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Empêtré dans plusieurs crises, Sudbury cherche son avenir

Une partie du centre-ville de Sudbury.

Le Grand Sudbury se trouve plongé dans plusieurs crises.

Photo : CBC/Jamie-Lee McKenzie

Marianne Depelteau

Le Grand Sudbury a traversé plusieurs crises au cours des deux dernières années. La pandémie de COVID-19, la situation à l'Université Laurentienne et la question du développement du centre-ville sont autant de tumultes qui, selon plusieurs observateurs, pourraient laisser une trace indélébile sur la ville.

En 2015, le plan stratégique de développement économique communautaire de Sudbury (From the ground up (Nouvelle fenêtre)), séparait ses piliers économiques en différents secteurs : les mines, l’hôpital régional, les institutions postsecondaires, la langue française et le tourisme.

Aujourd’hui, ces piliers sont menacés à court terme, selon le professeur d’économie adjoint à l'Université Lakehead, Karl Skogstad.

Les économies finissent par s’autoréguler, mais le processus de régulation peut être très difficile pour une ville. L’avenir à court terme de Sudbury n’est pas le plus brillant, mais rien ne garantit que les effets à court terme vont affecter le long terme.

Une citation de :Karl Skogstad, professeur d’économie adjoint à l’Université Lakehead

M. Skogstad indique ne pas être inquiet pour le futur de l’économie sudburoise. Toutefois, il reconnaît que certains secteurs locaux risquent de souffrir de conséquences prolongées.

Prenons l’exemple des coupures [sic] à la Laurentienne, les professeurs avaient un grand pouvoir d’achat. Celui-ci est perdu et l’exode potentiel de ces personnes aurait un effet permanent sur certaines entreprises. C’est pareil avec la baisse d’étudiants en ville; en général, ils participent à l’économie de la ville , dit-il.

La crise à l’Université Laurentienne

M. Skogstad rappelle que cette crise a eu pour effet le licenciement d’une centaine de professeurs au pouvoir d’achat représentant plusieurs millions de dollars, de l'argent qui aurait été en grande partie dépensé dans les arts, la restauration et d'autres secteurs déjà affectés par la COVID-19.

Il explique que les étudiants étrangers et locaux qui contribuaient à faire vivre le centre-ville n’ont d’autre choix que de l’éviter comme le font tant d’autres désormais. Leur exode quasi inévitable vers les métropoles aura aussi son effet sur la main-d'œuvre étudiante, note-t-il.

Si les personnes formées par les universités choisissent de rester à Sudbury, elles auront probablement un impact positif disproportionné sur l'économie. De nombreux étudiants sont souvent recrutés par des entreprises locales à leur sortie de l'université. Donc, si à l'avenir la Laurentienne voit des cohortes moins importantes de diplômés en raison des mises à pied, on pourrait voir un afflux moins important de personnes qualifiées entrer dans l'économie locale , explique M. Skogstad.

Des bâtiments de l'Université Laurentienne à Sudbury.

L'Université Laurentienne à Sudbury.

Photo : Radio-Canada

Le plan From the ground up soulignait par ailleurs l'importance de la culture franco-ontarienne à Sudbury qui, selon plusieurs, pourrait souffrir de la perte de nombreux programmes francophones à l’Université Laurentienne.

Selon Patrick Crowe, réalisateur sudburois, il y aurait raison de faire un lien entre l’Université Laurentienne et le plus grand employeur de Sudbury : le centre de santé Horizon Santé Nord.

On ne peut pas ignorer que l’ancienne administration de l’Université Laurentienne, qui a surveillé le désastre financier récent, est maintenant impliquée dans l'administration de l'hôpital régional qui sert les intérêts de près d'un million de résidents du Nord.

Une citation de :Patrick Crowe, réalisateur sudburois

Les crises de santé publique

La pandémie a affecté Sudbury comme elle a affecté le monde entier, frappant brusquement l’économie de la ville.

En effet, le rapport économique ontarien pour l’année 2021 (Nouvelle fenêtre) relève une chute sans précédent dans la confiance du milieu des affaires par rapport aux perspectives économiques de l'Ontario, alors qu'il était aux prises avec la crise économique provoquée par la pandémie .

Les politiciens reconnaissent aussi les effets de la pandémie sur l’économie et prévoient déjàla construction d’une nouvelle économie pour l’après COVID-19.

La docteure et directrice d’un programme en lien avec la toxicomanie à Horizon Santé Nord, Tara Leary, explique que la pandémie a eu un effet amplificateur dans la crise des opioïdes qui a, à son tour, son effet sur l’économie.

Elle raconte que le marché noir, la pauvreté dans laquelle peut entrer n’importe quel opiomane et l’utilisation plus grande des services médicaux et sociaux coûtent à la société. Plusieurs patients m’ont révélé avoir utilisé l’argent du gouvernement, qui devait soulager pendant la pandémie, pour acheter des opioïdes.

Le centre-ville

Dans le rapport From the ground up, le centre-ville est la vedette du développement économique de Sudbury. Le plan énonce que le centre-ville est facilement accessible par de nombreux modes de transport, notamment les transports en commun et le Greenway d'Elgin. En 2015, la Ville se disait fière de son centre-ville dynamique, mais aujourd’hui, un débat déchire les Sudburois.

Parmi les attractions du quartier mises en lumière par le plan de 2015 figure l’aréna de Sudbury, rénové selon le plan initial. La Ville planifie désormais de construire le Quartier de divertissement Kingsway (KED), idée à laquelle plusieurs s’opposent.

Illustration d'un aréna rénové.

Les rénovations que propose la firme d'architectes 3rdLineStudio pour l'aréna municipal, vue de la rue Elgin.

Photo : 3rdLine Studio

Patrick Crowe a aussi participé au lancement d’une pétition contre le projet avec un groupe de concitoyens de Sudbury qui ont amassé près de 1700 signatures en une semaine.

C’est à la périphérie de la ville, à la fin de la Kingsway, où la route se termine, en direction de nulle part et juste à côté de la déchetterie municipale, déplore M. Crowe. Si la Ville ignore notre pétition, on demande un référendum qui tient compte de la volonté des Sudburois, explique-t-il.

La Ville de Sudbury n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue au sujet de ce reportage.

L’ancienne mairesse de Sudbury, Marianne Matichuk, se rappelle l’espoir qui était placé dans l’avenir du centre-ville avec la construction de l’École d’architecture McEwen et d’autres projets comme celui-ci et la rénovation de l’aréna.

Une municipalité est jugée par l’allure et le succès de son centre-ville. Pourquoi payer des conseillers si on ne les écoute pas? La Ville dépense beaucoup en ce moment et a même fait un prêt de 200 millions de dollars, je comprends l’inquiétude des gens, affirme-t-elle.

L'ancien architecte sudburois Arthur Peach renchérit : La grande majorité des villes ont un aréna au centre-ville, c'est une ancre pour les commerces aux alentours.

D'après lui, les conseillers municipaux qui ont voté en faveur du KED ne représentent même pas la majorité de la population. M. Peach espère que ceux-ci changeront d'avis en rénovant l'aréna qui se trouve déjà au cœur de la ville.

À ces crises s’ajoutent la grève d’employés de la minière de Vale et la crise des opioïdes, qui a fait de Sudbury la région ontarienne avec le plus haut taux de surdoses d'opioïdes mortelles en 2020. L’ancienne mairesse dit comprendre l’inquiétude des Sudburois à l’égard de leur chez eux et constate que nombre d'entre eux perdent complètement espoir.

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