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Le passeport vaccinal, outil de prévention ou de marginalisation?

Un couple danse le swing dans un studio entouré d'autres danseurs qui tapent des mains.

L'instauration prochaine du passeport vaccinal au Québec permettra-t-elle un retour à la normale?

Photo : Alex Rodionov

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Annoncée jeudi, l'instauration prochaine du passeport vaccinal au Québec soulève de nombreuses questions, le gouvernement n’ayant pour le moment donné aucun détail sur l’utilisation qui en sera faite. Alors que des juristes s’attendent déjà à des contestations, des spécialistes de la santé considèrent que cette mesure est essentielle pour permettre un retour à la normale.

Avec pour objectif de faire augmenter le taux de vaccination, l’annonce a déjà eu des répercussions en ce sens. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a indiqué vendredi matin sur Twitter que 11 519 Québécois avaient pris un rendez-vous pour recevoir une première dose de vaccin jeudi, soit le double des journées précédentes.

Ce regain d’intérêt pour la vaccination devra se maintenir, estime Roxane Borges Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Elle juge que l’ensemble de la population devrait contribuer à l’effort collectif pour éviter de conduire le Québec dans une crise sanitaire encore plus grave que ce que l’on a connu jusqu’à maintenant.

La liberté individuelle de chacun s'arrête quand les actions des individus ont un effet sur la population. Or, en refusant la vaccination, les personnes qui la refusent mettent à risque les personnes qui sont vaccinées ou les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées pour des raisons médicales ou des questions de santé, déclare-t-elle.

Lalaking naglalakad na naka-mask sa tabi ng sign na nagsasabing COVID-19 vaccination.

Sinabi ni Premier François Legault na ang vaccine passport system ay pahihintulutan ang probinsya na iwasan ang malawakang closures bilang tugon sa pandemya.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Même si la baisse des cas que l’on a observée durant la saison estivale peut amener à minimiser les risques qu'entraîne la COVID-19, ils sont toujours bien réels, souligne pour sa part le Dr Karl Weiss, chef de la Division des maladies infectieuses de l'Hôpital général juif de Montréal.

On sait que la COVID-19 n’est plus une pandémie, c’est rendu une endémie. C’est-à-dire qu’à l’échelle planétaire, on risque d’être pris avec ce problème pendant encore des années pour une raison très simple : 80 % de la planète n’est pas encore vaccinée ou quasiment pas, explique-t-il.

On voit que les variants émergent de pays où il existe de la surpopulation, des conditions sociosanitaires limites et pas de vaccins. Ces variants-là vont continuer. Ça veut dire qu’on va être pris avec des phases de variants, qui vont arriver dans notre environnement et qui risquent d’avoir un impact sur notre vie de tous les jours, poursuit-il.

« La quatrième vague pour moi n’est pas une surprise, et la cinquième ne sera pas non plus une surprise. »

— Une citation de  L'infectiologue Karl Weiss

Le spécialiste suggère donc d’utiliser la vaccination comme un outil qui permettra d’éviter les hospitalisations et d’avoir une vie presque normale.

Regardez les États-Unis. Le risque d’y être hospitalisé est 25 fois plus petit chez les vaccinés que chez les non-vaccinés. Et on voit qu’au Québec, dans les chiffres qu’on a pour juillet, le risque est à peu près de 12 fois moindre chez les vaccinés, illustre-t-il.

Quant aux impacts sur la vie sociale, ils peuvent être grandement minimisés grâce à une couverture vaccinale généralisée, ajoute-t-il.

Si on est capable d’avoir une vaccination très élevée, il y aura peu de problèmes à faire retourner tout le monde à l’école, à faire tourner les usines, à avoir des partys de Noël. […] [Mais] on ne sera pas capables de voyager comme avant, on va garder les masques pour certaines activités, pense-t-il.

Accentuer la marginalisation de certains

L’avocat en droit constitutionnel Nicolas Rouleau s’inquiète de son côté de la marginalisation que le passeport vaccinal pourrait entraîner.

Les gens qui veulent le moins se faire vacciner sont généralement des individus plus pauvres et moins éduqués. On risque donc de les marginaliser encore plus, dit-il.

Me Rouleau se dit assuré que cette idée de passeport vaccinal entraînera des démarches devant les tribunaux, pour des raisons discriminatoires ou parce qu’il enfreint le droit à la vie privée.

Est-ce que cela va créer un juste équilibre entre les droits à la liberté des individus et à l’intégrité corporelle et du contrôle sur leurs soins de santé, versus le droit social de vouloir une société qui est en santé et où on réussit à combattre la COVID?, se demande-t-il.

L'avocat se questionne également sur la façon dont seront gérées les dérogations à ce passeport, puisque, en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, il y aura toujours des dérogations raisonnables pour raison de conscience, religion, maladie ou handicap.

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