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Un autre employé de Desjardins visé par l’enquête sur la fuite de données

Le logo de Desjardins sur la façade d'une succursale.

Le logo de Desjardins sur la façade d'une succursale

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les liens se précisent entre différents individus qui seraient associés au vol, à la vente et à l’achat des données personnelles de membres du Mouvement Desjardins. Des documents d’enquête jusque-là confidentiels révèlent qu’un ancien directeur de comptes chez Desjardins avait des liens avec des courtiers et des prêteurs privés soupçonnés d’avoir acheté des listes de noms.

Selon les enquêteurs, Julien Ouellet aurait mené une double vie professionnelle. En plus de gérer des comptes bancaires d’entreprises pour Desjardins, il était associé ou ancien associé de certains de ses clients qui auraient acheté une partie des données volées à 4,2 millions de membres du mouvement.

Son nom n’avait encore jamais été dévoilé dans le cadre de cette affaire. L’information était contenue dans des affidavits policiers déposés en cour, dont le scellé a été levé lundi.

En juillet 2019, un mois après la révélation de la fuite massive de données personnelles, les enquêteurs reçoivent un signalement anonyme qui les met sur la piste de Julien Ouellet, alors directeur de comptes au Centre des entreprises Desjardins (CDE) de La Pocatière.

L’analyse de son téléphone cellulaire professionnel permet de retracer des échanges de messages textes avec des suspects. Les enquêteurs découvrent notamment des échanges avec Charles Bernier, un prêteur privé soupçonné d’avoir eu en main les données volées.

Julien Ouellet lui envoie un message texte qui interpelle les enquêteurs au sujet de la fuite de données.

Si seulement ils savaient ne seraisse qu’une infime partie de l’histoire ;) $$$.

Une citation de :SMS envoyé par Julien Ouellet à Charles Bernier (les fautes de français ont été laissées telles quelles.)

On apprend aussi par les enquêteurs que Julien Ouellet aurait transféré à Charles Bernier la photo d’un document confidentiel appartenant au Mouvement Desjardins. Selon la dénonciation, ce document ne devait en aucun cas être transmis à des tiers.

À l’époque, Charles Bernier est associé des entreprises ProCourtier et Prêt Argent 500. Or, Julien Ouellet a déjà ouvert un compte d'entreprise pour lui. Il a aussi octroyé un financement à Prêt Argent 500 pour une marge de crédit de 50 000 $ chez Desjardins.

Une relation inappropriée avec un autre client

Selon le document déposé en cour, Julien Ouellet a entretenu une relation inappropriée avec Mathieu Joncas, dont il gère le compte d'entreprise chez Desjardins. Le premier est un ancien employé du second, qui dirigeait ProCourtier jusqu’en 2019.

Mathieu Joncas aurait payé environ 100 000 $ pour se procurer jusqu'à 200 000 noms de victimes de la fuite de données, selon ce qu’a révélé le comité de discipline de l'Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ).

Les enquêteurs soupçonnent Julien Ouellet d’avoir eu un double emploi chez Desjardins et chez ProCourtier. Il aurait utilisé sa boîte courriel de ProCourtier au moment où il travaillait au Mouvement Desjardins.

Julien Ouellet a affirmé aux enquêteurs n’avoir jamais avantagé Mathieu Joncas dans le cadre de ses fonctions chez Desjardins.

Un lien avec un autre prêteur privé qui serait lié à l’affaire

Julien Ouellet a admis aux enquêteurs avoir également rencontré Jean-Loup Leullier Masse, un associé de Charles Bernier, en février 2019.

Jean-Loup Leullier Masse est actionnaire de Prêt Argent 500, où un compte commercial est détenu dans le portefeuille de clients Desjardins appartenant à Julien Ouellet.

Comme Charles Bernier, Jean-Loup Leullier Masse a fait l’objet d’une perquisition de la Sûreté du Québec en lien avec l’affaire des données de Desjardins.

Départ de Desjardins en septembre 2019

Julien Ouellet ne travaille plus au Mouvement Desjardins. M. Ouellet a quitté l’organisation de façon volontaire en septembre 2019, indique le porte-parole Jean-Benoit Turcotti.

Desjardins ne le considère pas comme un suspect dans l'affaire de la fuite de données. Un seul employé est à l’origine de la situation des renseignements personnels, écrit le porte-parole.

Des liens avec l’employé de Desjardins suspecté du vol de données?

Jusqu’à présent, le nom d’un seul employé de Desjardins avait circulé dans cette affaire : celui de Sébastien Boulanger-Dorval.

Au cours de la perquisition de son bureau de Desjardins, les enquêteurs ont trouvé une clé USB de 16 gigaoctets qui contenait des données de membres.

Après son arrestation en juin 2019, les enquêteurs ont conclu que Sébastien Boulanger-Dorval vendait de l'information de Desjardins à une entreprise, mais beaucoup de détails étaient encore caviardés dans les documents de cour. 

Sur le bureau de Sébastien Boulanger-Dorval, les enquêteurs ont saisi des documents manuscrits mentionnant la l'entreprise Prêt Argent 500.

L'ex-employé ne fait face à aucune accusation. En fait, aucune des personnes visées par l’enquête n'est l'objet d'accusations criminelles.

D’autres courtiers admettent avoir acheté des listes

Un courtier hypothécaire de Québec, Marc-Olivier Tanguay, a reconnu avoir payé 3000 $ en argent comptant pour obtenir une liste de données personnelles et confidentielles appartenant à environ 5000 personnes. 

Il avait rencontré le vendeur de la liste alors que ce dernier travaillait pour la société de prêts privés de Mathieu Joncas.

Marc-Olivier Tanguay cherchait des clients ayant des dettes, mais il a affirmé ne pas avoir su à ce moment-là que les données provenaient de Desjardins. Il a aussi dit regretter son geste après avoir appris l'origine de la fuite.

En plus des noms, la liste comprenait des informations comme des numéros de téléphone, des adresses, des taux d'intérêt, des soldes hypothécaires et des crédits rotatifs.

Un autre courtier de Québec, François Baillargeon-Bouchard, avait admis à des enquêteurs avoir payé 40 000 $ pour acheter des listes d'informations personnelles de membres du Mouvement Desjardins.

Ces listes auraient été acquises auprès de l'entreprise du prêteur privé Jean-Loup Leullier Masse et auraient servi à faire de la prospection par l'intermédiaire de téléphonistes.

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