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D’anciens employés dénoncent une mauvaise gestion au Centre Wabano

Portrait de l'édifice. Son architecture comprend de la brique et du verre avec des formes arrondies, rappelant des vagues.

D'anciens employés du Centre Wabano, une clinique de soins de santé pour autochtones à Vanier, dénoncent la mauvaise gestion de la direction (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Radio-Canada

Le Centre Wabano, une clinique de soins de santé et communautaire pour autochtones dans le quartier de Vanier, à Ottawa, est de nouveau sur la sellette.

Récemment visé par des allégations de harcèlement au travail et de mauvaise utilisation des fonds, l’établissement fait maintenant l’objet d'accusations de mauvaise gestion de la part d’ex-employés.

Selon d’anciens membres du personnel, le Centre Wabano est aux prises avec un manque criant de ressources créant un effet de portes tournantes du personnel médical.

La Ville d'Ottawa, l'un des principaux bailleurs de fonds de l'organisme à but non lucratif, enquête d’ailleurs sur des plaintes de harcèlement, d'intimidation et d'utilisation inappropriée des fonds au sein de l’administration du Centre Wabano.

Récemment, d'anciens employés de l’établissement se sont confiés à CBC News et ont décrit un environnement de travail plombé par un roulement élevé du personnel.

Grand escalier et porte d'entrée du Centre.

Le Centre Wabano fournit des services de santé et des services sociaux à la communauté autochtone d'Ottawa depuis près de deux décennies.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Selon eux, le climat au sein de l’organisation compromet la capacité du centre à remplir son mandat. Un mandat qui consiste à fournir des services de santé et des services sociaux à la communauté autochtone d'Ottawa.

CBC News a accepté de ne pas divulguer l’identité des membres du personnel qui ont témoigné afin de ne pas miner leurs perspectives d'emploi futur.

Des pressions pour travailler malgré des symptômes

Une infirmière a confié à CBC News qu'elle avait démissionné en raison de la gestion laxiste du protocole de pandémie de COVID-19 par le Centre Wabano.

La professionnelle de la santé prétend avoir subi des pressions pour venir travailler, en septembre dernier, malgré un mal de gorge et des maux de tête. Elle raconte pourtant avoir été renvoyée chez elle après avoir parlé avec un médecin.

L’infirmière dit avoir fait part de ses préoccupations entourant cette situation, qu’elle a décrite comme des politiques dangereuses de dépistage de la COVID-19, à l’équipe des ressources humaines de l’établissement.

La direction a fait appel à une équipe de santé au travail, mais celle-ci n’avait aucune formation médicale, dénonce-t-elle.

Pendant ce temps, on commençait à découvrir que le virus pouvait être aéroporté. Je ne me sentais pas en sécurité ou soutenue, a-t-elle déclaré.

C’est ce qui l’a poussée à claquer la porte, poursuit-elle.

Je n'en pouvais plus et j'ai réalisé que si ma santé physique ou mentale n'allait pas bien, je ne pouvais pas prendre soin de personne d'autre.

La direction du Centre Wabano n'a pas répondu aux questions sur ses politiques et protocoles entourant la COVID-19. Mais dans une déclaration écrite, celle-ci souligne que le centre a travaillé en collaboration avec Santé publique Ottawa (SPO) pour effectuer plus de 24 000 vaccinations, depuis février.

La directrice du centre de santé autochtone Wabano, Allison Fisher avec en fond une peinture d'un artiste autochtone

La directrice générale du centre de santé autochtone Wabano, Allison Fisher

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Nous sommes fiers de notre dossier de vaccination et du fait qu'aucun de nos aînés autochtones n'a perdu la vie à cause de la COVID, a déclaré la directrice générale, Allison Fisher, dans un courriel.

Des patients aux antécédents complexes et traumatisants

Une autre infirmière praticienne, qui a quitté le Centre Wabano, décrit un taux de roulement élevé à la clinique médicale ce qui a, selon elle, affecté la qualité des soins offerts aux patients.

Elle explique que de nombreux patients ont des antécédents complexes et traumatisants et qu'il leur est difficile, dans ce contexte, d'expliquer à répétition leur histoire à de nouveaux professionnels.

Cela leur arrive vraiment. Ils commencent enfin à faire confiance aux gens [du Centre Wabano], puis ils partent. Et je pense que pour certaines personnes, il est difficile de s'ouvrir aux travailleurs de la santé, surtout s'ils ne sont pas autochtones, a-t-elle déclaré.

Allison Fisher, la directrice générale du Centre Wabano, n'a pas répondu aux questions concernant le roulement du personnel à la clinique, mais a souligné que le nombre de patients a augmenté chaque année depuis 2019.

Dix mois d’attente pour un résultat de dépistage du VIH

Ricki Bertrand raconte s'être rendu au Centre Wabano pour des soins, où une infirmière a ordonné un test de dépistage du VIH. Mais avant que les résultats d'examen ne reviennent, la professionnelle avait quitté son emploi et son dossier avait été transféré à un nouveau médecin.

Un homme se laisse prendre en photo.

Ricki Bertrand a attendu dix mois pour obtenir son résultat de test de dépistage du VIH.

Photo : Mathieu Theriault/CBC

L’homme de 55 ans dit qu'il pensait que quelqu'un l'appellerait, mais pendant dix mois, il n'a pas eu de nouvelles. Il explique que lorsqu'il a finalement appelé lui-même le centre pour un suivi, on lui a d'abord dit qu'il n'y avait aucune trace de son test. Les documents ont finalement été retrouvés et les résultats lui ont été relayés par une réceptionniste au lieu d'une infirmière ou d'un médecin.

Les résultats du test de VIH de M. Bertrand se sont révélés négatifs, mais les retards l'ont laissé inquiet et stressé, dit-il.

Alors que j'attendais, le temps a passé et cette attente est devenue de l'impatience, et cette impatience est devenue de la peur et de l'appréhension, ce qui a conduit à une peur absolue, raconte M. Bertrand, qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme et un trouble de stress post-traumatique.

La direction du Centre Wabano n'a pas commenté le cas de Bertrand invoquant des raisons de confidentialité.

Formation déficiente

Les réceptionnistes médicales de la clinique de santé Wabano reçoivent une formation inadéquate, selon certains employés qui ont occupé cette fonction.

J'ai fait de l'anxiété juste à l’idée de penser d’aller travailler, raconte un ex-membre du personnel.

Cela me faisait pleurer. J'étais malheureux et je ne voulais plus être malheureux, enchaîne un collègue, qui ajoute que l'aide n'était jamais disponible lorsqu'elle était sollicitée.

Les états financiers obtenus par CBC News montrent que le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario a accordé au Centre Wabano plus de 6 millions $ pour le centre de santé entre 2018 et 2019.

Malgré ce financement, il y a un manque de ressources et le personnel de la clinique sans rendez-vous a la pression de soigner le plus grand nombre de clients possible, selon d'anciens membres du personnel.

Ces personnes n’allaient pas bien, elles avaient des cas très complexes. Elles ont besoin d'autant d'aide que possible. [...] Nous ne pouvions pas fournir des soins de haute qualité. De mon point de vue, c'était vraiment le strict minimum, a confié une infirmière contrainte de quitter son emploi pour des raisons de sécurité.

Brèche de sécurité et de confidentialité

Joanne Plummer est une ancienne employée des services administratifs du Centre Wabano. Elle s’est dite préoccupée par le respect de la vie privée des clients.

Mme Plummer travaillait au sein du service au logement et a déclaré qu'elle avait un accès complet aux dossiers médicaux. Avec le roulement élevé du personnel, elle craint que beaucoup d'autres aient eu le même accès.

Une femme se laisse prendre en photo.

Joanne Plummer, une ex-employée du centre Wabano craint que la confidentialité des patients soit compromise.

Photo : Jean Delisle/CBC

Il s'agit d'un problème de confidentialité. Les dossiers médicaux du client ne devraient pas être exposés à tous ceux qui travaillent chez Wabano, a-t-elle écrit dans un courriel adressé à CBC.

Mme Plummer a d'ailleurs récemment déposé une plainte à ce sujet auprès du Bureau du commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Ontario.

Dans une déclaration écrite, la directrice générale du Centre Wabano, Mme Fisher, a répondu que le centre exploitait une petite clinique médicale prospère depuis 22 ans et offrait des services complets tels que le logement, la nourriture et des services de bien-être mental pour les clients qui ont besoin d'un soutien supplémentaire.

L'équipe de la clinique médicale de Wabano travaille sans relâche pour fournir d'excellents soins à nos clients autochtones et continuera de se concentrer sur leur travail important, a écrit Mme Fisher.

De janvier 2018 au 30 juillet 2021, le ministère du Travail, de la Formation et du Développement des compétences de l'Ontario a reçu cinq plaintes concernant le Centre Wabano, dont quatre plaintes en matière de santé et de sécurité pour lesquelles aucune infraction n'a été constatée.

Une réclamation relative aux normes d'emploi concernant les indemnités de vacances a également été résolue avec la collaboration du Centre Wabano.

D’après un reportage de Robyn Miller, CBC News

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