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Les embûches d’une adolescente amputée d’un bras pour obtenir son permis de conduire

Meriyam Jahim est au volant d'une voiture.

Meriyam Jahim ne veut pas que d'autres personnes amputées subissent ce qu'elle a vécu­.

Photo : CBC / Grant Linton

Radio-Canada

Une adolescente amputée d’un bras s’est vu refuser l’accès au test écrit pour l’obtention d’un permis G1 d’apprentie conductrice, car elle n’avait pas d'autorisation médicale spéciale du ministère des Transports de l'Ontario. Dans les semaines qui ont suivi, le processus administratif a laissé l’adolescente confuse et frustrée. Aujourd'hui, elle n'a toujours pas son permis de conduire.

Lorsque Meriyam Jahim est entrée au centre DriveTest de Newmarket, en Ontario, le jour de son anniversaire, elle s'attendait à sortir avec son permis d'apprentie conductrice comme n'importe quel autre jeune de 16 ans. J’étais excitée. J’étudiais et révisais dans la voiture, confie-t-elle.

Six semaines plus tard, elle n’a toujours pas son permis G1. Lorsqu'elle est arrivée au centre et qu'elle a dit au personnel qu'il lui manquait son bras gauche sous le coude, on lui a dit qu'elle avait besoin d'une autorisation médicale spéciale du ministère des Transports de l'Ontario pour faire son examen.

Elle a donc rempli le formulaire d'approbation. Mais, quand elle a appelé le Ministère des semaines plus tard pour vérifier le statut de sa demande, on lui aurait dit qu’elle n’avait pas besoin d'approbation spéciale, et qu'elle aurait dû pouvoir passer son test G1 le jour de son anniversaire.

Je me souviens que j’ai regardé les autres adolescents entrer dans la pièce, capables de passer facilement leur test écrit. Je n'arrête pas de m'en souvenir et ça fait mal.

Une citation de :Meriyam Jahim

Dans une réponse écrite à CBC News, le ministère des Transports a déclaré que les personnes amputées ont besoin d'un examen supplémentaire avant de pouvoir passer leur test G1, sans toutefois commenter le cas précis de Meriyam Jahim.

L'adolescente s'appuie sur son bras et sur une prothèse pour se soulever du sol.

Meriyam Jahim utilise une prothèse de bras « de sport » qui lui permet de faire du kayak, de sauter à la corde et de faire du vélo.

Photo : Meriyam Jahim

Des changements au système réclamés

L’adolescente appelle le Ministère à publier et à clarifier le processus pour les amputés qui souhaitent obtenir leur permis d'apprenti conducteur afin que d'autres comme elle ne soient pas laissés dans l'ignorance.

Je veux plus que mon permis. Je veux voir des changements dans le système.

Une citation de :Meriyam Jahim

Meriyam Jahim jure qu’elle n’a trouvé aucune information en ligne sur un processus distinct permettant aux personnes amputées de demander leur permis de conduire.

Il devrait y avoir une procédure claire sur le site Web [du Ministère], car j’entends diverses histoires et cela n'a pas de sens, dit l'adolescente. Selon elle, d’autres personnes amputées n’auraient pas eu besoin d’une approbation spéciale. Elle aurait notamment parlé à plusieurs de ses amis qui ont subi des amputations similaires et qui, selon elle, ont pu passer leur test sans approbation médicale spéciale de la province.

Le Ministère a dit de son côté à CBC News que chaque nouveau demandeur doit déclarer s'il souffre d'affections, y compris d'amputations, susceptibles d'interférer avec la conduite en toute sécurité d'un véhicule.

La déclaration de ces états déclenche ce qu'on appelle un examen médical du conducteur, qui nécessite une lettre d'un professionnel de la santé autorisant le demandeur à conduire en toute sécurité.

Un jour après avoir été contacté par CBC News, le ministère des Transports a envoyé une lettre à Meriyam Jahim. Cette lettre indique que l'adolescente a besoin d'un examen médical, sinon il lui serait interdit d'obtenir un permis de conduire.

L’Association des Amputés de guerre, une organisation qui défend les amputés au Canada, a déclaré par écrit qu’il ne semble y avoir aucune limite à la possibilité de passer le test de connaissances pour obtenir un permis G1. Bien que nous soutenions certainement que la sécurité est de la plus haute importance en ce qui concerne la conduite, cette jeune amputée a affronté une situation malheureuse et décourageante qui l'a empêchée de pouvoir passer son test de connaissances G1, ajoute l’organisation.

Pas un cas isolé

Selon la directrice générale du Disabled Women's Network, Bonnie Brayton, les personnes handicapées sont souvent prises dans des systèmes qui ne sont pas conçus pour elles. Le cas de cette adolescente est un exemple de processus fondamentalement discriminatoire et erroné, dit-elle.

Plus tôt cette année, un Québécois s'est vu refuser son permis de conduire parce qu'il lui manquait une partie de sa main gauche. Il a fait valoir que, parce qu'il n'avait aucune limitation physique, il aurait dû pouvoir passer son permis comme n'importe qui d'autre.

De la même façon, Meriyam Jahim dit qu'elle ne s'est jamais considérée comme incapable de conduire de façon sécuritaire. Elle utilise un bras sportif prothétique qui lui permet de faire du kayak, de sauter à la corde et de faire du vélo, et n'a besoin d'aucune modification de son véhicule pour pouvoir conduire en toute sécurité.

Bonnie Brayton dit que des obstacles comme celui auquel l’adolescente a fait face peuvent être dévastateurs.

C'est comme un coup de poing dans le ventre quand c'est quelque chose d'aussi gros que de se voir refuser son permis.

Une citation de :Bonnie Brayton, directrice générale du Disabled Women's Network

Pour l'instant, Meriyam Jahim ne compte pas se rendre dans un autre centre pour passer son test, mais en attendant, l'expérience a ébranlé sa confiance en elle.

Je me suis toujours dit que je pouvais tout faire, mais d'une manière différente. Ce qui s'est passé avec le ministère des Transports m'a fait douter de cela, confie-t-elle.

Le Ministère indique quant à lui qu'il révisera son processus.

Avec des informations de CBC News et Dexter McMillan

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