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Analyse

Vaccination obligatoire : le NPD change sa position et présente ses excuses

« J'ai eu tort », confesse la cheffe Andrea Horwath, moins de 24 heures après avoir prôné le libre choix pour les enseignants et les travailleurs de la santé.

Healthcare providers with Unity Health Toronto administer the Pfizer-BioNTech COVID-19 vaccine at a one-day pop-up clinic in the Eaton Centre mall, in Toronto, on July 27, 2021.

La campagne de vaccination progresse, mais à un rythme plus lent depuis le début du mois de juillet. L'Ontario veut que 75 % des 12 ans et plus aient eu leurs deux doses de vaccin pour déconfiner davantage.

Photo : CBC/Evan Mitsui

La vaccination devrait-elle être un prérequis pour les fonctionnaires provinciaux qui travaillent auprès du public, notamment les enseignants et les professionnels de la santé? La question a divisé les partis politiques ontariens cette semaine et a déstabilisé le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Mercredi, la cheffe de l'opposition officielle défendait le droit de refuser la vaccination contre la COVID-19 au nom des droits et libertés. Elle préférait la persuasion à la coercition. Contrairement [au chef libéral] Steven Del Duca, je ne prends pas à la légère les droits protégés par la charte, lançait Andrea Horwath en entrevue sur le réseau CBC­.

Le chef libéral Steven Del Duca ne souhaite pas que les travailleurs non vaccinés perdent leur emploi. Il propose plutôt de les assigner à d'autres tâches qui n'impliquent pas un contact direct avec le public.

Le chef libéral Steven Del Duca ne souhaite pas que les travailleurs non vaccinés perdent leur emploi. Il propose plutôt de les assigner à d'autres tâches qui n'impliquent pas un contact direct avec le public.

Photo : Radio-Canada

La cheffe et sa formation sont aussitôt devenues la cible des attaques libérales. Point de presse, communiqués, messages relayés sur les réseaux sociaux, l'équipe libérale n'a pas manqué une seule occasion de rappeler les propos choquants et anti-science du NPD. Le chef Steven Del Duca y est même allé de quelques amalgames entre le gouvernement et l'opposition officielle, les accusant entre autres de courtiser les électeurs qui hésitent à se faire vacciner. 

C'est le triste spectacle d'Andrea Horwath et du NPD qui s'associent à Doug Ford et aux conservateurs pour essayer d'apaiser cet élément anti-vaccination qu'il y a dans la société, a expliqué Steven Del Duca. 

« J'en suis venu à m'attendre à un niveau bas de la part de Doug Ford, mais je ne m'y attendais pas d'Andrea Horwath et c'est vraiment dommage. »

— Une citation de  Steven Del Duca, chef libéral

Derrière ces attaques des libéraux se cache un calcul politique, selon Peter Graefe, politologue à l'Université McMaster : Pour un parti en 3e place, de prendre une position très populaire, qui se démarque des autres partis, ça fait du bon sens. Le libéral Steven Del Duca montre ainsi ses couleurs et se présente comme une alternative au gouvernement Ford, ce qui peut aider sa notoriété.

Un homme portant des lunettes.

Le politologue Peter Graefe.

Photo : Radio-Canada

« C'est une manière assez claire de se démarquer du gouvernement de M. Ford et de se mettre du côté de la majorité. »

— Une citation de  Peter Graefe, politologue, Université McMaster

Depuis l'arrivée des premières livraisons de vaccins au Canada, la position du premier ministre Doug Ford n'a pas changé : il n'a pas l'intention de forcer quiconque à rouler ses manches pour obtenir une dose.

Son gouvernement a aussi confirmé que les élèves admissibles à la vaccination qui fréquentent une école publique ne seront pas obligés d'être complètement immunisés avant de retourner en classe. Le premier ministre a été clair : nous n'imposerons pas l'exigence de la vaccination pour les écoles et pour le personnel à ce stade-ci, répétait le ministre de l’Éducation plus tôt cette semaine.

Lors d'un point de presse, le ministre de l'Éducation de l'Ontario Stephen Lecce a dû défendre la position du gouvernement de ne pas rendre la vaccination contre la COVID-19 obligatoire dans les écoles en septembre.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario Stephen Lecce a dû défendre la position du gouvernement de ne pas rendre la vaccination contre la COVID-19 obligatoire dans les écoles en septembre.

Photo : Radio-Canada

Pourtant, le gouvernement ontarien exige déjà que les élèves qui fréquentent une école publique soient vaccinés contre neuf maladies, notamment la rougeole et les oreillons. Le site web de la province souligne d'ailleurs que les enfants qui ne sont pas vaccinés ont un risque accru de maladies. Lors d’une flambée épidémique, il se peut qu’ils soient retirés de l’école.

La position initiale du NPD a suscité beaucoup de réactions et a même semblé créer le malaise au sein même du parti. Dans un message Twitter depuis supprimé, le député fédéral néo-démocrate Charlie Angus a qualifié la sortie d'Andrea Horwath sur la vaccination d'idiotie. Il affirmait aussi avoir contacté le parti pour les encourager à se rétracter.

La chef de l'opposition officielle de l'Ontario, Andrea Horwath, les bras au ciel, en conférence de presse.

La cheffe de l'opposition officielle de l'Ontario, Andrea Horwath

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

En fin milieu de journée jeudi, la cheffe faisait son mea culpa. 

« Je regrette le commentaire. J'ai eu tort. »

— Une citation de  Andrea Horwath, cheffe du NPD ontarien

Le NPD a changé de camp et appuie maintenant l'obligation pour certains fonctionnaires d'obtenir deux doses du vaccin, sans quoi ils pourraient être affectés à d'autres tâches. Il est temps de s'assurer que chaque professionnel de l'éducation et de la santé bénéficie de la protection d'un vaccin, a indiqué la cheffe Horwath. 

Pour Peter Graefe, c'est le lien historique entre les syndicats et le NPD, qui a probablement influencé la position initiale du parti sur la vaccination. Je pense que ça s'explique dans la volonté de ne pas s'immiscer dans certaines affaires syndicales. [...] C'est peut-être une loyauté envers certains groupes importants à l'intérieur du parti, dit le politologue. À moins d'un an des prochaines élections, les néo-démocrates voulaient probablement éviter de se mettre à dos de puissants syndicats. 

Un homme emplit une seringue à partir d'une fiole de vaccin.

En date du 5 août, plus de 19 710 000 doses d'un vaccin contre la COVID-19 avaient été administrées en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Jusqu'à présent, les principaux syndicats d'enseignants s'opposent à la vaccination obligatoire pour leurs membres, alors que l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario appuie l'idée.

L'offensive des libéraux cette semaine sur la question de la vaccination laisse présager une lutte de tous les instants d'ici au prochain scrutin. Les partis d'opposition devraient se faire la vie dure, alors qu'ils essaieront de se distinguer et de se présenter comme alternative crédible aux progressistes-conservateurs.

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