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Chronique

Passeport vaccinal : le milieu culturel solidaire mais inquiet

Une femme assise dans un aéroport vérifie son passeport de vaccination de la COVID-19 sur son téléphone, tout en tenant un masque et une carte d'embarquement.

Le passeport vaccinal entrera bientôt en vigueur au Québec.

Photo : iStock

Fanny Bourel

Si l’annonce de la mise en place prochaine d’un passeport vaccinal au Québec, faite jeudi par le premier ministre François Legault, est accueillie positivement par une partie du milieu culturel, elle soulève aussi des inquiétudes et de nombreuses interrogations.

On est favorables à l’instauration d’un passeport vaccinal, on le demandait, car c’est une façon d’accroître l’achalandage, a réagi Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI).

Le passeport vaccinal plutôt que la fermeture

L’instauration de ce dispositif, déjà décidée par plusieurs pays, comme la France et l’Italie, ainsi que par la ville de New York, était également souhaitée par Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde. Avec l’arrivée du variant Delta, elle voit dans le passeport vaccinal un moyen d’éviter une nouvelle fermeture des salles de spectacle.

C’est la solution à adopter pour la survie de nos théâtres, pour leur santé financière, pour permettre aux artistes de rencontrer le public et pour sauvegarder l’art vivant.

Une citation de :Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du TNM

Il n’y a pas d'autre choix que la vaccination pour contrer la quatrième vague, il faut être solidaires, a ajouté celle qui y voit une responsabilité collective.

David Laferrière, président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU ainsi que directeur général et artistique du Théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme, préfère lui aussi se faire imposer un passeport vaccinal plutôt que de voir les salles fermer une autre fois. Peut-être que cela va aussi permettre aux gens de se sentir en sécurité dans les salles et d’y revenir, précise-t-il. On est favorables à toutes les mesures qui peuvent nous faire passer à travers cette pandémie.

À la rentrée, les personnes employées par le Théâtre Gilles-Vigneault qui sont en contact avec la clientèle devront avoir reçu deux doses de vaccin.

Ce qui [nous] importe, c’est la sécurité des employés et des visiteurs, a pour sa part mentionné, par courriel, le Musée national des beaux-arts du Québec. Nous veillerons à nous conformer aux directives de la Direction de la santé publique afin de poursuivre cet objectif premier, soit de faire vivre une expérience muséale agréable et sécuritaire à tous.

Du côté du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), son président, Patrick Kearney, qui est aussi à la tête du festival Santa Teresa, se dit à l’aise avec le contrôle des passeports sanitaires en tant que directeur de festival, mais moins en tant que président du REFRAIN.

C’est tellement polarisant, ce débat. Ça va être difficile comme regroupement d’imposer ça aux autres festivals, chaque organisation décidera, a-t-il expliqué. Si c’est la seule façon pour présenter un festival, je pense que la majorité des festivals vont embarquer.

Un potentiel casse-tête logistique

Pour le moment, Québec n’a donné aucun détail concernant le futur passeport vaccinal. Ses modalités d’application devraient être annoncées dans les prochains jours. En attendant, le milieu des arts vivants s’interroge, notamment en ce qui concerne l’aspect logistique.

Le passeport vaccinal s’étendra-t-il au personnel des lieux culturels? La vérification se fera-t-elle au moment de l’achat des billets ou sur place? Dans ce dernier cas, faudra-t-il rembourser une personne qui aurait oublié sa preuve vaccinale? Les scanneurs utilisés pour vérifier la validité des billets pourront-ils aussi reconnaître les codes QR ou les organisations culturelles devront-elles s’équiper en machines?

On comprend la mesure, même si on espérait être épargnés. On va faire notre part, mais on apprécierait que nos réalités soient bien prises en compte, souligne Frédéric Lagacé, directeur général du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ). Il va nous falloir des consignes d’application claires.

Les musées feront ce qu’il leur sera demandé, mais quel sera l’impact sur les musées qui manquent de personnel et qui font face à des difficultés financières? se demande Danielle Bergeron, directrice générale de Musées Montréal, qui rappelle que ces établissements sont des lieux sécuritaires dans lesquels aucune éclosion de COVID-19 n’a été enregistrée.

Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), partage cette interrogation et craint que la mise en place du passeport vaccinal se traduise par « des insatisfactions au sein de la clientèle ou de la congestion à la billetterie ».

Il espère que les règles resteront souples pour les groupes venant des écoles secondaires et pour les touristes arrivant de l’étranger ou de l’Ontario, car cette clientèle est importante pour les musées.

La crainte de devoir faire la police

Autre question que se pose le milieu culturel : faudra-t-il aller jusqu’à vérifier l’identité des spectateurs et spectatrices afin de s’assurer que leur passeport vaccinal est bien le leur?

On n’a pas envie de jouer à la police, résume Lorraine Pintal.

C’est encore une étape supplémentaire, c’est malaisant, renchérit Patrick Kearney.

En France, plusieurs médias ont signalé une baisse de fréquentation des cinémas à la suite de l’instauration du passeport sanitaire.

On craint que cela ait une incidence négative sur la vente des billets.

Une citation de :Frédéric Lagacé, directeur général du ROSEQ

Ce dernier espère que la modalité de calcul de l’aide financière lancée par Québec pour compenser les pertes de billetterie causées par la capacité d’accueil plus réduite des salles sera ajustée afin de compenser également les possibles manques de revenus engendrés par l’obligation du passeport vaccinal.

Une baisse de fréquentation n’est pas impossible, mais le bien commun et notre capacité de passer à travers la pandémie comptent plus que cette baisse, nuance de son côté David Laferrière.

Des tensions avec le public?

Dernière inquiétude pour une partie du milieu culturel : devoir gérer d'éventuelles tensions causées par une polarisation entourant le passeport vaccinal et plus généralement la vaccination.

Il y a la crainte que les employés ou les bénévoles se fassent insulter, traiter de moutons, par exemple, explique David Laferrière.

La manière dont le gouvernement québécois gérera l’arrivée du passeport vaccinal sera donc scrutée avec grande attention par le secteur des arts.

Si les mesures d’application sont claires, cohérentes et bien communiquées au grand public, cela devrait être bien compris et éviter des tensions, pense Frédéric Lagacé.

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