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La violence par armes à feu, l’autre crise de santé publique des États-Unis

Plus de 12 000 personnes sont mortes par balle aux États-Unis depuis le début de l’année.

Deux personnes regardent un artiste mettre la touche finale à une œuvre d'art peinte sur un mur.

Une murale a été réalisée pour honorée la mémoire de Nyiah Courtney, 6 ans, qui est morte lors d'une fusillade dans son quartier.

Photo : CBC / Lyzaville Sale

Radio-Canada

Dans les 18 derniers mois de la pandémie, la violence mortelle par armes à feu a explosé, un phénomène qui déchire les communautés racialisées, qui sont touchées de manière disproportionnée par les fusillades.

La Commission nationale sur la COVID-19 et la justice pénale [The National Commission on COVID-19 and Criminal Justice, NDLR] a déterminé que les homicides ont bondi de 30 % en 2020, et que la majorité de ces décès sont attribuables aux armes à feu.

La tendance s’est maintenue cette année : le nombre d’homicides lors du premier trimestre de 2021 a crû de 24 % par rapport à la même période en 2020 et de 49 % comparativement aux trois premiers mois de 2019.

Au total, 19 411 personnes ont trouvé la mort lors de fusillades en 2020, selon la Gun Violence Archive, un organisme sans but lucratif qui agrège des données provenant de 7500 sources. Cette année, on dénombre 12 148 décès survenus dans des fusillades.

Des experts estiment que la hausse de la vente d’armes et l’effritement des services communautaires imputables à la pandémie ont exacerbé la violence.

Sherrie Jones, une résidente de Congress Heights, l’un des quartiers les plus pauvres de Washington D.C., se tient devant une grande murale aux couleurs de l’arc-en-ciel montrant une jeune fille avec les cheveux tressés qui fait un signe de paix avec ses doigts.

Sherrie Jones répond aux questions d'une journaliste.

Sherrie Jones a embauché un artiste pour créer la murale à la mémoire de Nyiah Courtney.

Photo : CBC / Lyzaville Sale

La fille sur le dessin s’appelle Nyiah Courtney, une fillette de 6 ans qui a péri lorsque le conducteur d'une voiture a ouvert le feu pendant qu’elle faisait tout bonnement de la trottinette. Cinq autres personnes ont été blessées, dont les parents de Nyiah.

Des fusillades, ça arrive, mais c’est la première fois que quelque chose comme ça se produit, relate Mme Jones, une amie de la mère de Nyiah. Je suis une mère et je ne peux pas m’imaginer qu’une chose pareille arrive à mon enfant.

« Je veux que ça arrête. Je veux que la police fasse son travail. »

— Une citation de  Sherrie Jones

La fusillade qui a fauché Nyiah le 16 juillet dernier est la première d’une série de trois incidents qui ont secoué la capitale américaine pendant la même semaine. Le lendemain, durant une partie du baseball majeur, des coups de feu ont retenti à l’extérieur du Nationals Park. Trois jours après cet événement, une volée de balles a semé la terreur chez des clients qui profitaient d’une terrasse du quartier branché de Logan Circle.

Des spectateurs s'entassent au banc des joueurs dans un stade de baseball.

Les coups de feu qui ont retenti à l'extérieur du Nationals Park se sont fait entendre à l'intérieur du stade, et certains spectateurs ont pris refuge dans l'abri des joueurs.

Photo : usa today sports / Brad Mills

Depuis mars 2020, Washington a été le théâtre de 900 fusillades qui ont tué plus de 240 personnes, selon le site AmericanViolence.org, qui documente la violence par armes à feu aux États-Unis. C’est un niveau de violence jamais vu dans la capitale en 16 ans.

La crise sanitaire, moteur de violence

La pandémie de COVID-19 a fait croître les disparités économiques dans les grandes villes américaines tout en perturbant le travail des organismes communautaires qui tente de prévenir la violence, note Andrea Headley, une professeure de l’Université Georgetown qui consacre ses recherches sur la race, le crime et la police.

Les gens perdent leur emploi. Ils n’ont plus de temps libre. On constate une augmentation des ventes d’armes à feu et des perturbations qui affaiblissent la communauté et le tissu social, explique-t-elle.

La crise sanitaire a particulièrement nui aux organismes qui interviennent pour prévenir ou remédier à la violence, selon Mme Headley. Et comme la pandémie a eu des effets disproportionnés chez les personnes racialisées, ce sont ces communautés qui ont été les plus touchées par la violence par armes à feu.

« Ce sont des communautés dans lesquelles on a désinvesti et qui ont moins de ressources, alors la violence par armes à feu n’a rien de nouveau pour elles. »

— Une citation de  Andrea Headley, professeure à l’Université Georgetown

Le président Joe Biden a lui-même qualifié la vague de violence par armes à feu d'épidémie en Amérique et son administration a prévu 470 milliards de dollars pour aider les villes à enrayer cette violence.

Les trois quarts de cette somme iront aux forces de l’ordre et aux efforts pour lutter contre le trafic d’armes illégales. Le reste ira à des programmes sociaux, notamment pour aider les jeunes à se trouver un emploi et pour briser le cycle de la violence.

Nyiah Courtney joue sur des structures dans un parc.

Nyiah Courtney n'avait que 6 ans.

Photo : Avec la gracieuseté de la famille Courtney

Selon la professeure Headley, pour réduire la violence, il faudra trouver le bon équilibre.

Nous avons besoin de corps policiers qui protègent et qui servent adéquatement tous les membres de la communauté, tout en investissant dans des options à la police, comme des modèles basés sur la santé publique, souligne-t-elle.

Une violence qui frappe les esprits

À Washington D.C., la violence s’est frayé un chemin jusque dans les quartiers embourgeoisés comme Logan Circle. Une fusillade nocturne le mois dernier a fait deux blessés parmi une foule de clients d’un restaurant et des piétons. Des témoins rapportent avoir entendu une trentaine de coups de feu.

L’événement a eu des échos jusqu’à la conférence de presse quotidienne de la Maison-Blanche, et le chef du service de police s’est rendu sur les lieux de la fusillade.

Caroline Clement et Mike Donnelly, un duo de jeunes professionnels dans la vingtaine, étaient à leur premier rendez-vous dans un restaurant non loin d’où les coups ont été tirés.

Des premiers répondants prennent soin d'une personne blessée étendue sur une civière.

Deux personnes ont été blessées lors de la fusillade de Logan Circle survenue le 22 juillet.

Photo : Igor Bobic/Twitter

On pouvait voir les balles frapper le sol et faire des flammèches, se rappelle Mme Clement. Sur le coup, elle raconte avoir complètement figé jusqu’à ce que son partenaire la prenne par le bras et l’amène dans le restaurant.

Elle a renversé un autre client de l’établissement et en a perdu ses sandales alors qu’elle fuyait la scène. C’est à ce moment qu’elle a vu un homme dont le complet état maculé de sang.

Le piéton qui s’est fait tirer dessus est entré juste après nous, et on voyait la blessure sur son flanc, décrit M. Donnelly. Tout le monde s’est immédiatement porté à son secours pour s’assurer qu’il tenait le coup. C’est là qu’on a vraiment saisi qu’on venait d’assister à une fusillade.

Un peu plus tôt cette année, la mairesse Muriel Bowser a déclaré que la violence liée aux armes à feu constituait une crise de santé publique. En citant la récente flambée de fusillades, elle a demandé 11 millions de dollars pour embaucher 170 nouveaux policiers.

Le président Joe Biden, flanqué à gauche de Muriel Bowser et à sa droite par un policier, prend part à une rencontre autour d'une table.

La mairesse de Washington D.C., Muriel Bowser (à gauche), voulait des fonds pour recruter plus de policiers. Le président Joe Biden (au centre) a annoncé un plan de 470 milliards de dollars, dont une bonne partie ira aux forces de l'ordre.

Photo : Reuters / Leah Mills

Dans une ville où la phrase Black Lives Matter est peinte de manière permanente sur la chaussée, le conseil municipal a refusé d’octroyer toute la somme que réclamait la mairesse. Les élus ont plutôt voté pour que seule la moitié de cet argent soit destinée à l’embauche de policiers et que l’autre serve à financer des programmes sociaux.

À Congress Height, J.R. Jones, qui se décrit comme un défenseur de la communauté, ne croit pas que plus de policiers pourront mettre un terme à la violence. Il aimerait voir plus d’agents à pieds ou à vélo, mais il doute qu’une telle chose arrive.

Il habite Washington depuis trois décennies, et on peut souvent l’apercevoir à l’extérieur du magasin près duquel Nyiah est morte.

Ils se pointent pour les caméras, mais ils ne protègent pas réellement, note M. Jones en montrant du doigt une voiture de police stationnée un peu plus loin dans la rue.

Les policiers ont aussi des familles. Ils veulent rentrer à la maison […] ils ne vont pas pourchasser des gars parce qu’ils ont ouvert le feu ici.

Avec informations de Judy Trinh de CBC

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