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Les Libanais de l’Alberta toujours hantés par l’explosion

Le drapeau libanais flotte sur le site de l'explosion au port de Beyrouth.

Le Liban vit une grande crise économique, politique et sociale qui a été exacerbé par les deux puissantes explosions dans le port de Beyrouth, le 4 août 2020.

Photo : AP / Hassan Ammar

Un an après l’explosion qui a ravagé une partie de la ville de Beyrouth, le 4 août 2020, la diaspora libanaise en Alberta a du mal à tourner la page.

Serge Nader se souvient de cette journée fatidique comme si c’était hier. Ce chercheur postdoctoral en chimie à l’Université de l’Alberta travaillait dans son laboratoire lorsque son téléphone s’est mis à sonner sans arrêt.

Sur le groupe WhatsApp de ma famille, j'ai vu plein de vidéos de l’explosion et le dernier message qu’il y avait disait : ''Ne t’en fais pas, on n’a rien, la maison va bien, on n’aura plus de connexion'', raconte Serge, qui vit à Edmonton depuis presque deux ans.

Je suis devenu fou. J’ai tout laissé tomber et j'ai essayé de les contacter, mais je n'y arrivais pas. [...] C’est la journée où je me suis senti le plus impuissant, ajoute-t-il.

Observer de loin

Si sa maison, située à une dizaine de kilomètres du port de Beyrouth, où a eu lieu l’explosion, n’a subi que des dommages mineurs, Serge ne peut pas en dire de même de la santé financière et mentale de ses proches.

Depuis près de deux ans, le Liban est plongé dans sa pire crise économique depuis des décennies. Les Libanais font face à des restrictions bancaires radicales et n’ont presque plus accès à leur compte en banque sans compter que la livre libanaise a perdu plus de 80 % de sa valeur.

La mince retraite de la mère de Serge est passée de 1200 $ par mois à 200 $ par mois alors que le salaire mensuel de sa sœur n’est plus que de 70 $.

Serge Nader et sa famille dans les montages.

Serge Nader et sa famille en voyage.

Photo : Serge Nader

Il dit que la vie de sa famille est maintenant rythmée par les pénuries d'essence et les visites au supermarché où il est de plus en plus difficile de se procurer les produits de base.

Ma mère me dit qu’elle ne peut pas s’acheter un litre de lait. On n’a jamais été riche, mais on n’a jamais été pauvre et on a toujours eu assez d’argent pour s’acheter du lait.

C’est dur de leur parler sans montrer le contraste qu'on vit ici. Il faut leur remonter le moral, mais ça devient de plus en plus dur, dit-il.

Je vois comment ils essaient de souffrir en silence

Une citation de :Serge Nader, expatrié libanais à Edmonton

Espoir perdu

Selon lui, l’explosion au port de Beyrouth a déclenché une spirale vers l’enfer et fait perdre espoir à beaucoup de Libanais.

Les gens, après une dépression chronique de presque 50 ans, ils n’ont plus le souffle pour combattre et essayer de faire quelque chose, dit-il.

Mercredi, des milliers de Libanais ont pris d’assaut les rues de Beyrouth pour crier leur colère envers les dirigeants du pays, qu’ils accusent de bloquer l'enquête sur le drame.

C’est comme si l'on avait franchi un nouveau seuil. On savait tous que c'était corrompu, que la vie était difficile, mais on trouvait toujours des solutions. [Maintenant] c’est comme le désespoir complet avec peut-être une petite flamme qui fait qu’on essaie de changer et de survivre quand même, dit-il.

Pire que la guerre

Pour Vivian Abboud, une expatriée libanaise vivant à Edmonton, le souvenir du 4 août suscite toujours de vives émotions. Au téléphone, elle éclate en sanglots dès l’évocation de l’explosion.

Vivian Abboud et ses deux enfants sur une terrasse avec une vue sur des montagnes derrière eux.

Vivian Abboud et ses deux enfants en voyage au Liban.

Photo : Vivian Abboud

C'est si difficile de voir notre pays d’origine démoli. C’est une explosion monstre qui a détruit la vie de nombreux Libanais, dit-elle en essayant de retenir ses larmes.

Beyrouth était la perle de la Méditerranée

Une citation de :Vivian Abboud, expatriée libanaise à Edmonton

Installée en Alberta depuis 25 ans, elle a vécu une partie de la guerre civile libanaise et retourne régulièrement au Liban. Selon elle, la situation actuelle est pire que les années de guerre qu’elle a connues.

On se cachait dans des abris et il y avait des bombes [mais] on savait qu’à un moment donné il y aurait la paix. [...] Mais maintenant, qui va aider les Libanais?, se demande-t-elle.

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