•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fusillade à Rivière-des-Prairies : des intervenants sociaux à bout de souffle

Des policiers du SPVM sur une scène de crime.

Intervenants et mairesse s'entendent pour dire que la solution aux problèmes à Rivière-des-Prairies ne peut être que policière.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Wagner

« Nos intervenants nous parlent de cette situation d'urgence chaque jour et nous le disent : ça va éclater. »

L'homme qui lance cet avertissement, c'est Pierreson Vaval, le directeur de l'organisme Équipe RDP, qui s'occupe de prévention et d'insertion sociale des jeunes dans le quartier Rivière-des-Prairies, dans le nord-est de Montréal.

C'est dans ce secteur qu'est survenue lundi soir, en pleine heure du souper, une fusillade qui a fait trois morts et deux blessés, et que la police soupçonne d'être un règlement de compte entre gangs de rue. C'est une onde de choc majeure. Il ne s'est jamais produit quelque chose de cette ampleur-là à Rivière-des-Prairies, a estimé M. Vaval en entrevue à ICI RDI, mardi.

Si toute la classe politique s'est dite choquée par l'événement, Pierreson Vaval, lui, n'est pas nécessairement surpris. L'année dernière, nous avions sonné l'alarme, en disant : "Il y a quelque chose qui se passe", relate-t-il en précisant que tous tentent aujourd'hui de contrôler les dommages.

Cette nouvelle fusillade expose le niveau de vulnérabilité de nos jeunes à Rivière-des-Prairies, mais aussi dans l'est de Montréal, ajoute-t-il.

Deux des victimes de la fusillade étaient âgées de 29 ans. La troisième personne est un homme âgé de 60 ans. Tous étaient connus des policiers.

Les intervenants d'Équipe RDP tentent chaque jour d'éviter que des jeunes ne basculent dans la criminalité. Et ils sont à bout de souffle, rapporte leur directeur.

C'est donc leur santé mentale qui en souffre. On doit lutter pour que nos intervenants gardent leur équilibre. Ils sont surengagés auprès des jeunes, dit Pierreson Vaval. On manque de ressources, conclut-il.

Malgré l'augmentation de la violence dans certains quartiers de la ville, dont Rivière-des-Prairies, M. Vaval affirme que son organisme dispose de peu de moyens pour intervenir auprès des jeunes. Malgré toute cette crise-là, on a des ressources seulement pour six mois, laisse-t-il tomber.

En général, le réflexe, c'est de sous-estimer et de sous-investir dans la prévention ou dans l'intervention auprès de cette clientèle-là.

Une citation de :Pierreson Vaval, directeur de l'organisme Équipe RDP

Il déplore que le filet en place pour empêcher les jeunes de tomber entre les mains des gangs de rue ne soit pas assez étanche. On glisse, on continue de glisser, avertit-il.

Il va falloir qu'on en fasse davantage, dit M. Vaval. Et nous allons avoir besoin de l'aide de tout le monde, de la société en général, des gouvernements, des différents décideurs.

Le rôle de la police

L'événement ravive le débat sur le rôle que doivent jouer les corps policiers pour faire face à cette recrudescence de la violence. Si tous semblent d'accord pour dire que les policiers sont au cœur de la solution, tous ne s'entendent pas sur la façon dont les interventions doivent être menées.

Assez, c'est assez!, a tonné à ce sujet David Shane, conseiller au cabinet du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), lors d'un point de presse. À partir d’aujourd’hui, vous avez toutes les forces du SPVM sur le dos, a-t-il affirmé en s'adressant directement aux auteurs de la fusillade, qui courent toujours.

Entrevue avec l'inspecteur du SPVM David Shane

La Sûreté du Québec (SQ) a également été appelée en renfort pour épauler les agents du SPVM.

Oui, les policiers doivent être présents, dit Pierreson Vaval. Mais dans une approche bienveillante, une approche qui démontre qu'ils sont là pour s'assurer de la santé, de la sécurité. Pas dans une approche où on essaie de protéger la société contre ces jeunes-là. C'est ce qui nous manque.

L'ancien porte-parole du SPVM André Durocher n'est pas de cet avis. Il croit plutôt que les policiers doivent être plus présents et, surtout, plus proactifs pour sécuriser les quartiers. La priorité, ce doit être de régler le sentiment d'insécurité des citoyens, et ça doit se faire assez rapidement, a-t-il dit sur les ondes d'ICI RDI.

M. Durocher souhaite que les policiers n'aient pas peur de faire des interventions préventives, même au risque de se faire accuser de profilage racial.

Vous avez toute la question du profilage, où on met de la pression sur les policiers pour qu'ils se sentent intimidés s'ils veulent enquêter sur des gens. Malheureusement, quand on enquête [sur] des individus comme ceux-là, il faut les déranger. Il faut qu'ils aient peur de se faire interpeller quand ils circulent en véhicule ou sur les rues.

Une citation de :André Durocher, ancien porte-parole du SPVM

Je pense que toute la communauté devrait être plus présente auprès de ces jeunes et ces familles-là, pas juste les policiers, insiste M. Vaval. On devrait faire 10, 15, 20, 30 fois plus pour s'assurer qu'un jeune ne trouve pas sa place uniquement dans la marginalité. C'est ça, le drame.

Caroline Bourgeois en conférence de presse à l'extérieur.

La mairesse d'arrondissement, Caroline Bourgeois, s'est adressée aux médias au lendemain de la fusillade.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

La mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Caroline Bourgeois, croit également que la réponse au problème ne passe pas uniquement par les interventions policières.

Il n'y a pas une seule réponse à ce qu'on voit actuellement, a-t-elle dit en entrevue à ICI RDI.

Il faut mieux soutenir ces services qui sont adaptés à la communauté et aux jeunes. Il faut créer ces liens-là, qui ne passent pas juste par les services policiers.

Une citation de :Caroline Bourgeois, mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Elle affirme que l'administration de Montréal a investi des sommes pour soutenir ces organismes. Ce sont des programmes qui, on va se le dire, sont souvent non récurrents, a-t-elle admis.

Mme Bourgeois veut toutefois envoyer un message au gouvernement de François Legault et lui rappeler que la Ville de Montréal ne peut faire cavalier seul pour prévenir la criminalité chez les jeunes. Ça doit être une priorité nationale, dit-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !