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Explosion à Beyrouth : les émotions demeurent vives pour des Libano-Canadiens de la région

Le drapeau libanais flotte sur le site de l'explosion au port de Beyrouth.

Un an après l'explosion au port de Beyrouth, les émotions sont toujours aussi vives pour des membres de la diaspora libanaise de la région.

Photo : AP / Hassan Ammar

Radio-Canada

Les émotions sont toujours vives pour les membres de la diaspora libanaise de la région d’Ottawa et de l'Outaouais, un an après la déflagration du port de Beyrouth.

Le 4 août 2020, le port de la capitale libanaise et des quartiers entiers du centre-ville ont complètement été rasés quand près de 3000 tonnes de nitrate d'ammonium entreposées dans le port ont explosé faisant plus de 200 morts et des milliers de blessés.

Choc, stress, culpabilité puis colère

La Libano-Canadienne Ruby Dagher est professeure à temps partiel en développement international et mondialisation à l'Université d'Ottawa. Elle se souvient encore du choc et du stress ressentis en voyant les premières images de la tragédie. Ce jour-là, son père était au port de Beyrouth.

Ruby Dagher.

Ruby Dagher, Libano-Canadienne et professeure à temps partiel à l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

 Je n’ai pas pu rejoindre mon père tout de suite. Ça m’a pris un peu de temps. Mais il m’a finalement répondu et il était correct. Il avait quitté le port quelques minutes avant l’explosion, partage Mme Dagher.

Les heures qui ont suivi ont été chargées d’angoisse et d’incertitude, raconte Ruby Dagher, qui entretient toujours des liens avec ses proches au pays du cèdre.

Ça m’a pris environ dix heures pour être capable de rejoindre tout le monde. J’ai des amis très proches qui ont été gravement blessés, dont un qu’on n’a pas pu trouver tout de suite, car il a dû aller à plusieurs hôpitaux pour se faire soigner. C’était dix heures de stress énorme, témoigne la professeure.

Face à l’ampleur du drame qui a secoué son pays natal déjà fragilisé par un contexte politique et économique difficile, le sentiment de stress a rapidement cédé sa place à l’impuissance et la culpabilité, poursuit Ruby Dagher.

Je voulais être là, je voulais aider. Je voulais faire quelque chose. Je n'étais plus capable de rester assise ici. [...] C’était la culpabilité d’être capable d’acheter de la nourriture, ici au supermarché, en sachant très bien qu’il y allait avoir des problèmes pour les membres de ma famille. La culpabilité de pouvoir faire sortir mes enfants s’amuser quand les gens souffraient au Liban. C’était des émotions assez complexes et beaucoup de colère. Beaucoup, beaucoup de colère, confie la professeure.

Contexte géopolitique complexe

Cette colère, Ruby Dagher l’explique notamment par la situation qui s’est dégradée à plusieurs égards au Liban.

Tout s’est empiré. La situation est plus grave qu’elle l’était avant et par rapport à tous les niveaux ; économique, sociale, politique, santé, environnement [...] J’ai vécu au Liban durant la guerre civile. Ce que je vois maintenant est pire, rapporte Mme Dagher.

Le constat est le même pour Joseph Khalifé, d’origine libanaise, installé au Canada depuis 30 ans. L’homme qui habite aujourd’hui le village de Ripon, en Outaouais, parle d’un pays gangrené par la corruption plutôt que d’un pays en reconstruction.

Après cet horrible incident, tout le monde a proposé d’aider. Nous étions un peu optimistes. [...] Tout le monde est arrivé avec des contrats pour acheter, quasiment, le pays. C’était des hommes d’affaires qui voulaient profiter de la situation, plus qu’aider le Liban à s’en sortir. [...] Aujourd’hui, un an plus tard, je ne sais pas s’il y a grand-chose qui est arrivé. Le gouvernement fait ce qu’il peut avec ce grand pourcentage de corrompus dans le gouvernement, dit-il.

Les choses n’avancent pas vite, pas comme il le faut. La corruption, c’est le problème majeur.

Une citation de :Joseph Khalifé, Canadien d'origine libanaise, installé en Outaouais.

Jamais, dit-il, les gens au Liban n'ont été aussi désespérés.

On voit, mais on ne peut rien faire. Ce n'est pas facile. On veut aider, mais on ne peut faire grand-chose. On est loin. Quand on appelle la parenté pour avoir des nouvelles, tout est négatif. On est là à les écouter sans pouvoir rien faire. C’est frustrant, ajoute M. Khalifé.

L’homme a quitté son pays alors qu’il était ébranlé par une guerre civile. Trente ans plus tard, dit-il, les choses ont changé, sans pour autant s’améliorer.

C’était la guerre, c’était la mort. Aujourd’hui, c’est la morte lente, c’est la crise économique, c’est le manque de travail et le chômage, brosse-t-il comme portrait.

Plusieurs événements au pays sont prévus aujourd’hui et ce soir, en soutien à la communauté libanaise. D’ailleurs ce soir à Ottawa, un rassemblement est organisé à 19h, en face du Monument canadien pour les droits de la personne, situé au 220 rue Elgin.

Avec les informations d'Antoine Trépanier.

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