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Un nouveau départ :  « Il n'y avait plus rien que je pouvais faire au Liban »

Georges Abdallah Moussawmay avec un couvre-visage.

Georges posant devant le New Brunswick Community College, où il entamera ses études en mécanique automobile en septembre.

Photo : Gracieuseté de Georges Abdallah Moussawmay

Maya Chebl

« En venant ici, j’ai eu l’impression d’être un enfant qui renaît ». Cadet d’une fratrie de six, Georges Abdallah Moussawmay a grandi dans l'Akkar, une région dans le nord du Liban. Âgé de 18 ans, il a quitté sa terre natale il y a un mois pour élire domicile au Nouveau-Brunswick, chez son oncle, établi à Sackville depuis une vingtaine d’années.

À la même date l’année dernière, des vidéos filmées du port de Beyrouth – laissant croire à une explosion nucléaire – faisaient le tour du monde. Ce n’est qu’après les déflagrations que l’on apprenait que l’immense panache de fumée rougeâtre aperçu dans le ciel était la conséquence d'explosions de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, mal entreposées depuis 2013.

La catastrophe a causé la mort d'au moins 218 personnes, selon les données officielles, et aurait laissé plus de 300 000 personnes sans domicile.

Un panache de fumée rouge s'élève dans le ciel.

Au Liban, l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020 a fait au moins 218 morts et laissé plus de 300 000 personnes sans domicile (archives).

Photo : Getty Images / ANWAR AMRO

Il y a eu le coronavirus, puis l’explosion. Ensuite, on a assisté à la dévaluation de la monnaie libanaise et maintenant il y a les incendies de forêt, explique le jeune étudiant, venu ici pour poursuivre des études en mécanique automobile au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick. Au Liban, une catastrophe n’attend pas l’autre, se permet-il d’ajouter.

Un an s’est écoulé depuis la fin de ses études secondaires. Une année durant laquelle il a préparé sa venue dans son pays d’accueil, parce qu’il n’y avait rien que je pouvais faire au Liban. Mon oncle m’a beaucoup aidé, c’est lui qui m’a parlé de cette école et qui m’a conseillé d’y postuler, raconte Georges.

Ses parents sont restés au Liban, ainsi que son frère et trois de ses sœurs, l’une d’elle étant en France.

Ils essayent de venir ici, mais c’est difficile, même s’ils sont éduqués et qu’ils sont diplômés de bonnes universités.

Une citation de :Georges Abdallah Moussawmay

Pas d’immigration spéciale pour la population libanaise

Pour le moment, au Canada, aucun processus d’immigration n’a été instauré spécifiquement pour les ressortissants libanais.

Le dernier cas où on a facilité l’immigration sans reconnaître le statut de réfugiés, c’était lors du tremblement de terre à Haïti. L’immigration familiale avait été relaxée pour permettre à d’autres gens que la famille proche de se joindre à des Haïtiens au Québec, entre autres, et partout au Canada, détaille France Houle, doyenne de la faculté de droit à l’Université de Montréal.

En effet, la situation actuelle au Liban ne permet pas à ses citoyens d’accéder au statut de réfugié au Canada, au sens de la Loi canadienne sur l’immigration et la protection des réfugiés. Il faudrait que l’État libanais soit au cœur [de l’explosion de Beyrouth] et qu’on en fasse la preuve, renseigne la professeure Houle.

Dans le cas de Georges, qui a obtenu un permis d’études, la situation était plutôt simple. Il devait a priori être accepté dans un programme collégial ou universitaire et prouver qu’il avait les fonds nécessaires pour payer ses droits de scolarité.

Elle peut toutefois s’avérer plus complexe quand il est question de faire une demande pour un visa de travail ou une résidence permanente.

Il faut avoir une offre d’emploi ou faire des tests de langue, et certains ont des difficultés dans les langues, témoigne Lamia Chami, porte-parole de l’Association libanaise de Moncton.

Un capture d'écran de Lamia Chami interviewée.

Lamia Chami, porte-parole de l'Association libanaise de Moncton, dit recevoir plusieurs appels par jour de personnes dont le souhait est de quitter le Liban.

Photo : Radio-Canada

L’année dernière, son association a réussi à amasser 40 000 $ pour venir en aide aux personnes touchées par l’explosion, mais également d’autres familles dans le besoin. Mais Mme Chami en demande davantage. On veut que les gens puissent venir ici. Je reçois beaucoup d’appels chaque jour. Les gens veulent juste quitter le pays. Ils ne peuvent pas rester là-bas.

Dans la province, cependant, les demandes d’immigration en provenance du Liban n’ont pas augmenté, s’élevant à un total de 22 depuis janvier 2020, selon les informations d'Opportunités Nouveau-Brunswick.

Si la diaspora libanaise d’ici désire rapatrier des membres de sa famille coincés au Liban, France Houle pense que le moyen le plus simple est de faciliter le regroupement familial, comme cela a été fait pour la population haïtienne en 2010. Il faut faire du lobbying pour que ce genre de programme-là se fasse, avertit madame Houle. S’il n’y a pas de demandes, je ne pense pas que le gouvernement va nécessairement bouger par lui-même.

Un nouveau départ

Georges Abdallah Moussawmay est très content à l’idée de commencer l'école en septembre et d’y rencontrer de nouvelles personnes. Il compte également en profiter pour parfaire son anglais et son français, langues pour lesquelles il faut de la pratique, selon lui.

Et que pense-t-il de son accueil au Nouveau-Brunswick ? C’est comme si quelqu’un te retirait de la poubelle pour te mettre dans un endroit qui est organisé, où les gens sont respectueux et conciliants.

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