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Les terrasses sur rue de l'ère COVID-19, un frein à l'accessibilité des handicapés

Deux femmes assises à la terrasse d'un café aménagée dans une rue de Toronto.

Les terrasses aménagées sur rues posent des défis pour les personnes handicapées, selon plusieurs associations.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Radio-Canada

Plus de 16 mois après le début de la pandémie de COVID-19, les Canadiens handicapés affirment que de nombreuses terrasses de restaurants et de bars, qui ont été agrandies sur les rues et les trottoirs pour créer plus de sièges à l'extérieur, leur restent inaccessibles.

Un constat qui pénalise à la fois les personnes handicapées, mais aussi les commerces, selon eux.

David Lepofsky, professeur de droit et président de l'Alliance de la Loi sur l'accessibilité pour les personnes handicapées de l'Ontario (LAPHO), explique que ces patios élargis posent deux défis. Le premier est que les patios eux-mêmes sont souvent inaccessibles pour les personnes ayant des problèmes de mobilité, une perte de vision ou une perte auditive. L'autre est qu'ils rendent aussi parfois les trottoirs et les rues inaccessibles.

Les bars et les restaurants à travers le Canada ont étendu leur capacité d’accueil à l'extérieur en réponse aux restrictions provinciales interdisant le service en intérieur. Des restrictions mises en place pour limiter la transmission du virus.

Forcé de marcher dans la circulation

M. Lepofsky, atteint de cécité, raconte qu'à Toronto, il a déjà été forcé de marcher dans la rue parce qu'il n'y avait pas assez d'espace pour maintenir la distanciation physique sur le trottoir en raison de la place occupée par une terrasse.

Portrait d'un homme âgé aux yeux bleus.

David Lepofsky, président de l'Alliance AODA à Toronto, dit qu'il a déjà dû s'engouffrer dans la circulation pour franchir une terrasse de trottoir.

Photo : CBC/Tina Mackenzie

Personne ne veut vraiment marcher dans la circulation. Et si vous êtes une personne aveugle, vous ne voulez surtout pas marcher dans la circulation, lance-t-il.

Le guide de Toronto pour les patios comprend une liste d'exigences en matière d'accessibilité, notamment l’obligation de laisser un passage de 2,1 m pour les piétons, de respecter les règles d'accessibilité de la ville et les règles de la province en vertu de la LAPHO et que les terrasses disposent d’une barrière afin que les personnes qui utilisent des cannes blanches puissent passer en toute sécurité.

L'hiver dernier, le personnel de la Ville s'est engagé à améliorer les exigences du guide en incluant les commentaires de la communauté de l'accessibilité et en rencontrant le comité consultatif sur l'accessibilité de Toronto, a déclaré la porte-parole de la Ville de Toronto, Deborah Blackstone, dans un courriel à CBC News.

Les membres du public sont encouragés à contacter le 311 s'ils constatent qu'un espace public a été obstrué ou bloqué, afin que le personnel de la Ville puisse intervenir dans les plus brefs délais.

Une expérience très frustrante

Mais M. Lepofsky rapporte que ces passages à côté des terrasses de rue ne sont souvent pas assez grands pour permettre une distanciation sociale et que les règles existantes en vertu de la LAPHO sont insuffisantes.

Il soutient que les exigences pour les nouvelles structures en vertu du Code du bâtiment de l'Ontario ou de la LAPHO sont inadéquates et le sont depuis longtemps.

Et il ne semble pas y avoir d'application municipale pour garantir qu'il existe un chemin de déplacement sûr et accessible autour du patio, regrette-t-il.

Pour sa part, Lee Pigeau, directeur exécutif national de l'Association des malentendants canadiens, explique que manger sur une terrasse peut être très frustrant pour les personnes malentendantes.

Les personnes qui lisent sur les lèvres ont déjà du mal à communiquer, car tout le monde porte des masques, et les terrasses de rues ajoutent des distractions supplémentaires avec le bruit de la circulation, avance-t-il.

« Vous avez de la musique et des bruits de tous les côtés, ce qui rend la communication très difficile. »

— Une citation de  Lee Pigeau, directeur exécutif national de l'Association des malentendants canadiens

Perte de clients

Au Nouveau-Brunswick, où les taux d'invalidité sont plus élevés que les niveaux nationaux, les normes d'accessibilité pour les patios-trottoirs sont inadéquates, déclare Haley Flaro, directrice générale de Capacité Nouveau-Brunswick.

Haley Flaro souriante face à l'appareil photo.

Haley Flaro travaille auprès de personnes à mobilité réduite. Elle est directrice générale de Capacité Nouveau-Brunswick à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

À Fredericton, où habite Mme Flaro, la ville énumère deux exigences d'accessibilité dans sa demande pour les terrasses-trottoirs : elles doivent être accessibles aux fauteuils roulants et laisser, là aussi, un passage de deux mètres à côté de la terrasse lorsque cela est possible.

Mais elle soutient que ce n'est pas suffisant, car il n'y a souvent pas assez de place pour déplacer un fauteuil roulant entre les tables, et les tables elles-mêmes peuvent ne pas être assez hautes pour que les fauteuils roulants puissent passer en dessous.

Lorsqu'un commerce ouvre ou agrandit sa terrasse et que celle-ci n'est pas accessible, elle perd dès le départ environ 12 % de sa clientèle, au Nouveau-Brunswick, explique Mme Flaro. Nous savons donc que l'accessibilité est bonne pour beaucoup de choses et que les affaires en font partie.

Les porte-parole de la Ville de Fredericton n'ont pas répondu à notre demande de commentaires.

Un problème plus important

Victoria Levack, une habitante de Halifax, utilise un fauteuil roulant électrique. Elle est aussi porte-parole de la coalition des droits des personnes handicapées de la Nouvelle-Écosse et présidente de la Ligue de la Nouvelle-Écosse pour l'égalité des chances.

Il y a des moments où je ne peux pas passer [les terrasses des trottoirs]. Je ne peux pas physiquement, déplore-t-elle.

Tout comme David Lepofsky, elle considère que les patios ne sont qu'un petit élément d'un problème plus important : les villes canadiennes ne sont pas assez accessibles pour les personnes handicapées.

Avec les informations de CBC News

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