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Explosion de Beyrouth : une ONG accuse les autorités de « négligence criminelle »

Le port de Beyrouth, un an après la gigantesque explosion.

Un an après la gigantesque explosion du port de Beyrouth, les enquêtes et la reconstruction menées par le gouvernement libanais n'ont pas progressé.

Photo : Getty Images / Marwan Tahtah

Agence France-Presse

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé mardi les autorités libanaises de négligence criminelle, de violation du droit à la vie et de faire barrage à l’enquête locale sur l’explosion dévastatrice du 4 août 2020 au port de Beyrouth.

L’ONG a recommandé la mise en place d’une mission d’investigation indépendante de l’ONU et des sanctions internationales contre les hauts responsables libanais.

BEIRUT, LEBANON - AUGUST 03: Ongoing construction work and daily life in the Karantina neighbourhood closest to the port and badly damaged during the blast on August 03, 2021 in Beirut, Lebanon. A year after the gigantic explosion at the port of Beirut, the investigations and rebuilding by the Lebanese government have not advanced whilst one in three families in Lebanon has children still showing signs of trauma, the United Nations Children's Fund (Unicef) said on Tuesday (August 3rd). (Photo b

L'explosion de l'année dernière a dévasté plusieurs kilomètres carrés du centre-ville de Beyrouth.

Photo : Getty Images / Marwan Tahtah

Les risques étaient connus

La gigantesque déflagration du 4 août 2020, qui a fait 214 morts et plus de 6500 blessés, a été déclenchée par l’explosion de plusieurs centaines de tonnes d’ammonium stockées depuis 2014 dans un entrepôt délabré du port.

Dans un rapport de 126 pages, l’ONG a documenté les multiples manquements des instances politiques et sécuritaires dans la gestion de ce stock de matières dangereuses depuis son arrivée au port en 2013 jusqu’à son explosion.

Des dizaines de responsables gouvernementaux, douaniers et responsables de la sécurité qui étaient au courant des dangers encourus, selon l'ONG, y sont identifiés.

Plusieurs autorités [...] ont fait preuve de négligence criminelle, selon la loi libanaise, dans la gestion de la cargaison, résume le rapport de HRW, basé sur plusieurs entretiens et des centaines de correspondances officielles dont certaines n’ont jamais été rendues publiques.

Les preuves suggèrent avec force que certains responsables gouvernementaux étaient conscients du [risque de] mort que la présence de nitrate d’ammonium au port pouvait entraîner et ont tacitement accepté [de prendre] ce risque, a déploré HRW.

BEIRUT, LEBANON - AUGUST 03: Ongoing construction work and daily life in the Karantina neighbourhood closest to the port and badly damaged during the blast on August 03, 2021 in Beirut, Lebanon. A year after the gigantic explosion at the port of Beirut, the investigations and rebuilding by the Lebanese government have not advanced whilst one in three families in Lebanon has children still showing signs of trauma, the United Nations Children's Fund (Unicef) said on Tuesday (August 3rd). (Photo b

Des manquements qui datent

Les manquements ont commencé en 2013, dès l’arrivée de la cargaison à bord du navire Rhosus, battant pavillon moldave, parti initialement de la Géorgie à destination du Mozambique, d’après l’ONG.

Les responsables du ministère des Travaux publics et des Transports ont décrit de manière inexacte les risques de la cargaison dans leurs demandes à la justice de décharger la marchandise, a déclaré HRW.

Ils ont également sciemment stocké le nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth avec des matériaux inflammables ou explosifs pendant près de six ans, même après avoir reçu des rapports les avertissant du caractère extrêmement dangereux du stock, a déploré HRW.

Pour leur part, les autorités douanières, alertées pour la première fois en 2014, auraient pu agir unilatéralement pour retirer les matières explosives du port, mais n’ont pas pris les mesures adéquates pour s’en débarrasser, selon l'organisme.

Quant à l’armée libanaise, elle n’a pris aucune mesure apparente pour sécuriser le stock, selon le rapport. Le commandement militaire s’est même dédouané de toute responsabilité, alors qu’il devrait, en vertu de la loi libanaise, approuver l’importation et l’inspection de matières classées comme utilisables dans la fabrication d’explosifs.

La Sécurité de l’État, qui a mené une enquête sur le stock de nitrate avant l’explosion, a tardé, de son côté, à signaler la menace potentielle aux hauts responsables, fournissant par ailleurs des informations incomplètes sur les dangers posés par ces produits chimiques, selon HRW.

« Il y avait des désastres tous les jours »

Le premier ministre de l’époque, Hassan Diab, a ainsi reçu des informations sur la cargaison seulement à partir de juin 2020, soit deux mois avant l’explosion. Je l’ai ensuite oublié et personne n’a assuré le suivi. Il y avait des désastres tous les jours, a-t-il déclaré à Human Rights Watch.

Pour l’ONG, l’enquête locale est incapable de rendre justice de manière crédible. Elle a appelé à une mission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

L’ONG a aussi recommandé des sanctions contre l’ensemble des individus et des entités impliqués dans des violations continues des droits de la personne [...] et dans les efforts visant à saper l’enquête locale, alors qu’aucun responsable n’a été traduit en justice un an après le drame.

Sollicité par Reuters, le palais présidentiel n'a pas souhaité commenter ce rapport et Hassan Diab n’a pas répondu dans l’immédiat. Tony Saliba a quant à lui précisé à Reuters que ses services avaient fait tout leur possible dans leur champ de compétences, notamment en transmettant des rapports pour prévenir les autorités.

Le président du Liban, Michel Aoun, a fait savoir vendredi qu’il était prêt à témoigner et que nul n’était au-dessus des lois.

Avec les informations de Reuters

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