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Une 3e dose contre la COVID-19 sera-t-elle nécessaire?

Des données indiquent que l'immunité conférée par deux doses de vaccin commence à diminuer quelques mois après leur administration.

Une fiole de vaccin.

Moderna teste actuellement un vaccin qui protégerait contre la COVID-19 et plusieurs variants de l'influenza.

Photo :  CBC / Robert Short

Si des pays comme Israël et l’Allemagne ont déjà commencé à administrer une troisième dose de vaccin à certaines tranches de leur population, au Canada, les experts estiment qu'il est trop tôt pour leur emboiter le pas, si ce n'est pour les personnes vulnérables.

N'empêche qu'avec le temps l'efficacité du vaccin diminue, et une telle avenue doit être envisagée.

Données à l'appui (Nouvelle fenêtre), la pharmaceutique Pfizer-BioNTech affirmait récemment que l’efficacité globale de deux doses reçues diminue de 91 % à 84 % après six mois et suggérait donc une troisième dose.

Moderna a pour sa part déclaré jeudi que l’efficacité globale de son vaccin se maintenait à 93 % jusqu'à six mois après la deuxième dose, mais qu'un rappel serait probablement nécessaire avant l'hiver.

De plus, Israël, qui a été l’un des premiers à vacciner massivement sa population, a observé que l’immunité semble diminuer quelques mois après la deuxième dose.

Pour l’instant, le gouvernement du Canada ne recommande pas encore une troisième dose, mais affirme surveiller les données internationales.

Selon le Dr David Fisman, professeur à l'École de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto, il est encore difficile d’évaluer la durée maximale de l’immunité conférée par deux doses du vaccin contre la COVID-19.

C’est un nouveau virus et de nouveaux vaccins, rappelle-t-il. De plus, chaque pays a commencé à vacciner sa population à des moments différents; certains ont choisi des délais différents entre chaque dose. Donc, ça peut avoir un effet sur l'immunité. Mais il y a des signes venant d’ailleurs qu’il faut surveiller. Si on voit que ça [l’immunité] diminue là-bas, on peut s’attendre à des résultats similaires ici.

Le Dr Fisman rappelle que les troisièmes doses ne sont pas rares dans d'autres campagnes de vaccination; elles sont notamment nécessaires pour l’hépatite B et le VPH.

Donc, il ne serait pas surprenant qu’une troisième dose soit nécessaire pour ce virus.

Une citation de :Le Dr David Fisman, de l'École de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto

Cependant, le Dr Fisman, tout comme Benoît Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM, croit qu’il est encore trop tôt pour envisager de donner une troisième dose à tous les Canadiens.

Que dit la science?

Selon le Dr Fisman, il ne faut pas s’inquiéter pour l’instant si on a reçu ses doses il y a plusieurs mois. La protection du vaccin demeure très efficace, précise-t-il.

On n’arrive pas à six mois et pouf! l’immunité est partie. Vous aurez encore une mémoire immunitaire. Et c’est cet élément qui est le plus important, dit-il, en précisant qu’il est tout à fait normal que le nombre d’anticorps diminue au fil du temps.

Si notre corps conservait tous les anticorps produits après chaque infection qu’on a pendant notre vie, notre sang ne serait composé que d’anticorps. Il n’y aurait même plus de place pour les globules rouges! souligne le Dr Fisman. Donc, le fait que les anticorps diminuent dans le temps, c’est une réponse immunitaire tout à fait normale.

Selon les données de vaccination ontariennes, l’immunité semble diminuer 150 jours après la deuxième dose, ce qui concorde avec l’expérience d’Israël et les données de Pfizer, dit le Dr Fisman. Le problème, c'est que la majorité des Canadiens ne sont pas vaccinés depuis longtemps, donc nous n’avons pas toutes les données.

Benoît Barbeau abonde dans le même sens : il est encore trop tôt pour se positionner. Rappelons que les premiers vaccins ont été administrés il y a moins d’un an. De plus, l’arrivée du variant Delta – contre lequel les vaccins sont un peu moins efficaces – complique la situation.

Le Dr Fisman indique que, sur les 10 millions d’Ontariens vaccinés, 17 000 ont été infectés, soit 0,17 % des cas. Au Québec, 6 % des nouveaux cas depuis les huit dernières semaines avaient reçu deux doses de vaccin.

C’est trop peu pour commencer à donner une troisième dose à tous les Canadiens, dit-il. Ce n’est pas un gros problème en ce moment. Et on remarque que les gens qui sont infectés peuvent l’être après deux semaines, mais c’est généralement dans les premières semaines après la vaccination.

Oui, une troisième dose amplifierait la réponse immunitaire, dit Benoît Barbeau. Ça donnerait un coup de pouce aux cellules et aux soldats qui sont déjà disponibles. Mais il ne croit pas que les « résultats seraient fracassants.

De plus, ce coup de pouce ne susciterait pas une plus grande diversité de la réponse immunitaire, dit-il. Ces vaccins ont été conçus en fonction de la souche originale et fonctionnent contre les variants. Or, si un nouveau variant échappe au vaccin, la troisième dose devient un peut inutile, dit le professeur Barbeau.

Si on arrive avec un autre variant qui est plus résistant, la stratégie de la 3e dose ne sera plus valable. Il serait plus valable d’avoir un vaccin adapté à ce variant.

Une citation de :Benoît Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM

Heureusement, ajoute-t-il, grâce à la technologie de l’ARN utilisée par Pfizer-BioNTech et Moderna, les vaccins sont hautement flexibles et peuvent être adaptés en quelques semaines, en fonction des nouvelles mutations du virus.

J’aimerais mieux qu’on attende que la troisième dose soit disponible en fonction de l'émergence d’un nouveau variant, résume le professeur Barbeau.

Offrir une troisième dose aux plus vulnérables

Une infirmière injecte un vaccin dans le bras d'un homme âgé.

Yehuda Widawski, 102 ans, reçoit sa troisième dose du vaccin contre la COVID-19 à Tel-Aviv.

Photo : Reuters / NIR ELIAS

Par contre, il est envisageable d’offrir plus rapidement une troisième dose aux personnes les plus vulnérables, soit les aînés et les personnes immunosupprimées. D’ailleurs, c’est ce que font entre autres l’Allemagne et Israël.

Plusieurs facteurs sont en cause.

D'abord, les aînés du Canada sont vaccinés depuis plus longtemps que les jeunes. Puisque l'immunité diminue avec le temps, les aînés auront probablement besoin d'une troisième dose avant bien des Canadiens, dit le Dr Fisman.

De plus, chez ces personnes, le système immunitaire est moins efficace, et elles seraient plus sujettes à une infection.

Le Dr Fisman explique que, chez les aînés, la réponse immunitaire conférée par un vaccin est toujours moins grande que chez les jeunes. C’est le phénomène de l'immunosénescence, explique-t-il. Quand on vieillit, notre système immunitaire est moins efficace. On le voit, par exemple, avec les vaccins de l’influenza.

Enfin, un plus long délai entre la première et la deuxième dose semble augmenter la durée de l'immunité d'une personne. Par contre, le délai entre les doses chez les aînés au Canada était généralement plus court que chez les jeunes, un autre facteur qui réduit la durée de leur immunité, ajoute le Dr Fisman.

Je ne crois pas qu’il faille précipiter une troisième dose pour la population générale. Ça n’aurait pas un impact suffisant. Il faut miser sur ceux qui en bénéficieraient le plus, souligne quant à lui le professeur Barbeau.

Il ajoute que donner deux doses de vaccin à l'ensemble de la population est aussi une façon indirecte de protéger les plus vulnérables.

Offrir des doses aux autres pays

Enfin, si les pays comme le Canada ont suffisamment de vaccins pour commencer à administrer une troisième dose, plusieurs experts estiment qu’il vaut mieux partager ses réserves avec les pays qui n’y ont pas accès.

On a eu la chance, au Canada, de bénéficier d’une bonne quantité de vaccins. Ailleurs, l’enjeu est plus important; c’est là où l’on devrait mettre l’accent, croit le Dr Barbeau.

D’ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé à un moratoire sur les doses de rappel jusqu'à fin septembre. En ce moment, 15 % de la population mondiale a reçu deux doses de vaccin. Toutefois, sur les 4 milliards de doses injectées dans le monde, 80 % sont allées à des pays à revenu élevé ou moyen supérieur.

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