allemagne ou de Chine, ou un thermomètre qui frôle les 50 °C au Canada.

Vous nous parlez depuis plus de 30 ans des dangers de laisser la planète se réchauffer. Le monde a écouté, mais n'a pas entendu, a déclaré Inger Andersen, patronne de l'ONU-Environnement. Résultat : Personne n'est en sécurité. Et c'est de pire en pire de plus en plus vite.

Avant la COP26

La publication de ce rapport intervient à quelques mois seulement de la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, en Écosse.

Le Royaume-Uni, hôte en novembre de la COP26, a estimé que le rapport des experts de l'ONU représentait un signal d’alarme sur l'impact de l'activité humaine sur la planète et un appel à l'action.

Ce constat choc constitue un avertissement sévère de la part des scientifiques du monde entier, a estimé le gouvernement britannique dans un communiqué, s'inquiétant du rythme alarmant auquel l'activité humaine endommage la planète.

J'espère que le rapport du GIEC [...] constituera un signal d'alarme pour que le monde prenne des mesures dès maintenant, avant que nous nous retrouvions à Glasgow en novembre pour le sommet crucial de la COP26.

Une citation de :Boris Johnson, premier ministre britannique

Selon le dirigeant conservateur, la prochaine décennie sera déterminante pour l'avenir de notre planète. Nous savons ce qu'il faut faire pour limiter le réchauffement de la planète : reléguer aux oubliettes le charbon et passer à des sources d'énergies renouvelables, protéger la nature et financer le climat, a-t-il ajouté.

Boris Johnson, en conférence de presse.

Le premier ministre britannique Boris Johnson.

Photo : La Presse canadienne / Daniel Leal-Olivas/AP/POOL

Notre message à chaque pays, gouvernement et entreprise est simple : suivez la science et assumez votre part de responsabilité pour que l'objectif de [rester sous] 1,5 °C soit atteint, a martelé dans le communiqué Alok Sharma, président de la COP26.

Le Royaume-Uni s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et veut baisser ses émissions de CO2 de 78 % d'ici 2035. Mais il reste critiqué par les associations écologistes pour le maintien de certains nouveaux projets liés aux énergies fossiles.

De nouveaux impacts

Le temps presse pour intervenir face à la menace du réchauffement climatique, a alerté de son côté le gouvernement allemand, s'alarmant de l'accélération du phénomène. Le rapport du GIEC présenté aujourd'hui nous rappelle une fois de plus que le temps presse pour sauver la planète telle que nous la connaissons, a affirmé la ministre de l'Environnement Svenja Schulze, citée dans un communiqué.

Il nous appartient à tous de faire des années 2020 une décennie dédiée à la protection du climat, a-t-elle ajouté, appelant à maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C, l'objectif de l'Accord de Paris, signé en 2015.

Svenja Schulze en gros plan sur fond bleu.

La ministre allemande de l'Environnement Svenja Schulze.

Photo : Getty Images

La ministre a concédé que nous ne pourrons pas éviter de nombreux impacts du changement climatique, alors que le rapport pointe déjà du doigt des conséquences irréversibles du phénomène. Nous l'avons déjà vécu en Allemagne, a-t-elle ajouté, faisant référence aux inondations meurtrières qui ont frappé le pays en juillet et qui ont fait au moins 190 morts.

Avec la loi fédérale sur la protection du climat, l'Allemagne a apporté une contribution importante, a souligné la ministre. Le pays a approuvé en mai un nouveau plan climat, plus ambitieux, après que la Cour constitutionnelle a rejeté ses objectifs initiaux, qu'elle considérait comme trop faibles eu égard à l'urgence d'agir.

L'Allemagne prévoit désormais de réduire de 65 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, contre 55 % auparavant, puis de 88 % d'ici 2040, avec la volonté d'atteindre la neutralité carbone en 2045, cinq ans plus tôt que prévu.

Un défi immense selon Paris

Réduire les émissions de gaz à effet de serre est un défi immense qui implique de briser notre dépendance aux énergies fossiles », a réagi pour sa part la ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Face à la menace du réchauffement, la ligne est claire : appliquer pleinement et partout l'Accord de Paris. À la fois pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre et nous adapter à des événements climatiques de plus en plus extrêmes, a déclaré Mme Pompili.

Barbara Pompili tient des documents dans ses mains devant une voiture.

Barbara Pompili est la ministre française de la Transition écologique.

Photo : Getty Images / BERTRAND GUAY

Le défi est immense, car il implique de sortir en une décennie d'une civilisation fondée sur les énergies fossiles depuis plusieurs siècles

Une citation de :Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique

Elle qualifie les travaux des experts de l'ONU de pierre angulaire scientifique sur laquelle fonder nos politiques climatiques.

Ce rapport rappelle à juste titre, une nouvelle fois, l'urgence réelle de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre pleinement en œuvre l'Accord de Paris qui est notre boussole à tous, États, collectivités, société civile, entreprises, ONG pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences, a renchéri le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, appelant tous les États qui ne l'ont pas encore fait à rehausser leurs engagements climatiques.

Le temps d'agir

Le rapport témoigne de l'extrême urgence d'agir maintenant, a réagi le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, estimant qu'il est encore temps d’agir.

Ce n'est pas trop tard pour endiguer la tendance et empêcher un dérèglement incontrôlable du changement climatique, à condition d'agir résolument maintenant et tous ensemble, a insisté le responsable du Pacte vert européen.

Frans Timmerman devant un sigle du drapeau européen.

Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans.

Photo : Getty Images / AFP / Aris Oikonomou

La Commission a proposé mi-juillet un vaste arsenal de mesures destinées à sabrer les émissions européennes de gaz à effet de serre de 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990.

Ce plan tentaculaire – qui associe taxe carbone aux frontières, taxation du kérosène, fin des voitures à essence, mais aussi extension très controversée du marché carbone au transport routier et au chauffage résidentiel – doit désormais être discuté par les États membres et le Parlement européen.

Mais il s'agit d'une crise mondiale : maintenir le réchauffement planétaire à +1,5 degré exige la neutralité carbone à l'échelle mondiale, et un déploiement beaucoup plus rapide des politiques pour y parvenir.

Une citation de :Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne

Tout le monde ensemble

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a déclaré que le monde ne peut plus retarder les mesures ambitieuses en matière climatique.

Ce moment nécessite que les dirigeants mondiaux, le secteur privé et les individus agissent ensemble avec urgence et fassent tout ce qui est nécessaire pour protéger notre planète et notre avenir au cours de cette décennie et au-delà, a-t-il estimé.

Antony Blinken devant un drapeau des États-Unis.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken.

Photo : Associated Press / Saul Loeb

C'est pour cela qu'il est essentiel que tous les pays, et notamment les grandes économies, fournissent leur part d'efforts au cours de cette décennie cruciale des années 2020 pour mettre le monde sur une trajectoire qui conserve la limite de +1,5 °C à portée de main, a affirmé Antony Blinken.

C'est pour cela que les États-Unis se sont engagés à une réduction de 50-52 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport au niveau de 2005 et ont ordonné à toute l'administration fédérale de combattre la crise climatique, a-t-il ajouté, alors que le président Joe Biden a rejoint l'Accord de Paris sur le climat, dont son prédécesseur Donald Trump avait retiré Washington, et a affiché son intention de se poser en leader de la lutte contre le réchauffement.

L'administration Biden a annoncé par ailleurs la mise à disposition de cinq milliards de dollars d'argent public pour aider les États et les collectivités locales à se préparer à des catastrophes majeures liées en particulier à des événements météorologiques extrêmes.

Selon la Maison-Blanche, la fréquence des événements météo extrêmes et des catastrophes liées au changement climatique, et dont le coût dépasse un milliard de dollars, a explosé. Là où les États-Unis comptaient entre 2000 et 2009 en moyenne six désastres majeurs de ce type chaque année, ce chiffre est passé à 13 entre 2010 et 2020.

Le Canada se réchauffe rapidement

Le ministre canadien de l'Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, estime quant à lui que le rapport a une résonnance particulière pour le Canada, puisque le pays se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète.

Certaines régions de l'ouest et du nord du Canada présentent un rythme de réchauffement trois fois supérieur à la moyenne mondiale.

Une citation de :Jonathan Wilkinson, ministre canadien de l'Environnement et du Changement climatique

Jonathan Wilkinson assure que le Canada prend des mesures climatiques agressives pour éviter les pires répercussions causées par les changements climatiques. Il avance d'ailleurs que le gouvernement cherche toujours à se fixer des cibles plus ambitieuses.

La question des solutions au changement climatique sera traitée dans le troisième volet du rapport attendu en mars 2022. Le deuxième volet sur les impacts, prévu en février, montre, lui, en détail comment la vie sur Terre sera inéluctablement transformée d'ici 30 ans, voire plus tôt, selon une version préliminaire obtenue par l'AFP.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, et Reuters

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